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    VOULOIR n° 03

    Février 1984

    [version pdf]

     

    ◘ SOMMAIRE :

    • Éditorial (RS)
    • Sortir de la crise… (RS)
    • Recours aux mythes (RS)
    • L’Europe de Brugsma (RS)
    • Écologisme et idéologie (RS)
    • La “Nouvelle Droite” en RSA (RS)
    • L’atlantisme : une vieillerie ! (RS)
    • Le déclin industriel de l’Europe (RS)
    • Impérialisme audio-visuel (A. Sampieru)
    • Vocabulaire : Américanisme / Biologie / Europe / Occident (RS)

     

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    Nota bene :
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    ♦ Légende illustration : dessin de Plantu ornant la couverture de l’édition de poche de La Crise de l'État-providence (1981) [recension], Pierre Rosanvallon, coll. Points Politique, Seuil, 1984.

     

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    ◘ Éditorial

    PlantuUn an et six mois d’existence. C'est l’âge d’E.R.O.E. Certes, notre groupe est minuscule. Mais il existe parallèlement à d'autres groupes, semblables ou dissemblables, qui veulent, eux aussi, un changement (qui n'est pas nécessairement le changement de Mitterrand). Une galaxie d'alternatifs gravite autour des trois tristes soleils séniles (comme des gérontocrates soviétiques) de l’establishment particratique. C’est un signe des temps. C'est un signe que les analystes connaissent bien : le glissement de l’establishment légal hors du réel, le divorce, la cassure entre le niveau des connaissances et l'appareil étatique, la dégénérescence de l’État qui, de bouclier institutionnel de la nation, est devenu une machinerie procédurière et cafouillante, la forfanterie d'un personnel politique qui ne sert plus le peuple mais s'en sert au mieux de ses intérêts, l'inefficacité grandissante des auto-justifications morales, religieuses ou laïques, qui voulaient légitimer le pouvoir. C'est ce dernier aspect qui n'a pas encore été perçu par les gauches contestatrices issues des psycho-drames de Berkeley, de Berlin et de Mai '68. Elles restent subjuguées par les mirages eudémonistes et ne s'aperçoivent pas que ceux-ci rendent inopérantes leurs volontés de changement. Sur le plan des technologies nouvelles, les gauches adoptent un conservatisme frileux et rétrograde, inspiré des bris de machine de 1840 et des utopies écologistes nées en Californie.

    Quant aux droites, elles se crispent dans un romantisme d’antiquaires miteux. Elles vouent leurs cultes à des morts que tous ont oublié. Elles exaltent des ectoplasmes mythiques : défilés fascistes, culte de Jeanne d'Arc, des grognards napoléoniens ou des défenseurs de I’Alcazar de Tolède, Vikings aux muscles d’acier, preux chevaliers médiévaux, admiration pour la santé rose du Gaulois Astérix. Ce bric-à-brac amuse les âmes de collectionneurs. C’est, par rapport à la politique, ce que la philatélie est à l'archéologie. Avec pareils univers oniriques, on ne fera pas un monde nouveau. Bien au contraire, on esquivera les impératifs de l’heure, avec un tas d’arguments pseudo-intellectuels ou esthétiques.

    Reste le centre mou, où tout a implosé. Où tout vaut tout. Où il ne reste rien d’autre que les images cinétiques et furtives des programmes officiels de télévision. Où l’image de l’homme est celle d'un téléspectateur, d'un contribuable, d'un assisté. C'est la pire involution. Gavés de sexe commercialisé, le quinquagénaire à varices s'esbaudit en zyeutant de pulpeuses cover-girls, le cadre stressé rêve d'une piscine aux Seychelles, la ménagère écoute les discours de Madame Soleil, son fils adhère à une secte ou se fait punk. Dénominateur commun : l'infantilisme. Les gauches et les droites que nous dénonçons ne sont finalement que des pourvoyeuses de mythes supplémentaires. Elles constituent un circuit parallèle, comme l’histoire en a toujours connu. Tant à gauche qu’à droite, on n’a aucune alternative réelle à cet infantilisme social. Ni, d'ailleurs, aux nouvelles armes idéologiques de l’establishment, comme le néo-libéralisme. Résultat : on renforce l’étouffante stagnation actuelle ; on sème encore plus de poussière dans le placard des idéologies politiques ; on n’infirme pas le statu quo géo-stratégique mondial ; on ne résout ni le chômage ni la crise économique ; on reste pantois devant les nouvelles technologies.

    Certes, notre objectif reste de proposer d’autres valeurs. Des valeurs qui serviront de levier à un processus de transformation global de l'establishment politique. Biologistes, informaticiens, physiciens en savent, aujourd'hui, davantage sur les hommes en société que les juristes et les sociologues bavards qui encombrent ministères et parlements. Le partage du pouvoir, au sein des futures équipes gouvernementales, devra tenir compte de cet avènement des nouvelles disciplines. La souveraineté était jadis l'apanage des juristes. Ils se réservaient tous les discours sur l'homme en société. Aux naturalistes de jadis, on laissait les nébuleuses intergalactiques, les cailloux, les tulipes, les insectes, les batraciens et les bovidés. Konrad Lorenz, Gehlen et Wilson, l'éthologie, la sociobiologie, la génétique, l'anthropologie dans ses aspects médicaux, culturels et philosophiques, nous ont appris énormément sur les ressorts de la conscience humaine. La politique reste désespérément en-deçà de cette formidable révolution intellectuelle. Le juriste ressuscite sempiternellement Adolf Hitler pour rappeler les “méfaits” de la génétique et du darwinisme. Ce n'est qu’un réflexe corporatiste : Hitler n'était ni biologiste ni généticien ni anthropologue. Hitler joue ici le rôle que jouaient Satan, Belzébuth et Lucifer à l'époque de l’Inquisition où Copernic, Giordano Bruno et Galilée énonçaient des évidences. Depuis, on ne croit plus aux diablotins des profondeurs infernales. On les a remplacé par le fantôme de Hitler. Simple transfert de mysticisme. Mais, avec un regard froid, on constatera simplement que les vieilles structures défendent leurs acquis en agitant le croquemitaine nazi. Les vieux métiers qui avaient conquis le politique sont défiés par de nouveaux métiers. Cette logique existait déjà dans les villes médiévales ; la circulation des élites s’y manifestait par la montée d'un métier au détriment d'un ou de plusieurs autres. Quand on n'a plus d'argument, on recourt au diable. C'est classique.

    En janvier, nous organisions un colloque sur les doctrines économiques. Dans ce domaine aussi, les solutions ont été découvertes depuis trois quarts de siècle. Les théories de Schumpeter, Pareto, Veblen, Sombart, Wagemann, Sauvy, Perroux, Grjebine, etc. attendent d'être transposées dans la réalité. Elles s'y conformeraient même parfaitement. Mais dans l’opulence d’après-guerre, on a préféré les économies-fiction. On en relance chaque jour mais leurs rares concrétisations s'avèrent désastreuses. La raison de cette inadéquation entre théorie et pratique est semblable à celle du réflexe anti-biologiste : on se réfugie frileusement dans ses conformismes pour refuser à plus compétent que soi l’accès au pouvoir. Mais tiendra-t-il éternellement, ce barrage ?

     


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