• Vouloir 02

    cover 142

     

    VOULOIR n° 02

    Janvier 1984

    [version pdf]

     

    ◘ SOMMAIRE :

    • Éditorial (RS) [lire plus bas]
    • La voie nouvelle... (RS)
    • Maroc et stratégie US (RS)
    • La diplomatie chinoise (RS)
    • Pour un nouveau vocabulaire idéologique (RS & GF)


    LECTURES

    • La crise finale de E. Lazlo (G. Faye)
    • La force majeure de Clément Rosset (RS)
    • Le grand frère de H. Carrère d'Encausse (GF)
    • L'Amérique des ethnies de Thomas Sowell (GF)
    • Essais sur l'individualisme de Louis Dumont (FT)
    • La tyrannie de l'intimité [sur Richard Sennet] (RS)
    • Brassens, le père tranquille de Pol Vandromme (RS)
    • Rapport du Demographic Informations Services Center (Washington D.C.)
    • Europa, seine geistigen Quellen in Porträts aus zwei Jahrtausenden de GK Kaltenbrunner


     

    http://i66.servimg.com/u/f66/11/16/57/47/ouie10.gif


    • Nota bene : Pour ouvrir les liens vers les articles disponibles, cliquer sur la partie rouge de la ligne de présentation.

     

    http://i36.servimg.com/u/f36/11/16/57/47/orname10.gif

     

    Éditorial : 

    À tous ses lecteurs, la rédaction de Vouloir adresse ses meilleurs vœux pour 1984. Un millésime qui rappelle un livre de George Orwell. Qui rappelle les sombres prophéties de l’écrivain anglais. 1984, nous y voilà. Certaines prévisions d’Orwell ne se sont pas réalisées stricto sensu : pas de Big Brother en chair et en os ou tout en moustaches ; pas de système politique international tripolaire, mais une confrontation bipolaire. D’autres, au contraire, se sont révélées de terribles anticipations : négation du passé et de l’histoire, langues de bois, multiplication des exclus. Mais ces phénomènes ne s’abattent plus nécessairement sur les seuls citoyens soviétiques. Pour les besoins de sa propagande, la Russie retrouve et parfois exalte son passé tsariste, la langue de bois marxiste n’y est plus du tout prise au sérieux, les exclus s’y portent parfois mieux que les inclus. C’est l’Occident qui nie ses patrimoines, qui vivote dans la transhistoire cafardeuse éclairée par les néons crus et blafards du consumérisme, qui se saoule d’un vocabulaire faussement humanitaire, qui collectionne les millions de chômeurs. Dans cet Occident en pleine déliquescence, l’État Belge a, en quelque sorte, remporté le pompon. On censure Germoz et Willequet parce qu’ils relatent l’affaire Poulet, une vieille histoire qui, de toute façon, n’aurait jamais soulevé les passions populaires. Ce n’est qu’une péripétie de plus dans un processus à l’œuvre depuis longtemps. Sciemment, fiévreusement, des fanatiques simples de toutes obédiences occultent notre passé parce qu’ils sont incapables de l’assumer. Leur impuissance navrante se mue vite en rage iconoclaste. Le libéral persiste à ignorer les motivations du socialisme. Le politicien francophone, les assises intellectuelles du mouvement flamand. Le militant CVP, fort des bénédictions reçues, utilise les arguments les plus sommaires de ce même mouvement pour imposer sa théocratie camouflée. De ses ébats, il ne sortira jamais une synthèse porteuse d’avenir. Les pugilats du 1er janvier aux Fourons, qui opposaient les habituelles factions de ruraux simplets et manipulés, le prouvent de manière éloquente. Orwell a prédit un parti unique trop uniforme, trop stalinien, trop schématique. La Belgique et d’autres pays d’Europe subissent la triple ou quadruple dictature des partis fossilisés, des militants qui, même et surtout lorsqu’ils sont incompétents, défendent âprement leurs acquis, obtenus grâce à des messages idéologiques fallacieux et dépassés, qui ont trompé, berné les citoyens distraits. Pour paraphraser Orwell, dans le Royaume de Baudouin Ier, l’ignorance, c’est la force. Quant à la liberté, dans les Pays Belgiques, c’est cracher 60% de son salaire pour payer une administration aussi tentaculaire que mesquine, parasitaire et corrompue. La liberté, par cette subtile inversion sémantique repérée dès 1948 par Orwell, c’est bien l’esclavage. Et la guerre, la guerre sainte prêchée par des généraux barnumesques, dépourvus de clairvoyance politique et historique, qui applaudissent un maniaque fondamentaliste qui siège à la Maison Blanche et pour qui l’œuvre de Darwin est œuvre de Satan ? C’est, paraît-il, la meilleure chance d’obtenir la paix. Mais quelle paix ? Celle qui éliminera les concurrents européens, transformés en son et lumière, et donnera aux États-Unis la quiétude des commerçants repus. Cette paix du repos éternel ne nous tente pas, nous, Européens conscients.

    Orwell nous a aussi parlé de la novlangue, une langue qui inverse les concepts. Cette langue n’est plus fiction: les chômeurs sont devenus “demandeurs d’emploi”. D’emplois qu’on ne pourra jamais, dans les circonstances présentes, leur donner. Quant à l’ONEM, c’est aussi, paraît-il, un office de l’emploi. La traduction de ce sigle fait immédiatement douter de son efficacité voire de son utilité. Hélas, on connaît fort bien son prix.

    En résumé, avec 1984, le totalitarisme sirupeux, qui indique démocratie, liberté et sécurité sociale sur ses étendards, se perpétuera et se renforcera. Les Belges sortiront (et sortent déjà) totalement ignares de leur histoire des établissements d’enseignement (?) mais cette ignorance sera sanctionnée par un diplôme. Obtenir un diplôme, c’est presque devenu un droit sans devoirs corrélatifs. L’ère des diplômes-amulettes est en vogue. On les donne pour étaler sa pseudo-magnanimité. Heureusement, là, le chômage ouvre beaucoup d’yeux. L’ignorance, c’est la force ! Les Belges trimeront pour financer ces ignobles structures qui les réduisent à l’esclavage au nom de la liberté, de la démocratie et du pluralisme (!). Pour payer des trains qui ne roulent pas, des facteurs qui ne distribuent pas le courrier, comme en septembre dernier. Pour des gendarmes inefficaces dont les officiers joufflus et ventripotents ont peur et l’affirment sur le petit écran, après les tueries du Brabant Wallon. Pour des policiers qui pratiquent, accessoirement, le trafic de drogue et le proxénétisme. Il restera toujours l’extrême-droite ratapoil pour défendre ce beau monde. Pour tous ces fonctionnaires capricieux comme des gamins gâtés, mis en place à cause de la corruption engendrée par les trois partis traditionnels. La liberté, c’est l’esclavage ! Les Belges armeront la soldatesque éthylique de l’ABL pour qu’elle joue les tirailleurs sénégalais d’un fanatique ivre de préceptes bibliques, ex-copain de Jim Jones, Führer d’une secte de suicidés, anti-évolutionniste comme un colporteur de Jéhovah. Nos vœux ne s’adressent qu’aux femmes et aux hommes lucides.

     


    « Vouloir 01Vouloir 03 »
    Pin It

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :