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    VOULOIR n° 04

    Mars 1984

    [version pdf]

     

    ◘ SOMMAIRE :

    • Éditorial (Jean E. van der Taelen)
    • L’homme d’État (Robert Steuckers)
    • L’immigration : notre point de vue (RS)
    • Vocabulaire : Culture / Désinstallation / Économisme (RS)

    LECTURES

    • L’anneau n°2 (RS)
    • Mishima, écrivain et guerrier (RS)
    • Les “Cahiers Sorel” (A. Sampieru)
    • Pour un dialogue euro-arabe (AS)
    • Evola : L’arc et la massue (B. Eeckhoudt)
    • Schelsky : de la politique publicitaire (RS)
    • Pol Vandromme : Les gribouilles du repli wallon (J. Kaerelmans)

     

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    ◘ Éditorial

    Que ce soit dans le domaine culturel, politique, économique ou social, la crise que les esprits lucides prévoyaient déjà aux temps heureux des “Golden Sixties”, est révélatrice d’une transformation fondamentale de notre vie. Le chaos qui en résulte est à l’image du chaos des esprits.

    Les hommes censés nous diriger, qu’ils soient sociaux-chrétiens, sociaux-démocrates ou libéraux, n’ont réponse à rien. Les uns s’imaginent que les recettes sociales-démocrates, keynesiennes, vont vaincre une crise dont ils ne mesurent pas l’extraordinaire ampleur ; les autres pensent que l’antique “laisser-faire, laisser-passer” du libéralisme (en fait, une élégante anarchie) sera la panacée des temps futurs.

    Des (nouveaux ?) économistes braquent leurs lunettes déformantes vers l’expérience socialiste française ou regrettent la social-démocratie allemande. Ils ne regardent pas plus loin vers l’Est, où l’économie dirigée s’est enlisée dans la stagnation ou plus loin vers le Nord, où les expériences socialistes suédoises ont pétrifié toute une société. Des néo-libéraux tendent le cou au-delà de l’Atlantique ; ils sont atteints de reaganite aiguë, sans imaginer un instant que l’Amérique des grands espaces ne ressemble en rien aux États confinés de notre Europe et que le “social” dont nous sommes si fiers est le cadet des soucis des dirigeants américains. En fait, l’Europe prouve sa faiblesse, son désarroi et son manque d’imagination en ne trouvant pas de solutions propres à son économie et, surtout, à sa politique. L’économie et le politique sont intimement imbriqués. Et c’est parce que l’Europe souffre d’une dépression nerveuse politique que l’économie végète. Ce n’est pas l’inverse.

    Économiquement, nous sommes en retard sur d’autres continents. Mais un retard, cela se rattrape lorsque la volonté politique existe. Le Japon était, il y a trente-cinq ans, encore bien plus en retard que nous. À présent, même les Américains font appel à l’empire économique nippon pour certaines réalisations techniques avancées. Le Japon n’est pas l’Europe, diront les dépressifs. Ce pays d’Extrême-Orient a tout simplement trouvé les méthodes et les moyens propres à son génie pour devenir une puissance économique, bien que, tout comme l’Europe, il ne possède pas de matières premières. Quand trouverons-nous les méthodes qui conviennent à l’Europe ? Elles existent mais n’ont rien à voir avec les idéologies socialistes ou libérales sclérosées, dé passées en ce temps de guerre économique à outrance. Le libéralisme ne peut se concevoir que dans un État fort. N’en déplaise à ceux qui continuent à croire à l’équation libéralisme = démocratie maximale. Pourquoi alors des “pouvoirs spéciaux” ? Cela produit un certain effet de se gargariser de “néo-libéralisme”, de “reaganomics”, de “tatcherisme” ou, à l’inverse, de “nationalisations”, de “socialisation”. Ce sont des mots qui deviennent vite des maux. La “reaganomics” est un mal pour l’Europe s’il est actuellement un bien pour les États-Unis. Cette idéologie politico-économique ne s’empêtre pas dans des considérations pseudo-humanitaires et prend dans chaque corpus théorique ce qu’elle juge bon pour l’Empire Américain. Voilà le grand mot lâché : l’Empire !

    Si l’on ne vit pas dans un Empire, si l’on ne pense pas en termes d’Empire, l’on est serf. Tout le reste n’est que fioriture, logomachie et mensonge. Les gouvernants américains ne se gênent pas pour sacrifier une partie de leur population pour promouvoir la puissance de leur pays ; cela ne les trouble pas de prôner le libéralisme pour les autres mais d’être protectionnistes pour eux-mêmes. Ils n’ont pas d’états d’âme lorsqu’ils jugent nécessaire d’intervenir en Amérique centrale ou du Sud. Que leur importe de soutenir des pays dictatoriaux, eux, les “grands démocrates”. Ils ont raison. De leur point de vue. Comme ont raison les impérialistes russes qui se sentent géopolitiquement cernés par un empire thalassocratique et veulent, au prix de l’opprobre des “démocrates”, percer, coûte que coûte, en direction de la mer, renforcer chaque jour leur armée, déstabiliser les démocraties, pousser des pointes vers les autres continents, maintenir durement leurs satellites dans leur sphère d’influence et acheter du blé américain afin de réserver leurs forces vives à leur armement.

    La politique est — avant tout — un rapport de forces. La paix est une guerre qui continue par d’autres moyens. Cette “paix”, c’est la guerre économique acharnée qui s’abat sur une Europe apathique, sclérosée, dépressive. C’est l’Europe aux régimes politiques dépassés, inadaptés au XXe siècle ; à la démocratie lourdement procédurière, mollement étouffante, au parlementarisme véreux, jacasseur et finalement non représentatif. Un parlementarisme qui ne représente que des tares, des plaies, des lèpres et dont les laudateurs s’étonnent que l’immense majorité des nations jeunes du “Tiers Monde” n’en veut pas. N’a-t-on pas compris que les pays ambitieux, les pays qui ont à faire face à de réelles misères humaines, rejettent le modèle occidental, rejettent l’Europe des Parlements de vieillards repus et gâteux.

    Objection : Parmi les pays ambitieux, parmi les pays qui réussissent, il y a les États-Unis et le Japon et ils vivent en démocratie parlementaire. Ces deux nations sont les meilleurs exemples de ce que nous voulons démontrer. Tant que l’exécutif est fort aux États-Unis, avec des présidents comme Truman, Eisenhower, Kennedy, Nixon et Reagan, la Nation américaine progresse. Lorsqu’ il est faible, avec un Carter ou un Ford, et que la Chambre et le Sénat ont tout à dire, l’Amérique stagne. Lorsque le pouvoir est fort et l’appareil léger, le pays progresse. Tandis qu’ en Europe, les pouvoirs sont faibles et les appareils sont lourds. Moralité : nos pays régressent. Quant au Japon ! Depuis qu’il a repris vie, le même parti et quasiment les mêmes hommes sont au pouvoir. Est-ce coïncidence si l’Europe stagne plus que d’autres continents dans la crise ? Est-ce coïncidence si le pays le plus particratique d’Europe, la Belgique, est le plus malade ?

    Tant que la démocratie particratique, avec ses provincialismes et ses archaïsmes, ses scandales et son népotisme, sévira, la crise s’accentuera. Les faiblesses, les caucus, les aveuglements idéologico-pathologiques n’ont jamais rien résolu. Les syndicats qui exigent la diminution des heures de travail aggravent la crise en faisant miroiter une société du non-travail, de la désindustrialisation, de la pastoralisation. Le travail prospectif, l’auto-discipline, la recherche pourront nous sauver. L’égoïsme des grands patrons, l’emprise des multinationales, la force des groupes de pression nous mènent à l’abîme.

    L’Europe, la véritable Europe historique s’est faite, s’est défendue, a progressé grâce à des pouvoirs résolus : la France avec Louis XI, Louis XIV, Thiers, Poincaré, Clemenceau, De Gaulle ; l’Allemagne avec Bismarck ; l’Italie avec Cavour ; la Russie avec Catherine II, Alexandre Ier, Lénine, Staline ; l’Espagne avec ses rois conquérants ; la Belgique avec Léopold Il ; l’Autriche-Hongrie avec ses empereurs ; le Royaume-Uni avec Disraëli et Churchill. L’Empire Européen devra se faire, se fera un jour grâce à quelques hommes, à quelques mouvements conscients de l’Histoire pluri-millénaire de notre Continent, axiologiquement lucides et clairvoyants. Mais certainement pas par les olibrius malhonnêtes qui siègent confortablement au “Parlement de Strasbourg”.

    L’Empire Européen se construira avec lucidité et intelligence et non dans la corruption et l’incohérence. Avec un esprit communautaire et non avec des particularismes égoïstes et désuets. Avec force, avec joie et non dans la dépression et la sécheresse procédurière. L’alternative est claire et terrible : ou nous participerons à un Empire ou nous croupirons dans la servitude. Nous sommes actuellement des colonisés, des “protégés”. Nous devrons nous défaire de nos maîtres. Il n’est ni trop tôt ni trop tard. Nous avons les potentialités requises. Il faudra passer de la puissance à l’acte. Faire éclore les virtualités. En cela, la crise est un bienfait : elle dévoile l’échec, les incompétences dont il faudra se débarrasser. Ce coup d’éponge sera libérateur et fondateur. Fondateur d’un Empire Européen. Alors, et alors seulement, nous pourrons appliquer une forme de “libéralisme” interne à l’Europe : le libéralisme des puissants. Le seul qui nous sied.

     


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