• Mitteleuropa

    Une chance pour l’Europe : reconstruire l’ancienne Mitteleuropa austro-hongroise

    Le présent article insiste sur la nécessité de renforcer la coopération entre les États issus de l’ancienne monarchie des Habsbourgs pour que se constitue, in fine, une alternative aux errements de l’Union Européenne.

    MitteleuropaConstruire une Europe commune a certes été l’un des plus grands projets de pacification que l’histoire humaine ait jamais connu. Pourtant, l’UE est aujourd’hui en voie de perdre définitivement le capital de sympathie dont elle bénéficiait à ses débuts. Le taux d’approbation à l’égard de l’Europe de Bruxelles chute dans tous les pays de l’Union et cela de manière spectaculaire. Plus de 40.000 fonctionnaires grassement payés semblent, en beaucoup de domaines, y avoir perdu toute empathie avec les désirs exprimés par les citoyens des pays membres de l’UE. En bon nombre de lieux, on spécule que ce seront justement les partis critiques à l’endroit de l’eurocratie qui engrangeront un solide paquet de voix lors des prochaines européennes de 2014. Mais on échappe à la vérité quand on interprète ce réflexe comme un retour au nationalisme ou comme un populisme sans substance.

    La folie de tout vouloir réglementer, les lobbies à l’œuvre sont autant d’attitudes qui méritent d’être stigmatisées. Quelques exemples : depuis fort peu de temps, on sait que l’UE envisage de réduire encore la culture de certaines plantes nutritives rares. En guise de compromis, on a proposé aux producteurs agricoles de devoir certifier leurs productions. À moyen terme, bon nombre de sortes de fruits, de céréales, de tubercules et de légumes vont disparaître, ce qui constitue évidemment une folie sur le plan écologique. Derrière cette initiative aberrante se cache bien entendu l’industrie agricole, défendue notamment par les lobbyistes des géants alimentaires américains Monsanto et Pioneer. Ce processus de diminution des espèces montre à l’évidence que Merkel et Hollande sont encore et toujours les exécutants des volontés américaines sur le plan économique, en dépit des très nombreuses expériences négatives que ces deux figures-phares de la politique de l’UE ont déjà expérimentées dans le passé.

    On doit aussi se rappeler que les accords de libre-échange transatlantiques, que l’on s’apprête à signer avec les États-Unis, vont nous apporter encore davantage de réglementations, Ce que les propagandistes de cette politique taisent bien entendu en toutes les langues. Le système douanier, relativement libéralisé, qui existe entre l’Europe et les États-Unis, pourrait, en tous les cas de figure, être amélioré de bien d’autres manières.

    Bon nombre d’Européens bien informés se posent la question : que pourra-t-on encore réguler ou réglementer, sans autre nécessité que d’avantager les États-Unis ? À coup sûr, on peut émettre l’hypothèse que les négociateurs américains sont plus intelligents que leurs homologues européens et ne visent d’ailleurs qu’une seule chose, c’est-à-dire l’américanisation complète de l’Europe.

    Parlons maintenant de la folie qui consiste à financer des États en faillite : le Traité de Maastricht obligeait tous les États de l’UE à consolider leurs budgets et à maintenir des politiques budgétaires réalistes et durables. Or beaucoup de pays, y compris et surtout la France et l’Allemagne, se sont éperdument moqué des clauses du Traité ; la Commission, elle aussi, est coupable : elle a complètement renoncé à faire son travail de gardienne des Traités et a enfreint ses propres normes, sans tenir compte le moins du monde d’un quelconque principe de légalité. Qui plus est, le Traité de Maastricht interdit aux États riches de financer par la bande les États en faillite.

    Que s’est-il passé ? Suite à une crise de folie, on a financé la Grèce à coups ininterrompus de milliards tant et si bien qu’on ne voit pas encore le bout de cette politique de banqueroute. On n’a pas touché les grands jongleurs de la finance en pratiquant cette politique mais on a durement frappé le peuple grec, qui n’en est nullement responsable. On n’a donc pas sauvé un État mais bien les grandes banques des pays occidentaux les plus riches qui avaient spéculé de la manière la plus erronée qui soit en Grèce.

    Évoquons les errements de l’UE en politique étrangère : l’ancien chancelier de la RFA Schröder vient de reconnaître, très justement, que l’Europe devrait se tourner vers la Russie pour pouvoir pratiquer avec cet État de dimensions gigantesques une politique économique rationnelle, surtout dans le secteur de l’énergie. Au lieu de pratiquer cette politique préconisée par l’ancien chancelier socialiste allemand, les Européens se laissent entraîner par les Américains dans une “Ostpolitik” inamicale à l’égard de Moscou (qui consiste notamment à déployer des missiles non pas contre l’Iran, comme on le prétend, mais directement contre la Russie). Cette attitude plonge la Russie dans l’amertume, où elle marinera longtemps, au détriment de toutes bonnes relations euro-russes. Otto de Habsbourg disait, et je le cite, que l’Europe s’étendait jusqu’à l’Oural (ndlr : et même jusqu’aux frontières de la Mandchourie et jusqu’au Détroit de Béring !). Cette évidence géographique, Madame Ashton ne semble pas vouloir la percevoir. Par ailleurs, un président de la RFA, dont l’expérience politique est somme toute très limitée, nous déclare que l’Allemagne est, elle aussi, “un pays musulman” ! Plus rarement, pour ainsi dire jamais, on n’entend un homme ou une femme politique en vue de l’UE déclarer que l’Europe chrétienne et occidentale, repose sur trois piliers : l’Acropole, le Capitole et le Golgotha.

    Et où reste la défense européenne ? Pour rendre l’Europe eurocratique sympathique aux citoyens européens, il aurait fallu diminuer le poids colossal de la bureaucratie. L’UE doit se cantonner à ses tâches fondamentales : assurer la paix intérieure, pratiquer une politique étrangère commune et unitaire. Le chapitre de la défense commune, par exemple, n’a pas encore trouvé la moindre amorce de concrétisation. L’OTAN coordonne la plupart des états-majors européens mais on en reste là (ndlr : et dans la dépendance américaine).

    MitteleuropaReconstituer la Mitteleuropa, voilà une chance réelle pour l’Europe de demain. De nombreux hommes politiques clairvoyants, dont Otto de Habsbourg et son fils Charles de Habsbourg, dont l’ancien ministre des Affaires étrangères d’Autriche, Alois Mock, ou l’ancien ministre autrichien de la Défense Werner Fasslabend ou encore l’homme politique démocrate-chrétien autrichien Ehrard Busek (spécialisé dans les politiques de l’espace danubien) [ci-contre], insistent depuis de longues années sur la nécessité d’intégrer toutes les régions de l’espace danubien. Sur les plans économiques, infrastructurels, culturels et éducatifs, militaires et défensifs, cette intégration est souhaitable et nécessaire, sans parler de la nécessité tout aussi impérieuse de comprendre, ensemble, les vicissitudes souvent très douloureuses du passé, dans le respect de toutes les cultures concrètes qui s’épanouissent dans cet espace.

    D’autres regroupements, comme celui que l’on appelle le “Groupe de Visegrad” — et ce fut l’une des erreurs les plus flagrantes de la politique étrangère autrichienne de ne pas y avoir participer et adhérer — ou comme l’Institut de l’Espace Danubien (“Institut für den Donauraum”) d’Erhard Busek, ainsi que, dans le domaine culturel, le Groupe “Arge Alpe Adria”, se sont efforcés au fil des années, en déployant beaucoup d’énergie, de défendre et d’illustrer l’héritage historique commun de tous les États de la région, renouant de la sorte avec l’histoire du Saint-Empire Romain de la Nation Germanique et celle de la monarchie austro-hongroise.

    Ici, nous devons poser un deuxième jalon : comme les États scandinaves ou comme le Benelux qui ont une forte influence en Europe (quant à savoir si cette influence est pertinente, a ou non des effets positifs pour l’instant est une autre histoire), les États d’Europe centrale et d’Europe du Sud-Est doivent pouvoir à terme parler d’une même voix, du moins dans les questions les plus importantes. Ainsi, ils disposeraient des millions démographiques indispensables qui leur permettraient de jouer dans le concert des grandes puissances européennes. À l’heure actuelle, les petits pays comme l’Autriche, ne sont jamais plus autre chose que des entités dépendantes des grands États. Les grandes idées et les projets politiques sont absents ou ne sont pas transposables dans le réel.

    Au cours de ces dernières années et de ces derniers mois, l’Ordre de Saint-Georges, dont les préoccupations sont européennes et sociales et dont l’origine s’enracine dans la Maison de Habsbourg-Lorraine, a organisé une quantité de manifestations et a fondé de nombreuses antennes en Italie du Nord, en Croatie, en Slovénie, en Autriche et s’apprête à en fonder aussi dans l’avenir en République tchèque, en Hongrie et en Slovaquie. De telles initiatives rencontrent de plus en plus d’approbations. L’objectif, à moyen terme, est de faire émerger une institution au-delà des partis, composée de parlementaires européens, de régions et d’États, qui sont tous prêts à défendre les intérêts des petits pays dans toutes les institutions, commissions, parlements et caucus européens.

    Comme Charles de Habsbourg et Ehrard Busek l’ont exprimé, chacun de manière différente, il faut, pour que ces initiatives connaissent le succès, fédérer les intérêts de tous ces pays dans les secteurs infrastructurels, économiques, culturels, éducatifs et militaires, de façon à ce qu’ils soient représentés unis. Pour y parvenir, il me paraît plus important d’agir sur des bases territoriales/étatiques plutôt que sur des structures partisanes. Les partis sont des instances certes nécessaires mais ils ne visent que leurs intérêts propres et non pas ceux de leurs pays.

    Un bloc mitteleuropéen consolidé, qui se sera construit sur l’histoire pleine de vicissitudes des pays qui le constitueront, qui représentera la culture réelle de ces pays, qui visera à faire valoir les intérêts et les revendications justifiés des pays de la Mitteleuropa, pourrait rendre plus europhiles de larges strates de la population et rendre l’UE plus intelligible.

    C’est justement dans les pays issus du territoire de l’ancienne monarchie austro-hongroise que l’on voit que le mythe des Habsbourg n’a pas été brisé et que les politiques préconisées par Otto et Charles de Habsbourg ont été rendues vivantes et plausibles. Il suffit de se rappeler l’initiative du pique-nique “Paneuropa” qui a amorcé le processus de démantèlement du Rideau de Fer entre l’Autriche et la Hongrie. L’Autriche officielle reconnaît de plus en plus, en dépit de son “républicanisme” affiché, les mérites anciens de la monarchie austro-hongroise. L’Autriche républicaine commence à comprendre les enjeux que défendait cette monarchie et regarde désormais autrement l’œuvre de la Maison des Habsbourg, après s’être débarrassé de quelques filtres historiques incapacitants, imposés il y a cinq ou six décennies. Il n’y a pas que l’Autriche qui profitera de cette dynamique : l’UE tout entière en sera la bénéficiaire. Il vaut donc la peine de s’engager et de se battre pour ces projets.

    ► Norbert von Handel, zur Zeit n°51-52, 2013.

     

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    1227624598.jpgDe Yalta à la réorganisation de la Mitteleuropa

    Si l'on passe en revue les événements qui ont secoué l'Europe depuis Yalta, on constate, dans les années 50, une atmosphère de guerre froide risquée, avec un conflit coréen sanglant, l'aventure de Suez, l'écrasement des ré­voltes de Berlin-Est, Plzen (Pilsen), Gdansk (Dantzig) et Budapest, et la révolution cubaine. La terreur nucléaire est partout présente. Les 2 gros s'affrontent mais, en même temps, s'entendent contre l'émergence des non-alignés (Bandoung, 1955). Les années 60 sont, pour l'Occident, l'époque de l'ascension économique et le démar­rage de la société de consommation. Les premières velléités d'indépendance se manifestent en Europe : De Gaulle quitte le commandement intégré de l'OTAN. Les années 70 connaissent un conformisme consumériste rigide, as­sorti, dans la foulée de 68, d'une contestation gauchiste inopérante, stérile, incapable d'imaginer et de créer des institutions nouvelles. Après 1975, quand l'idéologie de 68, version dure mais marginale, s'essouffle et que l'idéologie de 68, version molle, freudo-marxiste, hédoniste et narcissique, commence à faire sourire, le monde traverse une époque qui n'est ni chaire ni poisson. L'avènement de Reagan, après les élections d'octobre 1980, consacre la victoire idéologique d'un conservatisme néo-libéral, vulgaire et anti-intellectuel, contredit seule­ment par l'élection, en mai 1981, de François Mitterand, dernière victoire d'un conglomérat idéologique hétéro­gène alliant le paléo-socialisme d'un Maurois, psycho-rigide et étatiste, à la parousie gélatineuse du gauchisme, émanation de la déliquescence de la société libérale-bourgeoise. Ce conglomérat ne tiendra pas longtemps et le mitterandisme prendra sa vitesse de croisière avec un carburant idéologique très différent : une sorte de social-conservatisme, acceptable par l'idéologie néo-libérale dominante.

    En 1982, quand l'aviation et les chars israëliens écrasent les avions et les tanks syriens lors de l'opération dite “Paix en Galilée”, les observateurs militaires sérieux admettent, sans le crier sur tous les toits, que, désormais, la technologie occidentale est incontestablement supérieure à la technologie soviétique. Ce fait n'est pas dé­voilé au grand public. L'anti-communisme doit encore fonctionner, en tant que discours manipulatoire, pour permettre à Reagan d'asseoir son programme économique. Mais les Soviétiques sont contraints de changer de stratégie, d'assouplir leurs positions et de lâcher du lest. Cette retraite a été camouflée sous les noms de peres­troïka et de glasnost, dès qu'un chef plus jeune a accédé au pouvoir suprême au Kremlin. La défaite militaire, l'URSS la compensait par une belle offensive de propagande, qui n'était pas si fictive que cela, puisqu'il fallait bien réformer de fond en comble la société soviétique exsangue et improductive. Et cette société soviétique, dans quelle Europe évoluera-t-elle ?

    Première chose que l'on peut dire de l'Europe post-perestroïka, c'est qu'elle ne sera certainement pas administrée par les principes de l'idéologie marxiste. Deuxième chose, c'est qu'elle risque de basculer dans le libéralisme dé­létère de l'américanosphère. Mais qui dit risque ne dit pas certitude. Les privatisations en Pologne, en Hongrie, en Russie, provoquent déjà tant de dysfonctionnements qu'une application de l'économie de marché pure s'avère très problématique sinon impossible. Troisième facteur à prendre en compte : les réflexes nationaux/ethniques, réflexes collectifs et non individualistes ; ils indiquent qu'une forme nouvelle de rapports sociaux doit voir le jour, qui préserve les personnalités culturelles, renforcent la solidarité sociale dans une économie florissante, qui relègue la précarité et la pénurie au dépotoir de l'histoire. Quatrième point : ce retour aux identités, cette soif de solidarité sociale et ce besoin d'une économie souple et efficace ne peut se faire sous l'égide d'un parti (communiste) monopolistique, fortement idéologisé, qui étouffe toutes les virtualités qui ne cadrent pas avec ses schémas.

    L'autonomie culturelle

    L'Europe de demain, et plus spécialement sa partie centrale (la Mitteleuropa), n'oubliera pas qu'elle est une mo­saïque de spécificités inaliénables, où aucune frontière fixe n'est juste. Chacune de ses spécificités, qu'elle soit de nature purement ethnique/linguistique, religieuse ou idéologique, doit pouvoir exprimer ses virtualités, car elles sont forcément des enrichissements positifs dont bénéficiera l'ensemble du continent. Cela implique un mode souple de représentation, plus moderne et audacieux que la représentation conventionnelle au sein des États-Nations que nous connaissons aujourd'hui. Ces entités, héritées de la Révolution française et du calamiteux Traité de Versailles, ont contraint des régions entières à se couper de leur hinterland naturel et provoqué de la sorte de lamentables récessions culturelles et économiques.

    Prenons quelques exemples : la Tchécoslovaquie de 1919, celle de Masaryk, était mue par un curieux mélange de panslavisme germanophobe et de messianisme laïc (maçonnique), qui a coupé et les liens naturels et séculaires de la Bohème avec la Saxe, l'Autriche et la Bavière, et ceux qu'entretenait la Slovaquie agraire avec la Hongrie et la Pologne. La République communiste de 1948 a accentué encore cette coupure catastrophique, contraignant les Tchèques à renoncer à leur tissu industriel spécifique pour poursuivre le mythe communiste de l'industrialisation lourde. Ce fut l'enlisement, contrecarré seulement par des mesures draconiennes, assorites de la mobilisation des détenus dans les secteurs de l'industrie lourde, déficitaires dans la conjoncture actuelle. L'économiste Ota Sik, l'actuel Président Vaclav Havel, ainsi que des groupes de dissidents installés à Paris, ont compris que ce « masarykisme communiste » ne pouvait durer. Aujourd'hui, la République communiste tchècoslovaque est deve­nue la “République fédérative des Tchèques et des Slovaques”. Le fédéralisme régionaliste progresse, avec une Bohème industrielle tournée vers l'Allemagne (rappelons-nous que la première visite officielle de Havel s'effectua en Allemagne) et une Slovaquie agricole liée à la Hongrie. Les Hongrois de Transylvanie ont réclamé leur autonomie, sans exiger l'Anschluß avec la « mère-patrie » magyare. En Pologne, malgré les éructations na­tionalistes dépassées de ces dernières semaines, des voix réclament la décentralisation de l'État. En Yougoslavie, Slovènes et Croates acquièrent de plus en plus de liberté de mouvement.

    Ce fédéralisme qui donne à l'Europe, à la « Maison Commune » européenne, une architecture nouvelle, sans re­lents de militarisme fanatique (seuls quelques résidus en Pologne et en Serbie), doit avancer à l'Ouest aussi : la Grande-Bretagne doit fait progresser sa «dévolution», la décentralisation espagnole est désormais un fait ac­compli. Les constitutions-modèles restent pour nous les constitutions ouest-allemande, autrichienne et helvé­tique. Le règlement des minorités en Europe orientale doit, à notre sens, se calquer sur les statuts des minorités allemandes au Danemark et danoise en RFA, sur le statut de la minorité germanophone en Belgique, lequel pré­voit l'élection directe des mandataires de la «communauté germanophone» et un système scolaire très élaboré. Danois, Belges et Allemands estiment d'ailleurs que ces statuts devraient être appliqués ailleurs dans la CEE, là où il y a des minorités linguistiques. La France, la Grèce et la Suède conservent encore des institutions centrali­satrices aujourd'hui obsolètes, qui arasent les spécificités et permettent de la sorte aux chimères mondialistes de toutes natures de proliférer et de désagréger la société.

    La Solidarité sociale

    La véritable solidarité sociale passe par la reconnaissance de la personnalité de tous les membres de la commu­nauté populaire. C'est pourquoi, vu la diversification extrême du tissu social contemporain, le mode de représen­tation parlementaire doit être révisé et amélioré. Chaque circonscription électorale (qui devra représenter un ter­ritoire homogène sur tous les plans) devra élire ses représentants sur une base triple et non plus unique. S'il est anti-démocratique d'ôter aux grands partis d'opinion la possibilité d'être représentés, ce type de représentation ne saurait suffire à donner une image complète des desiderata du peuple. Le peuple n'est pas seulement un éventail d'opinions générales mais un kaléidoscope d'intérêts entrecroisés, classables en trois catégories au moins : les intérêts idéologiques non matériels (représentés par les partis), les intérêts professionnels concrets et les inté­rêts territoriaux (régionaux) d'ordre charnel. De ce fait, les chambres de l'avenir devront tenir compte de ce fais­ceau d'intérêts entrecroisés et être élues selon un système à 3 vitesses qui, en bout de course, donnera une re­présentation populaire plus précise et plus juste. C'est là, en gros, l'idée du Sénat des régions et des professions qu'avait envisagé De Gaulle pour la France. Ce modèle doit servir d'exemple à l'Europe orientale en pleine effer­vescence.

    Une telle représentation implique aussi une redistribution plus juste du revenu national. Cette redistribution doit viser deux objectifs :

    • 1) éviter l'émergence d'une nouvelle pauvreté, comme celle qui est en train de miner et de déstabiliser la société polonaise. En Allemagne de l'Est et en Hongrie, le remaniement socio-économique doit justement esquiver ce terrible écueil. Le problème de la nouvelle pauvreté implique, soit dit en passant, un sys­tème d'allocations sélectif basé sur l'autochtonité. La lutte contre la précarité existentielle est impossible dans un système qui ouvre ses portes aux immigrations les plus diverses. On l'a vu en RFA avec l'afflux massif de ré­fugiés est-allemands, pourtant de même culture.

    • 2) La redistribution ne doit pas étouffer les virtualités des éléments doués d'une société. La redistribution ne sau­rait se faire au détriment de la recherche universitaire en tous domaines, surtout dans les branches scientifiques et technologiques où l'Europe doit rattraper ses retards. Elle ne saurait s'effectuer non plus au détriment des inves­tissements modernisateurs de l'outil industriel. La transparence, tant voulue par les gauches, passe par l'intéressement et la participation au sens gaullien des termes. Seuls l'intéressement et la participation respon­sabilisent et «conscientisent» le salariat qui sait alors quels sont ses droits (le montant de ses allocations et sa­laires) et ses devoirs (le montant du sacrifice à consentir pour la modernisation et l'entretien de l'outil, pour la recherche).

    Représentation nouvelle, redistribution nouvelle, organisation ethnocentrée de nos peuples, voilà des défis ré­volutionnaires qui s'adressent à tous les Européens, de l'Est comme de l'Ouest. Ces idées donneront un visage nouveau à l'Europe en dépit des stratégies de retardement que ne manqueront pas de déployer l'établissement et les pseudo-rénovateurs.

    ► Robert Steuckers, avril 1990. 

     

    Mitteleuropa

     

    Robert Steuckers : Géopolitique et Mitteleuropa

    Contribution au XXIIIe Colloque du GRECE, Paris, Dimanche 3 décembre 1989.

    967667415.gifMesdames, Messieurs, Chers amis et camarades,

    Quand, le soir du 9 novembre, une voix a interrompu le journaliste sportif, qui relatait les exploits d'une équipe de football, pour annoncer que le Mur de Berlin venait d'être ouvert, que sa sinistre existence avait cessé, que la rue avait arraché cette mesure aux gouvernants communistes de la RDA, j'ai su d'emblée qu'une ère historique nouvelle venait de naître, que l'Europe ne serait plus celle, manichéenne, de mon adolescence, que l'Europe de mon fils serait autre, que nous ne serions plus enfermés dans le ronron de notre Occident et que nos frères à l'Est ne seraient plus prisonniers de la logique communiste, logique sèche, froide, absconse et obsolète.

    La destruction du Mur de Berlin annonce la guérison de l'Europe, son recentrage géographique et géopolitique. Si l'univers communiste a tenté en vain, pendant 40 ans, d'empêcher les Européens qui croupissaient sous son knout de recevoir des informations de l'Ouest, l'univers de la société marchande nous a gavé de sous-culture à profusion, de films idiots, de feuilletons d'une bêtise ahurissante et a sournoisement et systématiquement éradiqué en nous la fibre historique. À cette heure, nous nous trouvons donc en présence d'une moitié d'Européens qui peuvent dire tout ce qu'il veulent, mais si ce qu'ils veulent est important, on l'occultera et on le noiera sous une masse d'informations périphériques. Et en présence d'une autre moitié d'Européens qui ne peuvent en théorie rien dire, mais qui ont su garder au fond de leur cœur le souvenir de l'histoire, et qui savent transformer ce souvenir en force, en une force imperméable aux dogmes, en une force qui balaie les dictatures, les régimes sclérosés, les polices anti-émeutes.

    Les peuples de l'Est de la Mitteleuropa sont debout sur leur sol, sur leur glèbe et, faute de dialoguer dans un parlement, dialoguent avec l'immémorial de leur histoire. Une histoire qui a été mouvementée, qui est d'une complexité inouïe, où ne se mêlent pas seulement les souvenirs des Germains et des Slaves, des Magyars et des Daces romanisés, mais aussi ceux des ethnies indo-européennes dont il ne reste plus de traces linguistiques comme les Celtes, les Illyriens et les Vénètes. Cette richesse (S3) constitue un remède contre les simplifications abusives : le cocktail ethnique de la Mitteleuropa est infiniment productif, en créations culturelles et en tragédies politiques, parce qu'il a été buriné par des millénaires. La césure de l'Europe n'a duré que 40 ans. Qu'est-ce que c'est face à des millénaires d'histoire commune ? De quel poids pèse la sécheresse marxiste face à l'incommensurable richesse culturelle de l'Europe centrale, face au sublime de la culture baroque et au génie des mélodies populaires, qu'à l'aube du siècle des musiciens hors pair ont sublimées en musique classique (H4) ? Pour l'écrivain hongrois György Konrád (K9, K10, K11), c'est ce formidable kaléidoscope de créations immortelles que Yalta a voulu fourrer dans sa camisole de force, c'est cette matrice qu'il a voulu stériliser, en imposant, depuis Washington et Moscou, une métaphysique paralysante de nature idéologique; un manichéisme lourd, porté par d'impavides idéologues ou militaires, incapables de relativiser quoi que ce soit et réduisant la mosaïque centre-européenne à un terrain d'exercice pour armées étrangères, pour un champ de tir destiné aux ogives nucléaires.

    Mais le déclin de la Mitteleuropa, depuis la dissolution de la monarchie austro-hongroise, jusqu'à son absorption par l'Allemagne nationale-socialiste puis à la conquête soviétique, relève de la responsabilité des peuples centre-européens eux-mêmes : ils ont voulu bâtir des États-Nations homogènes à la mode jacobine sur un territoire aux contours si flous qu'aucune frontière ne pouvait jamais y être juste. En conséquence, la logique qui convient au cœur de notre continent est une logique des fluidités, des réseaux, des rhizomes et non pas une logique équarissante, homogénéisante, rigide et arasante (H4) qui blesse les âmes, aigrit les cœurs, provoque les massacres et l'irréparable. Et c'est exactement une logique souple de ce type que suggère pour la nation allemande l'enfant terrible de la social-démocratie autrichienne, Günther Nenning, un écrivain original ne s'encombrant d'aucun conformisme (N2). La nation allemande et l'esprit allemand, dit-il, transcendent toutes les frontières que l'histoire leur a assignées. De même pour les Hongrois, les Polonais et les Tchèques.

    La Mitteleuropa est donc un espace qui échappe à toutes les logiques cartésiennes. Mais qui n'en garde pas moins une originalité partagée par plusieurs peuples, une originalité telle qui fait qu'elle n'est pas saisissable à l'aide de quelques pauvres concepts étriqués mais seulement par l'âme et le cœur. Dans la sphère du concret, et plus précisément dans le domaine du droit, le professeur Wilhelm Brauneder (B9), constate que le droit autrichien, codifié dès la fin du XVIIIe siècle, sert de modèle à l'ensemble du monde slave et germanique et déborde en Lombardie. La Révolution française et l'épopée de Bonaparte mettront un terme à l'extension dans toute l'Europe de ce code de droit forgé dans les chancelleries viennoises. Mais la nostalgie de certaines mesures prévues, plus respectueuses des collectivités locales ou professionnelles, plus attentives aux phénomènes associatifs, durera jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale.

    La Mitteleuropa par sa diversité, par la superposition de ses multiples cultures nationales, parce qu'elle est synthèse de tant de contraires, s'oppose diamétralement à la culture atlantique qu'ont imposé nos suzerains américains. Outre-Atlantique, l'uniformisation est aisée, la mise au pas des cerveaux est facile : chaque immigrant est arrivé les mains vides, dans des villes sans histoire, face à une nature vierge, sans un ancêtre qui puisse lui rappeler la généalogie de chaque chose. Une telle uniformisation est impossible en Mitteleuropa : chaque maison, chaque chaumière, chaque autel, chaque forêt bruisse du murmure des siècles et des millénaires. Le communisme a tenté une uniformisation : il a échoué. Entre l'Amérique et la Mitteleuropa, incarnée par l'Autriche-Hongrie, une vieille haine couve et l'affaire Waldheim n'en est que le dernier et ridicule avatar. Une nation pluri-ethnique, soucieuse de respecter chaque spécificité populaire ou religieuse, soucieuse de forger un droit adapté à la mosaïque européenne, ne pouvait apparaître que comme “réactionnaire” aux yeux de ceux qui dominaient le Nouveau Monde après avoir éliminé les autochtones et obligé les immigrants à oublier ce qu'ils avaient été.

    Pour échapper aux logiques de l'arasement, portée par les 2 super-puissances, pour restaurer dans la foulée toutes les identités de l'Europe Centrale, pour leur assurer une indépendance politique et un développement autonome, un nombre impressionnant de projets ont été lancés dans le débat. Ces projets sont l'œuvre d'essayistes et d'écrivains issus de toutes les nationalités : Tchèques (K18), Polonais (K13), Croates, Hongrois (H4, H5, K9, K10, K11, S21, V1), Autrichiens (N2, D10, B9), Allemands (A1, B7, W2), Slovaques. Certes, ces projets varient, sont chaque fois marqués par la nationalité de leurs auteurs. Le Hongrois György Konrád souhaite une confédération de la Pologne, de la Tchécoslovaquie et de la Hongrie, parce qu'il estime que l'expérience du socialisme réel et de la répression soviétique est une condition sine qua non pour définir la “culture du milieu”. Dans la tradition de Masaryk, quelques essayistes pensent que la Mitteleuropa ne comprend que les pays qui ne sont ni allemands ni russes, de la Scandinavie à la Grèce. Mais peut-on exlure les deux Allemagnes et l'Autriche du débat sur la Mitteleuropa ? Peut-on en exclure la Vénétie et la Lombardie, la Suisse, les Pays du Bénélux et, même, la France du Nord-Est voire le Sud-Est de l'Angleterre ?

    À ces questions, nous répondons évidemment : “non”. La Mitteleuropa en tant que foyer de culture s'est diffusée, s'est insinuée partout en Europe, si bien que nous sommes tous, à des degrés divers, des Mitteleuropäer. Et l'indépendance des régions les plus éloignées des foyers que sont Vienne, Budapest et Prague, dépend en fin de compte de l'indépendance de l'Autriche, de la Hongrie et de la Tchécoslovaquie. Et dépend également de l'indépendance des Allemagnes. Et comme la question de l'Europe Centrale est indissolublement liée à la question allemande (W2), il faut que celle-ci soit réglée dans les plus brefs délais. La pression de tous les Européens conscients du destin de leur continent doit s'exercer tous azimuts dans ce sens.

    En Allemagne, une impressionnante phalange d'auteurs ont élaboré au cours de ces dernières années des projets de confédération inter-allemande, suggérant une neutralisation des 2 Allemagnes, qui aurait précédé la réunification et l'adoption d'une nouvelle constitution, à mi-chemin entre le socialisme et le libéralisme, inspirée partiellement de Jakob Kaiser, l'adversaire chrétien-démocrate d'Adenauer, qui voulait une Allemagne neutre et sociale-solidariste (H1). Cette recherche fébrile fut la première phase (A1, B6, B7, IJ1). La phase suivante, elle, évoquait aussi la réunification par confédération mais sortait du cadre strictement allemand pour analyser la situation des pays neutres d'Europe : la Yougoslavie, la Suisse, l'Autriche, la Suède et la Finlande. L'Allemagne devait calquer son futur statut sur ceux des neutres et adopter un mode de défense national dégagé des blocs (A1, B6, G7, L5, L7). C'était l'idée d'une Europe qui ne serait ni atlantiste ni soviétisée mais trop importante pour être finlandisée. La gauche comme la droite participaient au débat et l'observateur extérieur pouvait constater avec quelle aisance et quelle tolérance les uns reprenaient des arguments aux autres ; tous dialoguaient sans tenir compte des étiquettes (IJ1). Avec la perestroïka de Gorbatchev, les projets de confédération allemande et de zone neutre, à insérer entre les blocs pour éviter toute confrontation directe, acquièrent automatiquement une dimension nouvelle dès que le nouveau leader soviétique parle de “maison commune”.

    Devant le nouveau discours de Gorbatchev, on peut s'enthousiasmer ou rester sceptique. On peut arguer que la politique d'ouverture, les paroles de pacification, sont comparables à la procession d'Echternach : 3 pas en avant, 2 pas en arrière ; résultat final : un pas en avant (H11, G1). On peut penser que l'URSS cherche toujours à se mesurer avec les États-Unis mais que, pour parvenir à ses fins et pour franchir le fameux “technological gap”, dont parlait Arnold Toynbee (T3), elle a besoin de capitaux européens, ouest-allemands en l'occurrence. Gorbatchev organiserait ainsi une nouvelle NEP à l'exemple de Lénine (H11) et tournerait le dos au brejnévisme, pratique politique se résumant en un repli stérile de la Russie sur elle-même. Ce repli ne permettrait pas l'envol d'une technologie soviétique autonome et provoquerait en fin de compte un recul sur le plan militaire. L'analyse est juste. Mais, malgré ce calcul russe et malgré la présence des divisions de l'Armée Rouge, Gorbatchev prend plusieurs risques : tomber sous la dépendance de l'Europe sur le plan technologique, mécontenter de larges strates du peuple soviétique peu habituées à la concurrence libérale, amorcer un processus de dissolution des franges marginales de son empire. Du coup, les Européens peuvent lui renvoyer la balle et dire que l'idée de la “maison commune” les intéresse, à condition que les Europes (CEE + AELE, sans discrimination) soient ses seuls fournisseurs de biens technologiques, qu'il accepte de livrer des matières premières à prix concurrentiels, qu'il évacue le glacis centre-européen, que les principes fédéralistes de la constitution soviétique soient réellement appliqués, y compris dans les pays baltes. Que Gorbatchev se rassure : l'éventuelle désagrégation des franges marginales de l'Empire ne portera pas atteinte à l'identité du peuple russe, si celui-ci prend réellement au sérieux les implications du projet de “maison commune”. Ce qui signifie qu'il pourra s'ouvrir sans obstacle à l'Europe et que, simultanément, tous les Européens pourront s'ouvrir aux potentialités du territoire russe, Sibérie comprise.

    Pour les nouveaux diplomates soviétiques (D1, IJ2, L4, P3), la “maison commune” constitue un projet dynamique collectif, auquel tous les Européens doivent participer indépendamment de l'idéologie qu'ils professent et appliquent. Il s'agit en outre d'un processus d'intégration qui rencontre les vœux séculaires des partisans de l'Europe unie. La diversité européenne postule une architecture politique complexe et souple, de façon à éviter les gâchis des 2 guerres mondiales. Lesquelles prouvent que plus aucun problème ne peut être résolu par les armes sur le continent européen. La similitude entre ce discours et la notion de jus publicum europaeum chez Carl Schmitt est évidente. Le jus publicum europaeum, c'était la limitation et la modération des conflits à l'intérieur du continent européen et/ou de la chrétienté, assorti du recours constant à la négociation. Aujourd'hui, expliquent les diplomates soviétiques, la recréation d'un jus publicum europaeum sous la dénomination simple et concrète de “maison commune”, postule non un désarmement unilatéral mais un alignement des systèmes militaires sur les critères de la défensive, peut-être selon les modèles suisse et yougoslave. Ensuite, ils suggèrent une accentuation des coopérations économiques inter-européennes. 95% des échanges entre Européens de l'Est et Européens de l'Ouest ne concernent rien que l'Europe, ce qui prouve, ajoute le Soviétique Lomejko (L4), que la “maison commune”, considérée comme entité globale, pourrait vivre en une autarcie relative, avec un surplus d'indépendance vis-à-vis du reste du monde.

    Devant ce nouveau discours gorbatchévien, les Occidentaux restent perplexes. Pour les Américains (Z2), c'est « une métaphore sans contenu précis » mais qui vise, si l'on sait lire entre les lignes, l'élimination des États-Unis sur le continent européen ou, du moins, une minimisation drastique de leur rôle dans la défense et l'économie européennes. Et l'Américain Zinner suggère un modus vivendi : déconstruction de l'armement nucléaire américain en Europe si les Soviétiques en font autant ; maintien de la présence économique américaine à part égale avec les Soviétiques. Les États-Unis ne renoncent pas au marché européen et entendent conserver la plus-value qu'ils retirent du contrôle des grands axes maritimes, plus-value qui se rétrécirait comme une peau de chagrin si les flux d'échanges basculent vers l'Eurasie. Quant au porte-parole européen du débat organisé par le Club de Berlin, Wichard Woyke (W4), il se dit séduit par les propositions de Gorbatchev mais reste simplement prudent et refuse toute précipitation !

    La “maison commune” partage donc bien des points communs avec l'idéal grand-européen qui a toujours été le nôtre et je concède qu'il est quelque peu vexant de le voir confisquer aujourd'hui par Gorbatchev. Mais voilà, l'idée grande-européenne est tellement évidente, la coopération entre toutes les nations d'Europe une nécessité historique vitale, qu'on devait tôt ou tard y aboutir sur l'ensemble du continent, y compris à Moscou. Évidemment — et c'est là que réside le danger — Gorbatchev n'a pas beaucoup d'autres atouts dans son jeu que sa belle rhétorique ; les remarques de Paul Zinner, porte-paroles des États-Unis, ne sont donc pas dépourvues de pertinence. L'économie soviétique est dans un état déplorable. Mais son armée est toujours là et elle est la plus puissante en Europe, même si la propagande de l'OTAN a quelque peu exagéré les chiffres. Sans concessions sous le couvert de l'idéal de la “maison commune”, Polonais et Soviétiques passeraient mal l'hiver, puisque leurs stocks sont quasi vides. Il faut donc bien que les Occidentaux les remplissent. C'est la raison pour laquelle les virtualités du discours gorbatchévien doivent être exploitées à fond et dans le sens de nos intérêts car les Européens doivent prendre leurs rivaux américains et japonais de vitesse en proposant, sur base des arguments de Lomejko (L4), une idéologie corrigée de la “maison commune” intégrant ET les intérêts européens (ceux de la CEE ainsi que ceux de l'AELE) ET les intérêts soviétiques, tout en annulant les nombreux points confus où les Soviétiques, en bons joueurs d'échec, pourraient faire montre de duplicité. Au fond, l'Américain Zinner (Z2) ne propose rien d'autre : un pacte américano-soviétique de neutralisation de l'Europe. À nous de proposer un pacte euro-soviétique, faisant pièce à l'impérialisme américain.

    Car, si un nouvel espace euro-centré devait voir le jour, il ne pourrait plus être organisé selon les critères du communisme puisque ces recettes se sont avérées totalement improductives. Mais comme le libéralisme à l'occidentale affaiblit le politique, cette seule instance apte à faire passer les décisions du virtuel au réel ; comme le libéralisme ne semble plus capable d'assurer le plein-emploi, c'est-à-dire la maximisation des capacités créatrices de nos peuples et non pas seulement la simple maximisation du profit dans le sens où l'entendent les idéologies matérialistes libérales ; comme le libéralisme ne peut servir de modèle aux peuples de l'Est, habitués aux réflexes collectifs même si ceux-ci ont été dénaturés par la rigidité communiste, il est évident que l'organisation socio-économique de l'Europe réunifiée de l'avenir devra faire référence à d'autres théories, à des théories alternatives. Une dissidente tchèque déclarait la semaine dernière à des journalistes occidentaux que jamais son peuple n'accepterait la logique marchande et qu'il s'insurgerait contre elle avec la même énergie que contre le communisme d'appareil. Déclaration qui nous force à admettre que les principes de l'intéressement et de la participation, chers au gaullisme des années 60 et moqués par la bonne conscience néo-libérale, ont l'avenir devant eux. C'est d'ailleurs la plus belle pierre que la France peut apporter à la construction du grand espace, de la “maison commune”.

    En effet, le printemps de Prague, écrasé en août 1968 par les chars de Brejnev, avait son théoricien de l'économie alternative : Ota Sik. Son œuvre, si elle était conjuguée aux travaux du MAUSS en France, aux projets des théoriciens de la régulation et aux critiques des économies “décontextualisantes”, permettrait de combler une terrible lacune commune et au discours gorbatchévien et au discours des eurocrates : en effet, quel projet de société alternatif et innovant suggèrent-ils ? Aucun. La tâche d'un mouvement comme le nôtre, au seuil des années 90, n'est-il pas de s'investir à fond dans ce type de recherche, afin de ne pas déchoir en simple supplément d'âme d'une société entièrement imprégnée de l'utilitarisme libéral ? Car la vague néo-libérale n'a rien apporté de durable à nos sociétés et ceux qui, présents dans tous les partis de l'établissement, se sont trop facilement laissé séduire par le clinquant de son discours, vont rater le train des années 90, vont fermer leurs cerveaux aux idées d'avenir.

    Mais revenons à la question allemande, qui verrouille encore et toujours le passage de l'Europe fragmentée à l'Europe totale. Parmi les projets de confédération et de réunification, que j'évoquais tout-à-l'heure, les questions de sécurité dominent. À gauche de l'échiquier politique, elles se mêlaient de considérations anti-militaristes et pacifistes. Ailleurs, la volonté de créer l'apaisement entre l'Est et l'Ouest, couplée à l'espoir toujours récurrent de la réunification, passait par une critique systématique des stratégies de l'OTAN, y compris dans les rangs chrétiens-démocrates. Ainsi, le Dr. Bernhard Friedmann, parlementaire CDU et responsable de plusieurs commissions parlementaires, publie en 1987 un livre qui fait l'effet d'une bombe (F5). La réunification, y explique-t-il, est le seul projet de sécurité collective pour l'Europe. L'Allemagne, comme jadis la France de De Gaulle, doit trouver un mode original d'insérer sa défense entre les 2 gros, sans être un simple jouet entre leurs mains.

    L'année suivante, le Professeur Willms, éminent politologue, qui a défini de manière particulièrement magistrale les concepts d'identité et de nation, suggère une “fédération centre-européenne”, obéissant à des principes politiques véritablement alternatifs tels :

    • 1) la représentation triple des professions, des régions et des partis ;
    • 2) un ordre économique repensé et
    • 3) une défense renforcée à la mode helvétique.


    De Gaulle avait suggéré des mesures analogues, du moins quant à la représentation. Les thèses de Willms (W2) doivent dès lors mobiliser l'attention des Français. Car elles permettent de transcender les logiques bloquantes de la partitocratie et de maximiser la représentation populaire au sein des parlements. Autre argument de poids avancé par Willms : la fédération centre-européenne ne peut fonctionner que sur base d'une amnistie réciproque, d'un “oubli” permettant à l'histoire de redémarrer après la parenthèse de la Seconde Guerre mondiale et de notre long après-guerre.

    Le Général Kiessling, chassé de l'état-major de l'OTAN en 1984, vient, quant à lui, de publier un brûlot remarquable : Neutralität ist kein Verrat, la neutralité n'est pas de la trahison (K2, K3). Dans cet ouvrage, il esquisse les grandes lignes d'un nouvel ordre européen. Parce que le statu quo est intenable. La volonté de rénover de fond en comble le statut de notre continent passe par une remise en question globale de tous les réflexes politiques et stratégiques auxquels nous avons été habitués depuis la guerre froide. C'est une contradiction insoluble de vouloir et la réunification et l'ancrage de la RFA dans les structures économiques et militaires occidentales. L'alignement sur l'Ouest, ce mot d'ordre d'Adenauer qui devait remplacer la raison d'État allemande, s'est révélé pure aberration. L'idée de réunification dans la neutralité est plus conforme aux principes généraux de la constitution démocratique de la RFA et permettrait d'insérer une Allemagne neutre entre les 2 blocs, qui, ainsi, ne se feraient plus face directement.

    C'est pourquoi Kiessling suggère un processus de réunification en 8 étapes, passant par : 1) le référendum populaire, 2) la constitution d'un conseil inter-allemand, 3) la reconstitution des Länder en RDA et la suppression de sa départementalisation, afin de redonner existence à des espaces homogènes et naturels et de supprimer des schémas administratifs desséchants, 4) la constitution d'une confédération allemande, 5) la réunification de Berlin, 6) l'élection d'une assemblée nationale constituante, 7) la proclamation de la République allemande, 8) la signature d'un traité de paix en bonne et due forme avec les Alliés de la Seconde Guerre mondiale. Cette République serait neutre et défendue par une armée unique de 300.000 hommes. La question reste ouverte de savoir si un pays comme l'Allemagne, avec des frontières ouvertes, sans protection naturelles, sauf les Alpes au Sud, peut se contenter d'une armée aussi dérisoire. La neutralité helvétique, malheureusement quelque peu battue en brèche lors de la “votation” de dimanche dernier, a été solide et durable parce que ce pays de 7 millions d'habitants peut mobiliser 650.000 hommes en 24 heures. Si ces proportions étaient appliquées à une Allemagne réunifiée, celle-ci devrait pouvoir mobiliser 7.400.000 hommes dans le même laps de temps !

    Sur ce chapitre, la solution préconisée par le Colonel d.r. Lothar Penz (P2) est une imbrication de l'armée permanente, hyper-professionnalisée, dans des structures de défense populaire locale et dans la défense civile. Les brigades se mouvraient dans des zones territoriales bien circonscrites et constitueraient un système exclusivement défensif, procédant par “maillage” du territoire. Une Allemagne (ou une Europe centrale), défendue selon de telles stratégies, apaiserait et dissuaderait simultanément l'URSS. Le point commun des discussions lancées par Löser (L5), Kiessling (K2, K3) et Penz (P2), c'est la volonté de déconstruire les systèmes stratégiques offensifs qui forment la politique de l'OTAN et du Pacte de Varsovie, tout en garantissant une sécurité solide et crédible pour l'Europe.

    En matière de politiques alternatives sérieuses, préconisées par des hommes compétents, ayant pignon sur rue, le terrain a été préparé en République Fédérale. Nous avions donc raison d'insister sur l'importance de ces projets dans les colonnes de notre presse et à la tribune de notre mouvement de pensée. D'autant plus, que le Chancelier Kohl lui-même vient de suggérer un processus de réunification simplifié, calqué sur toutes ces idées qui courent depuis quelques années. Kohl voit la réunification se produire en dix étapes, prévoyant des élections libres en RDA ; ainsi que la création de “structures confédératives” et, enfin, la réunification après un référendum populaire. Cela ne manque pas de piquant, lorsque l'on sait que ce même chancelier avait traité les suggestions de Friedmann d'“insensées” (F5).

    Le processus de réunification est donc en marche, qu'on le veuille ou non, qu'on le trouve trop lent ou trop rapide, qu'on estime ou non qu'il est grevé de dangers et d'illusions. Alain Minc disait d'ailleurs, avec sa pertinence habituelle, dans La grande illusion  (M8), que le Mur de Berlin protégeait l'Est de l'Ouest au temps de l'immobilisme diplomatique soviétique mais qu'il s'est mis à protéger l'Ouest de l'Est dès que s'est enclenchée la politique de charme de Gorbatchev! Maintenant que le Mur n'existe plus, c'est toute la rigidité des conceptions atlantistes qui est ébranlée. Les craintes habituelles de l'Occident, des éditorialistes américains et des publicistes français, qui en restent aux conceptions de Richelieu, ne se sont plus guère fait entendre (L1). Ce qui inquiète l'Occident, c'est l'éventuel retrait de la RFA de la CEE et de l'OTAN. Si l'Alliance atlantique devient effectivement redondante et qu'elle est davantage un magasin où les États-Unis écoulent leurs vieux stocks militaires, comme nous le souligne très justement l'Amiral Sanguinetti, il est quelque peu hardi d'affirmer que la RFA va tout de go renoncer à ses débouchés ouest-européens et à ses investissements industriels, notamment en Espagne et au Portugal. La RFA et les autres pays de la CEE ont désormais l'occasion de pratiquer une politique économique qui ne se réduit pas à l'Europe hémiplégique qu'est la CEE mais de s'assigner pour terrain de manœuvre l'Europe Totale, CEE, AELE et COMECON compris, des Açores au Détroit de Bering ! Avec Régis Debray, nous disons : faisons l'Europe TOUS AZIMUTS !

    Mais ce n'est pas seulement la perestroïka et le projet de “maison commune” qui ont suscité la nouvelle synergie. Un projet de l'OTAN a lui aussi provoqué un déclic. Quand le scénario des manœuvres dites Wintex-Cimex de février-mars 1989 a été publié, il a provoqué un véritable tollé en Allemagne fédérale. En effet, dans ce charmant exercice, les militaires américains avaient prévu un conflit en Europe centrale qui ne se résolvait que par le lancement de 17 têtes nucléaires sur les territoires allemand, tchèque, hongrois et polonais. Le territoire soviétique était épargné, de crainte que des représailles ne frappent le territoire américain. L'Europe, depuis toujours, n'a été considérée que comme un terrain de bataille dans les stratégies américaines (S16, M4). Une seule alternative pour les Européens, comme titrait Der Spiegel : « se sacrifier » (AA8). Entre le sacrifice exigé par les États-Unis et la prospérité promise par l'idéal de la “maison commune”, il n'est pas difficile de comprendre pourquoi l'opinion publique allemande choisit de préférence le second terme de l'alternative. Même les politiciens de la CDU ont rué dans les brancards (AA9). L'Amiral Schmähling et les généraux Altenburg et Mack ont annoncé qu'en cas de conflit et d'application d'une telle stratégie criminelle, l'OTAN ne devait pas compter sur eux (S8). Déclaration qui équivaut à une démission pure et simple des principaux cadres de la Bundeswehr, fer de lance conventionnel de l'OTAN.

    Cette gaffe gigantesque, commise par le Pentagone, a apporté de l'eau au moulin de Gorbatchev et révélé 2 choses lourdes de concrétude : l'Europe ne peut survivre qu'en pratiquant une politique globale commune et en instaurant une défense commune, strictement défensive et en toute autonomie.

    Le scénario des manœuvres Wintex-Cimex rend par conséquence le processus de réunification irréversible, de même que le rapprochement inter-européen, prélude à une confédération voire une fédération grande-européenne.

    Depuis quelques années, nous avons défendu, à cette tribune, la théorie des “trois Europes”, avec une Europe occidentale, sous influence américaine, ensuite une Europe centrale neutre ou en voie de neutralisation (s'étendant de la Suède à la Grèce), et, enfin, une Europe maintenue sous la coupe soviétique. Sur le plan économique, ces 3 Europes correspondent peu ou prou à la CEE, l'AELE et le COMECON ; sur le plan militaire, à l'OTAN, aux neutres et au Pacte de Varsovie. Nos vœux nous portaient à espérer un élargissement maximal de la zone centrale neutre, au détriment des zones d'influence soviétique et américaine. L'explosion de cet automne en RDA et la quasi neutralisation de la Hongrie ont accéléré ce processus de manière inattendue et l'agitation en Moldavie, dans les pays baltes, en Ukraine et en Biélorussie (B2, D8, G5, L2, S20, V3, Z1) ont jeté le doute sur la cohérence de l'URSS elle-même. N'oublions pas de mentionner aussi les manifestations tsaristes et l'audace du mouvement Pamyat à Moscou et à Leningrad. Toutes ces manifestations sont nationalistes et identitaires : elles contestent la perestroïka parce qu'elle est une idée abstraite et qu'elle pourrait introduire en Russie un libéralisme destructeur des identités. De cette façon, les visées impérialistes que pourrait dissimuler la stratégie soft du Kremlin à l'heure de Gorbatchev se voient annulées par la pression qu'exercent en aval les nationalistes russes, baltes, ukrainiens, etc. sur la politique intérieure de l'URSS. Quand Gorbatchev avait lancé sa politique de restructuration, de perestroïka, en 1985, les problèmes nationaux n'étaient pas à l'ordre du jour ; en bonne logique marxiste et réformiste, le progrès devait advenir tout simplement par régulations des paradigmes de gestion en matières économiques. Le 6 janvier 1986, dans les colonnes de la Pravda,  Gorbatchev déclare qu'il faut se débarrasser des réflexes nationaux archaïques et se vouer entièrement à un nouvel internationalisme prolétarien. Sous la pression des événements, cet optimisme progressiste très conventionnel fera long feu. Deux années plus tard, en juin 1988, Gorbatchev doit bien constater que la résistance à son projet internationaliste initial n'est pas venue des vieux cénacles brejnéviens, très minoritaires et complètement discrédités, mais des linéaments pré-marxistes, nationaux, qui structurent la mémoire des peuples de la grande fédération soviétique. Mieux : des groupes de pression mixtes, mi-nationaux mi-écologistes, contestent l'ensemble des structures soviétiques, voire la légitimité même de l'appareil. La perestroïka a ouvert la boîte de Pandore…

    L'Europe post-communiste est donc en marche (S13) ; l'idéologie communiste a largement fait faillite, comme idée et comme pratique. Ce qui implique que l'URSS en tant que puissance mondiale ne dispose plus de cinquièmes colonnes dynamiques dans les pays occidentaux ; c'est également une des raisons du profil bas qu'adopte Gorbatchev car l'histoire de ce siècle nous enseigne que l'arme la plus redoutable de Moscou a précisément été cette cinquième colonne. Et si les services américains ont sans doute tablé sur les crypto-libéraux parmi les réformistes gorbatchéviens, ils ont fait chou blanc. Nous autres, en revanche, partisans des identités européennes, pouvont développer notre propre cinquième colonne parmi les nationalistes russes et non-russes d'URSS et parmi les écologistes indépendants. Parallèlement à cette évolution, les États-Unis accusent un sérieux déclin, après la parenthèse du reaganisme, plus verbale que concrète. Le professeur Paul Kennedy (K19) a tiré le bilan : lorsque la puissance dominante ne détient plus le leadership technologique absolu ni une incontestable supériorité économique en tous domaines, elle entre dans une phase de déclin. Déclin qui, pour les États-Unis, s'est symbolisé tout récemment par l'acquisition du Manhattan Center Building par les Japonais.

    Sur cet arrière-plan de déclin des 2 super-gros, nous n'avons pas encore eu le temps, en Europe occidentale, d'esquisser un scénario affirmateur, où se trouveraient condensés toutes nos aspirations et tous nos intérêts. C'est une faiblesse. François Schlosser, dans Le Nouvel Observateur (S7), oppose un scénario positif à un scénario négatif. Ce dernier est une Europe nouvelle, auto-centrée autour de l'Allemagne, pays Baltes compris. Son scénario positif, c'est tout simplement un statu quo amélioré. Les pays européens du Comecon y sont positivement “finlandisés”, ont reçu des institutions plus ou moins démocratiques et la CEE reste isolée sur elle-même. Les pays de l'AELE, eux, restent tels quels. Pour l'idéologie soft, qu'elle soit libérale ou socialoïde, ce statu quo amélioré est parfait : les économies se sont légèrement interpénétrées ; les pays de l'Est sont gardés ou non par l'Armée Rouge si cela amuse encore Moscou mais il n'y a pas de grand espace européen, pas d'auto-centrage, pas de fusion, pas de réelle “maison commune”. Les multinationales peuvent donc faire de bonnes affaires et améliorer leurs bilans. Les États-Unis restent économiquement présents en Europe, comme le souhaite Zinner (Z2). Valéry Giscard d'Estaing rejoint cette position lorsqu'il déclare à Paris-Match (G4) que la CEE ne peut se dissoudre dans une Europe de l'Atlantique à l'Oural. La soft-idéologie ambiante, l'établissement, l'espace de la pensée marchande, sont des partisans de la toute petite Europe… Et des adversaires de l'Europe Totale : nos adversaires…

    Le mauvais scénario, pour F. Schlosser, c'est celui d'une Europe allemande, c'est-à-dire recentrée autour de l'Allemagne réunifiée. Ce qui effraie en fait Schlosser, ce n'est pas tant la germanisation proprement dite que l'autonomisation spontanée de l'Europe par rapport aux stratégies des multinationales, l'émergence de nouveaux circuits et flux économiques, annulant l'effet de la division et de la balkanisation de l'Europe. Quoi qu'il en soit, l'Allemagne étant le centre du continent européen, toutes les relations économiques et commerciales devront nécessairement passer par son territoire. Le commerce italo-scandinave, hollando-hongrois, anglo-roumain, etc. passe obligatoirement par le territoire allemand. Ensuite, le processus d'unification du continent passe également par les relations bilatérales tissées entre les petites nations de l'Est et de l'Ouest, méthode de détente qu'avait préconisée Pierre Harmel dans les années 60. Avec le dégel hongrois, ce processus est en train de reprendre de plus belle (B12, H3).

    Quant à la France, dont les voies d'expansion économique ne portent pas vers l'Est ou vers les Balkans, son opinion publique doit savoir que des projets cohérents existent à Paris et en Allemagne pour pallier à cette situation (F6, K7). Depuis 1988, les observateurs allemands constatent que les craintes françaises de voir “dériver” l'Allemagne vers l'Est s'estompent et disparaissent (K7). Sous l'impulsion de quelques cercles diplomatiques et, en apparence sous l'œil bienveillant de Mitterrand, Français et Allemands envisagent une Ostpolitik commune. Richard von Weizsäcker le déclare en outre à Moscou : « La France et l'Allemagne peuvent collaborer [en Europe orientale et en URSS]. Il n'y a pas en ce domaine de voie allemande solitaire. Ce serait contre nos propres intérêts » (F6). D'importants cercles diplomatiques français abandonnent donc le vieil isolationnisme récurrent de Paris, enterrent la méfiance héréditaire à l'égard de l'Allemagne, se distancient de l'idée d'une Europe exclusivement latine et carolingienne, renoncent à vouloir ancrer à tout prix la RFA à l'Ouest et adhèrent désormais à une forme de nationalisme grand-européen (K7). Ce sont là des tendances qu'il faut accentuer et qu'un visionnaire comme Jean Parvulesco a aperçu depuis longtemps déjà (P1, D5). A-t-il raison de dire que le grand projet gaullien de libération continentale, de libération eurasiatique, est en train de revenir subrepticement, à pas furtifs ? Peut-être. Il est encore trop tôt pour répondre. L'histoire le confirmera ou l'infirmera.

    Que la réunification plus que probable fasse imploser la CEE, que l'adhésion éventuelle de la Finlande, de la Pologne ou de la Hongrie à la CEE provoque un basculement tel qu'elle en acquiert un tout autre visage, l'important c'est qu'advienne, à l'aube du IIIe millénaire, l'Europe Totale que nous appelons de nos vœux. Mais la tâche sera lourde pour nous, si nous voulons participer à la construction de cet immense édifice. Nous devrons travailler avec plus d'énergie que jamais. Toutes les recettes de notre long après-guerre ont échoué. Plus aucune d'entre elles n'est intellectuellement satisfaisante. Il nous faut des systèmes sociaux nouveaux, obéissant à de tout autres principes. Il faut créer un droit adapté aux fantastiques innovations de notre siècle. Il faut réorganiser et redessiner nos territoires administratifs selon le mode des Länder allemands ou des cantons suisses, afin que toutes les spécificités qui constituent notre continent puissent être représentées valablement ; ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Kiessling demande la fin de la départementalisation en RDA et la reconstitution des anciennes provinces. Enfin, nos armées devront être restructurées de fond en comble et dégagées de cette Alliance contre-nature qu'est l'OTAN.

    Ces travaux innombrables et herculéens, auxquels notre mouvement de pensée devra participer, signalent que l'histoire est revenue et qu'elle nous interpelle. Ce que Jean Parvulesco appelle l'« ensoleillement ontologique » illuminera le cœur de nombreux citoyens d'Europe. Car elle revient la saison rougeoyante des Grands Brasiers et la forteresse révolutionnaire d'avant-garde achève de se construire dans quelques cerveaux hardis…

    J'espère que cette salle en compte quelques-uns et qu'ils accompliront ce que l'Histoire commande, quand tombe le crépuscule des blocs et que s'annonce l'aurore des peuples.

    Je vous remercie.

    Bibliographie :

    A.

    A1) Herbert AMMON - Theodor SCHWEISFURTH, Friedensvertrag : Deutsche Konföderation. Europäisches Sicherheitssystem. Denkschrift zur Verwirklichung einer europäischen Friedensordnung,  Ibf, Starnberg, 1985.
    A2) Dominique AUDIBERT, « Hongrie : un réveil désordonné », Le Point n°890, 9 oct. 1989.
    A3) Dominique AUDIBERT, « Hongrie : Bye, bye Lénine,... », Le Point n°891, 16 oct. 1989.
    A4) Rudolf AUGSTEIN, « Ami, Go Home », Der Spiegel n°19/1989.

    B.

    B1) Egon BAHR, Interview accordée à l'hebdomadaire Der Spiegel, 19/1989.
    B2) Arnulf BARING, « Zerfällt das Zarenreich ? », Frankfurter Allgemeine Zeitung, 13. Sept. 1989.
    B3) Jörg BECKER, « US-amerikanischer Einfluß auf die Medien », in Eckart SPOO, op. cit.
    B4) Volker BEECKEN, « Der Europagedanke : Deutsche Antwort oder bundesdeutsche Lebenslüge ? », in SCHLEE, op. cit.
    B4 bis) Hermann von BERG, « Der Weg zur Einheit wird frei », Mut n°266, Okt. 1989.
    B5) Pierre BLANCHET, « Europe de l'Est : après l'effondrement du système totalitaire. Sur les décombres, quoi ? », débat avec la participation d'Alexandre ADLER, Claude LEFORT, Paul THIBAUT, Alain BESANÇON, Hélène CARRERE d'ENCAUSSE, Pierre HASSNER, Thierry de MONTBRIAL, Christophe BERTRAM, Helmut SONNENFELDT, in Le Nouvel Observateur, 2-8 nov. 1989.
    B6) Volker BÖGE - Peter WILKE, Sicherheitspolitische Alternativen : Bestandaufnahme und Vorschläge zur Diskussion, Nomos, Baden-Baden, 1984.
    B7) F. BOLDT, « Mitteleuropa - Aktuelle Visionen seiner zukünftigen Gestalt », in BURMEISTER et alii, op. cit.
    B8) Dieter BORKOWSKI, Erich Honecker. Statthalter Moskaus oder deutscher Patriot,  Bertelsmann, München, 1987.
    B9) Wilhelm BRAUNEDER, « Juristisches Mitteleuropa : Die Rechtstraditionen gemeinsamer Kultur », Mut n°246, Feb. 1988.
    B10) Karen BRESLAU, « Are These the Taiwans of Europe ? », Newsweek, Nov. 13, 1989.
    B11) Pierre BRIANÇON, « Pays de l'Est : Moscou joue la non-ingérence. Mais limitée », Le Point n°891, 16 oct. 1989.
    B12) Georg BRUNNER, « Die Bedeutung der kleineren Staaten des Warschauer Pakts für das Ost-West-Verhältnis », in JACOBSEN et alii, op. cit.
    B13) H.-P. BURMEISTER, F. BOLDT, Gy. MESZAROS (Hrsg.), Mitteleuropa : Traum oder Trauma ? Überlegungen zum Selbstbild einer Region,  Temmen, Bremen, 1988.

    Addendum :

    B14) Justus B. BÜHLOW, Ostrevolution, Sinus, Krefeld, 1981.

    C.

    C1) James de CANDOLE, « Václav Havel as a Conservative Thinker », The Salisbury Review, Vol. 7, Nr. 2, December 1988.
    C2) Jean CAU, « Elle ne se fera pas la réunification ? Blague colossale ! Elle est déjà faite ! », Paris-Match, 23 nov. 1989.
    C3) Yves CUAU, « La fin de l'après-guerre », Le Vif-L'Express n°352/2002, 17-23 novembre 1989.
    C4) Arthur CONTE, « Aujourd'hui la mystique communiste est enterrée et Khomeiny prend la relève de Lénine », Paris-Match, 23 nov. 1989.
    C5) Gordon A. CRAIG, Interview accordée à l'hebdomadaire Der Spiegel, 1989.

    D.

    D1) Wjatscheslaw I. DASCHITSCHEW, « Das gesamteuropäische Haus und die deutsche Frage », in Mut n°267, Nov. 1989.
    D2) Alain DAUVERGNE, « CEE : le risque d'implosion », Le Point n°888, 25 sept. 1989.
    D3) Régis DEBRAY, Tous azimuts,  O. Jacob, 1989.
    D4) Patrick DEMERIN, Passion d'Allemagne : Une citadelle instable,  éd. Autrement, 1986.
    D5) Dominique DE ROUX, L'écriture de Charles De Gaulle, Trédaniel, 1989.
    D6) James F. DOBBINS, « Die Vereinigten Staaten von Amerika, die Sowjetunion und die Deutschlandpolitik », Mut n°257, Jan. 1989.
    D7) Andreas DOLLFUS, « Europa JA - Zentralismus NEIN », Mut n°258, Feb. 1989.
    D8) Juris DREIFELDS, « Latvian National Rebirth », Problems of Communism, July-Aug. 1989.
    D9) François-Georges DREYFUS, Les Allemands entre l'Est et l'Ouest, Albatros, 1987.
    D10) Heinrich DRIMMEL, Die Antipoden : Die Neue Welt in den USA und Österreich vor 1918, Amalthea, Wien/München, 1984.
    D11) Heinz DÜRR, Interview accordée à l'hebdomadaire Der Spiegel n°45/1989.

    E.

    E1) Horst EHMKE, « Perspektiven des europäisch-amerikanischen Verhältnisses in den neunziger Jahre », Europa Archiv, 44. Jahr, 15/16, 25. August 1989.

    F.

    F1) Ferenc FEHER/Agnès HELLER, Gauche de l'Est - Gauche de l'Ouest (contribution à la morphologie d'une relation problématique), Index (Étude n°10), Köln, 1985.
    F2) Karl FELDMEYER, « Die Rückkehr der deutschen Frage », Mut n°266, Okt. 1989.
    F3) Andrzej FLIS, « Crisis and Political Ritual in Postwar Poland », Problems of Communism,  May-August 1989.
    F4) Dieter FÖTISCH, « Die wirtschaftlichen Folgen der deutschen Wiedervereinigung », Criticón n°114, Juli/August 1989.
    F5) Bernhard FRIEDMANN, Einheit statt Raketen : Thesen zur Wiedervereinigung als Sicherheitskonzept,  Busse-Seewald, Herford, 1987.
    F6) Renata FRITSCH-BOURNAZEL, « Paris-Bonn : Wachsende Chancen gemeinsamer Ostpolitik ? », in JACOBSEN et alii, op. cit.

    G.

    G1) Marie-France GARAUD (éd.), numéro spécial de la revue Géopolitique, été 1989.
    G2) Hans-Dietrich GENSCHER, Interview accordée à Der Spiegel n°39/1989.
    G3) Manfred GERLACH, Interview accordée à l'hebdomadaire Der Spiegel, 45/1989.
    G4) Valéry GISCARD d'ESTAING, Interview accordé à Laurence MASUREL pour Paris-Match, 23 Novembre 1989.
    G5) Paul GOBLE, « Soviet Ethnic Politics », Problems of Communism,  July-August 1989.
    G6) Günter GRASS, « Je ne crois pas à la réunification mais à la confédération des deux États », Paris-Match, 23 nov. 1989.
    G7) Annemarie GROSSE-JÜTTE, « Profile neutraler/blockfreier Sicherheits- und Verteidigungspolitik », in Dieter LUTZ/A. GROSSE-JÜTTE, op. cit.

    H.

    H1) Christian HACKE, « Ein deutscher Patriot im Gegenstrom der Nachkriegsentwicklung : Zum 100. Geburtstag von Jakob Kaiser », Deutschland Archiv, Feb. 1988.
    H2) Karl-Eckhard HAHN, « Westeuropäische Integration, mitteleuropäisches Tauwetter und die deutsche Frage », Criticón n°113, Mai/Juni 1989.
    H3) János HAJDU, « Die Bedeutung der kleineren Staaten Europas für das Ost-West-Verhältnis », in JACOBSEN et alii, op. cit.
    H4) P. HANAK, « Schöpferische Kraft und Pluralität in der mitteleuropäischen Kultur », in BURMEISTER et alii, op. cit.
    H5) P. HANAK, « Mitteleuropa als historische Region der Neuzeit », Ibid.
    H6) Peter HAUNGS (Hrsg.), Europäisierung Europas ?, Nomos, Baden-Baden, 1989.
    H7) Václav HAVEL, Interview accordée à l'hebdomadaire Der Spiegel n°45/1989.
    H8) Kurt HEISSIG, « Deutschland und der Freiheitskampf Ost-Mitteleuropas », Die Aula, 7-8/1987.
    H9) Stefan HEYM, « Hurra für den Pöbel », Der Spiegel n°45/1989.
    H10) Rudolf HILF, Deutsche und Tschechen : Bedeutung und Wandlungen einer Nachbarschaft in Mitteleuropa mit einem Exkurs zur deutschen Frage, Leske + Budrich, Opladen, 1986.
    H11) Klaus HORNUNG, « Gorbatschow auf Lenin-Kurs. Moskau, die Deutsche Frage und der “neue Stil” », Mut n°260, April 1989.

    I/J.

    IJ1) Eckhard JESSE, « Der “dritte Weg” in der deutschen Frage : Über die Aktualität, Problematik und Randständigkeit einer deutschlanpolitischen Position », Deutschland Archiv n°5/1989,  22. Jahr.
    IJ2) Hanns-D. JACOBSEN, Heinrich MACHOWSKI, Dirk SAGER (Hrsg.), Perspektiven für die Sicherheit und Zusammenarbeit in Europa. Festschrift zum 20-jährigen Bestehen des Politischen Clubs Berlin,  Nomos, Baden-Baden, 1989.

    K.

    K1) Heinz J. KIEFER, « Die Europäische Nation Deutschland », Mut n°261, Mai 1989.
    K2) Günter KIESSLING, Neutralität ist kein Verrat : Entwurf einer europäischen Friedensordnung,  Straube, Erlangen, 1989.
    K3) Günter KIESSLING, « Abrüstung und deutsche Frage », in Europa : Nationaleuropäisches Forum,  2/1989.
    K4) Klaus Peter KISKER, « Veränderungen in den ökonomischen Beziehungen USA-BRD », in Eckart SPOO, op. cit.
    K5) Hans-Helmuth KNÜTTER, « Die westdeutschen Parteien und der Antifaschismus », Mut n°266, Okt. 1989.
    K6) Mauno KOIVISTO, Interview accordée à l'hebdomadaire Der Spiegel, 37/1989.
    K7) Ingo KOLBOOM, « Ostpolitik als deutsch-französische Herausforderung », Europa Archiv n°4,  44. Jahr, 25. Feb. 1989.
    K8) György KONRAD, Antipolitik : Mitteleuropäische Meditationen, Suhrkamp, Frankfurt a.M., 1985.
    K9) György KONRAD, « Mein Traum von Europa », in Kursbuch n°81, Sept. 1985.
    K10) György KONRAD, « Den westlichen Höhlenforschern zur Aufmerksamkeit empfohlen », in BURMEISTER et alii, op. cit.
    K11) Michel KORINMAN, « Naissance et renaissance d'un projet géopolitique », Hérodote n°48, Janv.-mars 1988.
    K12) Hartmut KOSCHYK, Die Zukunft Deutschlands in Europa,  BdV, Bonn, 1989.
    K13) A. KRASINSKI, « Mitteleuropa », in BURMEISTER et alii, op. cit.
    K14) Charles KRAUTHAMMER, « Return of the German Question », Time, Sept. 25, 1989.
    K15) J. KREN, « Historische Wandlungen des Tschechentums », in BURMEISTER  et alii, op. cit.
    K16) Detlev KÜHN, « Nachdenken über Deutschland - und handeln », Mut n°253, Sept. 1988.
    K17) Detlef KÜHN, « Noch in diesem Jahrhundert », Mut n°266, Okt. 1989.
    K18) Milan KUNDERA, « Das Abenteuer des europäischen Romans : Ein Gespräch mit dem tschechischen Schriftsteller Milan Kundera », Beilage der Süddeutschen Zeitung zur Frankfurter Buchmesse, 7. Okt. 1987.

    Addendum :

    K19) Paul KENNEDY, The Rise and Fall of the Great Powers : Economic Change and Military Conflict from 1500 to 2000, Random House, New York, 1987.

    L.

    L1) Pierre LELLOUCHE, « Au péril de l'Alliance », Le Point n°888, 25 sept. 1989.
    L2) Egil LEVITS, « Der politische Aufbruch in den baltischen Staaten : Das Problem der Selbstbestimmung der nichtrussischen Völker in der Sowjetunion », Europa Archiv n°13,  44. Jahr, 10. Juli 1989.
    L3) Werner LINK, « Gesamteuropäische Kooperationsansätze und Perspektiven », in Peter HAUNGS, op. cit.
    L4) Wladimir B. LOMEJKO, « Das “Haus Europa” aus sowjetischer Sicht », in JACOBSEN / MACHOWSKI / SAGER, op. cit.
    L5) Jochen LÖSER - Ulrike SCHILLING, Neutralität für Mitteleuropa : Das Ende der Blöcke, Bertelsmann, München, 1984.
    L6) Alain LOUYOT, « Cinq scénarios pour l'Europe », Le Vif-L'Express n°352/2002, 17-23 nov. 1989.
    L7) Dieter LUTZ - Annemarie GROSSE-JÜTTE (Hrsg.), Neutralität - Eine Alternative ? Zur Militär- und Sicherheitspolitik neutraler Staaten in Europa, Nomos, Baden-Baden, 1982.

    M.

    M1) Claudio MAGRIS, Introduction à Roman SCHNUR, op. cit.
    M2) Elie MARCUSE, « Europa über alles ! Une interview exclusive de Horst Teltschick, le plus proche conseiller du Chancelier Kohl », Le Vif-L'Express n°352/2002, 17-23 novembre 1989.
    M3) Tadeusz MAZOWIECKI, Interview accordée à Der Spiegel n°39/1989.
    M4) Alfred MERCHTERSHEIMER/Erich SCHMIDT-EENBOOM, « Die Rolle der Bundesrepublik Deutschland in der US-Militärdoktrin », in Eckart SPOO, op. cit.
    M5) Michael MEYER, « Germany's Mission », Newsweek, Nov. 13, 1989.
    M6) Adam MICHNIK, « Liegt die Existenz der DDR im Interesse Polens ? », Der Spiegel n°42/1989.
    M7) Werner MEYER-LARSEN, « Durchmuddeln mit George », Der Spiegel n°8/89.

    N.

    N1) Miklos NEMETH, Interview accordée à Der Spiegel n°43/1989.
    N2) Günther NENNING, « Dieses deutsche Geisterreich... », Mut n°266, Okt. 1989.
    N3) Thomas NOWOTNY, « Neutralitätspolitik », Europa Archiv n°13,  44. Jahr, 10. Juli 1989.

    O.

    O1) Achille OCCHETTO, « Neue Leitideen für eine europäische Linke. Etatismus und Neoliberalismus : eine falsche Alternative », Die Neue Gesellschaft/Frankfurter Hefte,  33. Jahrgang, 8, August 1985.

    P.

    P1) Jean PARVULESCO, Préface à Dominique De Roux, op. cit. (D5).
    P2) Lothar PENZ, « Zukünftige Verteidigung », in Europa : Nationaleuropäisches Forum,  2/1989.
    P3) Nikolaï PORTUGALOW, « Perestroïka im Bewußtsein der Deutschen. Die Zukunft der Bundesrepublik in einem Europa vom Atlantik bis zum Ural », Der Spiegel, 23/1989.

    R.

    R1) Jean-François REVEL, « Repartir à zéro », Le Point n°891, 16 oct. 1989.
    R2) A.M. ROSENTHAL, « Alptraum für Westeuropa », Der Spiegel, 19/1989.
    R3) Peter RUGE, Interview accordée à l'hebdomadaire Le Point n°888, 25 sept. 1989, p.35.

    S.

    S1) Tilo SCHABERT, « Die Atlantische Zivilisation. Über die Entstehung der einen Welt des Westens », in Peter HAUNGS, op. cit.
    S2) Alfred SCHICKEL, « Schlesien, Brücke zwischen Deutschen und Polen », Mut n°253, Sept. 1988.
    S3) Bruno SCHIER, West und Ost in den Volkskulturen Mitteleuropas, N.G. Elwert Verlag, Marburg, 1989.
    S4) Emil SCHLEE (Hrsg.), Deutsche Frage - Deutsche Antworten,  Arndt, Kiel, 1985.
    S5) Rolf SCHLIERER, « Wiedervereinigung und Europäische Union », Criticón, 113, Mai/Juni 1989.
    S6) Karl SCHLÖGEL, Die Mitte liegt ostwärts : Die Deutschen, der verlorene Osten und Mitteleuropa,  Corso bei Siedler, Berlin, 1986.
    S7) François SCHLOSSER, « La fin du bloc de l'Est ? Quand l'Allemagne s'éveillera... », Le Nouvel Observateur, 2-8 nov. 1989.
    S8) Elmar SCHMÄHLING, « Unsere Existenz ist unmittelbar berührt : Die Atomstrategie der NATO », Der Spiegel, 18/1989.
    S9) Roman SCHNUR, Transversale : Spurensicherungen in Mitteleuropa, Karolinger, Wien, 1988.
    S10) Thomas SCHREIBER, « La permanence du problème national en Europe centrale et orientale », Hérodote n°48, janv. 1988.
    S11) Wolfgang SCHULLER, « Zusammengehörigkeit über Systemgrenzen », Mut n°246, Feb. 1988.
    S12) Peter SCHWAN, « Europa als Dritte Kraft », in Peter HAUNGS, op. cit.
    S13) Hans-Peter SCHWARZ, « Auf dem Weg zum post-kommunistischen Europas », Europa Archiv, 44. Jahr, 11, 10. Juni 1989.
    S14) Jaroslav SEDIVY, « Neue Bedingungen für die Beziehungen zwischen sozialistischen Staaten », Europa Archiv n°15/16, 44. Jahr, 25. Aug. 1989.
    S15) Thomas SHERLOCK, « Politics and History under Gorbachev », Problems of Communism, May-Aug. 1988.
    S16) Eckart SPOO, Die Amerikaner in der Bundesrepublik. Besatzungsmacht oder Bündnispartner ?,  Kiepenhauer & Witsch, Köln, 1989.
    S17) Wolfgang STRAUSS, « “Nieder mit der Partei !” », in Europa : Nationaleuropäisches Forum,  2/1989.
    S18) Carl Gustaf STRÖHM, « Bonn-Washington, eine zerrüttete Ehe ? », Criticón n°113, Mai/Juni 1989.
    S19) Scott SULLIVAN, « A German-Slav Affinity ? », Newsweek, Nov. 13, 1989.
    S20) Roman SZPORLUK, « Dilemmas of Russian Nationalism », Problems of Communism,  July-August 1989.
    S21) J. SZÜCS, « Ungarns regionale Lage in Europa », in BURMEISTER et alii, op. cit.

    T.

    T1) Harald THOMAS, « Friedenszone nicht Schlachtfeld », in Europa. Nationaleuropäisches Forum,  2/1989.
    T2) Piet TOMMISSEN, « De Grootruimtetheorie van wijlen Carl Schmitt », Dietsland Europa, 12/1985.
    T3) Arnold TOYNBEE, A Study of History, Vol. 8, Oxford, OUP, 1954-63, pp. 126-150. Ibid., Vol. 12 (“Reconsiderations”), pp. 536-546.

    V.

    V1) M. VAJDA, « Wer hat Rußland aus Europa ausgeschlossen ? », in BURMEISTER et alii, op. cit.
    V2) Georges VALANCE, « Une sacrée prise de poids », Le Point n°888, 25 sept. 1989.
    V3) V. Stanley VARDYS, « Lithuanian National Politics », Problems of Communism, July-Aug. 1989.
    V4) Michael VOGT, « Neutralität : Fakten und Gedanken zu einem politischen Tabu », in SCHLEE, op. cit.
    V5) Karsten D. VOIGT, « Die Vereinigung Europas - Westeuropäische Integration und gesamteuropäische Kooperation », Europa Archiv,  44. Jahr, 13, 10. Juli 1989.

    W.

    W1) Karlheinz WEISSMANN, « Die konservative Option : Vorschläge für eine andere Politik », Criticón n°113, Mai/Juni 1989.
    W2) Bernard WILLMS - Paul KLEINEWEFERS, Erneuerung aus der Mitte : Diesseits von Ost und West,  Busse-Seewald, Herford, 1988.
    W3) Karel Van WOLFEREN, Vom Mythos der Unbesiegbaren : Anmerkungen zur Weltmacht Japan,  Droemer-Knaur, München, 1989.
    W4) Wichard WOYKE, « Das “Haus Europa” aus westeuropäischer Sicht », in JABOBSEN et alii, op. cit.

    Z.

    Z1) Jan ZAPRUDNIK, « Bielorussian Reawakening », Problems of Communism, July-Aug. 1989.
    Z2) Paul E. ZINNER, « Das “gemeinsame Haus Europa” aus amerikanischer Sicht », in JACOBSEN et alii, op. cit.

    Articles anonymes :

    AA1) AA, « If two Germanies became one », The Economist, 2-8 Sept. 1989.
    AA2) AA, « Germanies in confusion », The Economist, 7-13 Oct. 1989.
    AA3) AA, « In Search of Central Europe », The Salisbury Review, Vol. 6, Nr. 4, June 1988.
    AA4) AA, « EG-Kommissar aus der DDR ? », Der Spiegel n°44/1989.
    AA5) AA, « Das Handels- und Industrieministerium Miti organisiert die Angriffe auf die Weltmärkte », Der Spiegel n°45/1989.
    AA6) AA, « Deutschland, eine Supermacht ? », Der Spiegel n°47/1989.
    AA7) AA, « Der Umbruch im Warschauer Pakt macht Nato-Pläne zur Makulatur », Der Spiegel n°47/1989.
    AA8) AA, « Wir Europäer sollen uns opfern », Der Spiegel n°17/1989.
    AA9) AA, « Unsere Antwort wird Nein sein », Der Spiegel n°18/1989.
    AA10) AA, « Der Iwan kommt - und feste druff. Wie die Amerikaner den großen Atomschlag in Europa übten », Der Spiegel n°18/1989.
    AA11) AA, « Auf der Hut vor Deutschland », Der Spiegel n°19/1989.

     

    intertitre

     

    Institut d’Études Slaves et Identités d’Europe Centrale

    • Recension : Cultures et Sociétés de l’Est n°21, Institut d’Études Slaves, Paris, 1995, 222 p.

    L’Institut d’Études Slaves édite la collection “Cultures et sociétés de l’Est”. Son volume n°21 est consacré aux “Identité(s) de l’Europe Centrale”. Michel Maslowski, maître d’œuvre de cette livraison écrit :

    « Le modèle culturel de L’Europe du Centre-Est s’appuyait pratiquement partout sur le paradigme romantique de l’identité nationale, de l’héroïsme historique (même les Tchèques, beaucoup plus “marchands” que “guerriers”, avaient leur légende héroïque). Avec la fin du communisme et donc de la lutte pour la survie nationale, Maria Janion a annoncé la fin des modèles héroïques et le début d’un nouvel ethos bourgeois et capitaliste. On peut douter pourtant que les mécanismes et les comportements profondément enracinés dans les consciences depuis deux cents ans puissent disparaître du jour au lendemain. Et que l’identité culturelle forte — à laquelle on peut réduire le spectre du “nationalisme” — ne représente pas le versant complémentaire de l’identité sociale forte (et nationale faible ou refoulée) propre à l’Occident actuel. Autrement dit, face à l’Occident en crise mais opulent, l’Europe du Centre-Est peut prendre la figure du sous-développement et du quémandeur d’assistance, ce qui l’apparenterait aux pays du tiers-monde. Cela semble en contradiction avec la présence culturelle forte de ces pays, évidemment en ce qui concerne ses élites. Ou bien ces pays arrivent à faire reconnaître leur expérience, leur mémoire collective et leurs dynamismes culturels comme des compléments indispensables de la construction européenne. Car la crise de l’après-Maastricht fait apparaître les carences de l’identité culturelle des pays de la Communauté, occultée par les aspects économico-juridiques. Nous l’avons déjà dit, ce retour du refoulé peut prendre des formes dangereuses comme nous l’avons vu en Allemagne. À côté du paradigme de l’État-nation il faudrait donc en reconnaître un autre, celui du peuple-nation comme sujet potentiel de la société internationale. Bref, reconnaître non seulement la présence institutionnelle, mais aussi culturelle des peuples, sous des formes qui restent à déterminer : la Charte des peuples à côté de celle des droits de l’homme ? Avec des droits non seulement politiques mais culturels ? … ce qui semble déjà le sens de l’évolution actuelle ».

    Des dix-sept contributions, nous signalons “Les racines médiévales de l’identité centre-européenne”, “Langue et identité nationale en Pologne”, “La patrie dans l’espace : Notes sur l’espace symbolique des hymnes nationaux en Europe Centre-Est”, “Le conflit entre le modèle culturel et le modèle politique dans le sionisme”.

    ► Pierre Monthélie, Nouvelles de Synergies Européennes n°14, 1995.

     


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