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    L’hégémonie de l’OTAN : l’UE doit se soumettre !

     

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    Les élargissements comparés de l'UE et de l'OTAN (Questions internationales n°3/2003)

     

    Début avril 2010 : on vient de former une brigade franco-italienne de chasseurs alpins. Le ministre italien des affaires étrangères, Franco Frattini considère que l’événement est un “premier pas” vers la constitution d’une éventuelle armée européenne et invite d’autres États  de l’UE à participer à cette brigade. Car, ajoute-t-il, pour être “crédible” dans la lutte contre le terrorisme et pour pouvoir restabiliser des régions en crise, l’UE aurait besoin d’un moyen approprié car elle ne devrait pas toujours se fier aux États-Unis. 

    Les plans pour forger une armée européenne ne datent pas d’hier : déjà en octobre 1950, le premier ministre français René Pleven avait proposé de créer une armée européenne sous  la houlette d’un ministre européen de la défense. Les négociations qui s’ensuivirent et qui avaient pour but de mettre sur pied une CED (“Communauté Européenne de Défense”) ont échoué parce que l’Assemblée nationale française avait retiré de l’ordre du jour le Traité instituant cette CED. Les Français craignaient trop, à l’époque, le réarmement allemand. Il a fallu attendre les années 80 pour que l’on recommence à réfléchir et à agir pour reconstituer une armée européenne : c’est alors que l’Allemagne et la France se sont mises à développer une politique de défense commune ; ensuite, en 1997, avec le traité d’Amsterdam, on a commencé à travailler sur le projet d’une “politique de sécurité et de défense européenne” (PSDE). L’Eurocorps procède, lui aussi, d’une initiative commune à la République fédérale d’Allemagne et à la France : il est devenu, pour l’essentiel, une “troupe d’intervention rapide” multinationale relevant de l’UE.

    Mais jusqu’ici aucune clarté n’a pu être dégagée pour définir avec suffisamment de précision les rapports entre l’UE  et le projet PSDE, d’une part, et entre l’UE et l’OTAN, d’autre part. Toutefois, on peut repérer une série d’indices qui nous amènent à penser que les capacités de défense européennes devront touters être mises au service de l’OTAN et donc des États-Unis. Dans un rapport rédigé en janvier 2009 pour le compte de la Commission “affaires étrangères” du Parlement Européen par le député français Ari Vatanen (de nationalité finlandaise), et consacré au « rôle de l’OTAN dans  le cadre de l’architecture de la sécurité européenne », on peut lire que « l’OTAN forme le noyau de la sécurité européenne et que l’UE dispose d’un potentiel suffisant pour soutenir ses activités, si bien qu’un renforcement des  capacités de défense européennes et qu’un approfondissement de la coopération entre les 2 organisations s’avèreraient fructueuses ». Dans cette optique, la Turquie continue à être perçue comme “un allié de longue date de l’OTAN” et un pays “candidat à l’adhésion à l’UE”. Par conséquent, toute fusion de l’OTAN et de l’UE accélèrerait l’adhésion définitive d’Ankara à l’Europe.

    Sur le plan concret, on prévoit que l’UE interviendra de plus en plus souvent, dans l’avenir, “out of area”, en dehors de la zone prévue initialement par l’OTAN, c’est-à-dire l’Europe. Dans l’article 43 du Traité de Lisbonne, on évoque notamment d’éventuelles missions “pour lutter contre le terrorisme”, missions qui se dérouleraient dans des pays tiers, donc sur le territoire où s’exerce la souveraineté de ceux-ci. Le blanc seing accordé à d’éventuelles interventions hors zone se justifie à l’aide d’arguments “humanitaires” : finalement, il s’agit « d’empêcher de manière active des actes de cruauté commis à grande échelle et des conflits régionaux dans lesquels les populations souffrent terriblement comme auparavant, ou de prendre toutes mesures équivalentes ». Or les conflits régionaux et les actes de cruauté qui les accompagnent généralement sont particulièrement nombreux dans les pays évoqués, où l’on trouve des matières premières ou des minerais importants qui attirent les convoitises, comme au Soudan ou au Congo, ou dans des régions importantes pour assurer le transport de matières premières comme le Caucase.

    En prévoyant ainsi d’organiser les armées européennes pour jouer le rôle de policier mondial, l’eurocratie bruxelloise va à l’encontre des exigences de Washington qui souhaite que l’UE s’engage davantage sur le plan militaire ; ensuite, ces projets correspondent aux plans américains qui veulent faire de l’OTAN une alliance active dans le monde entier et non plus seulement dans l’espace de l’Atlantique Nord. L’engagement en Afghanistan, auquel participent bon nombre de pays membres de l’UE, nous donne un avant-goût de ce qui nous attend. En fin de compte, rien ne nous permet d’imaginer que le Proche et le Moyen Orient trouveront la paix dans un délai prévisible. En Afrique et en Asie centrale, nous trouvons toute une série de pays politiquement instables, qui, du jour au lendemain, pourront rendre “impérative” une “intervention humanitaire”.

    La militarisation prévue coûtera fort cher au contribuable. Enfin, le Traité de Lisbonne oblige les États membres de l’UE « d’améliorer progressivement leurs capacités militaires », donc de réarmer. C’est grosso modo la même chose que prévoit le rapport Vatanen du Parlement européen, dans lequel on évoque « les investissements plus élevés à consentir pour la défense au niveau de chaque État membre de l’UE » et on réclame la création « d’un quartier général opératoire de l’UE ».

    Le projet, qui équivaut à une soumission pure et simple aux intérêts géopolitiques américains, est accueilli avec bienveillance à Washington. Pourtant, les projets de défense européens n’avaient pas toujours reçu un tel accueil. Petit rappel : lorsque l’Europe se sentait démunie et désemparée dans les années 90 du XXe siècle, au moment où les conflits inter-yougoslaves faisaient rage dans la péninsule balkanique, elle avait évoqué la possibilité d’améliorer ses capacités militaires et de renforcer les assises de sa propre sécurité. À Washington, à l’époque, on avait tiré la sonnette d’alarme ! Strobe Talbott, qui était alors vice-ministre des affaires étrangères aux États-Unis, avait exprimé ses craintes : une armée de l’UE « pourrait commencer à exister au sein de l’OTAN puis devenir une concurrente de celle-ci ».

    Quoi qu’il en soit, si l’Europe venait un jour à s’émanciper des États-Unis sur les plans de la défense et de la sécurité, Washington aurait beaucoup à perdre. Car, comme l’a avoué Zbigniew Brzezinski, conseiller national en matières de sécurité auprès de l’ex-Président américain Jimmy Carter, « l’OTAN lie les États les plus productifs et les plus influents à l’Amérique et procure aux États-Unis une voix de poids dans les affaires intérieures de l’Europe ».

    ► Bernhard Tomaschitz (article paru dans zur Zeit n°17/2010, Vienne ; tr. fr. : RS).

     

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    Sarközy se soumet à Washington

     

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    Le président français met en œuvre son programme d’asservissement à l’hyper-puissance d’Outre-Atlantique

     

    ◘ Synergies européennes - Rome/Bruxelles - septembre 2007

    Sarközy et son entourage sont en train de soumettre complètement la France à la politique américaine. Depuis l’annonce, vendredi 14 septembre 2007, du retour imminent de Paris au sein du commandement général de l’OTAN, le nouveau président français Nicolas Sarközy a ouvert encore de nouvelles perspectives sur le très prochain asservissement total de la France aux États-Unis.

    Le chef de l’Élysée s’est rendu vendredi 14 septembre en Hongrie pour rabibocher les rapports entre la France et les Magyars, après le gel des relations entre les 2 pays sous l’ère Chirac. Les relations entre Paris et Budapest s’étaient considérablement rafraîchies après les commentaires méprisants qu’avait formulés Chirac lorsque la Hongrie avait appuyé le contenu d’une lettre de soutien à l’intervention américaine en Irak. Chirac avait déclaré que la Hongrie « avait perdu une bonne occasion de se taire ». Pour effacer ce souvenir cuisant, Sarközy a dit, dans un discours prononcé à la fin de ses entretiens avec son homologue hongrois Laszlo Solyom, qu’il « était venu à Budapest pour porter le message que l’Europe a besoin de la Hongrie et que la France serait désormais plus présente en Europe centrale et orientale ».

    Le chef de l’Élysée a ensuite ajouté que « dans l’esprit de la France, il n’y a pas de petits pays et de grands pays, des pays qui ont droit à la parole et d’autres qui n’ont que le droit de se taire ». Cette allusion dépréciative et directe aux paroles fortes de Chirac montre bien que la nouvelle politique internationale inaugurée par le président Sarközy entend bien mettre un terme aux principes les plus sains du gaullisme, à les détruire définitivement, pour s’incliner servilement devant les diktats du gendarme américain de la planète. Mais cette soumission verbale n’est que la partie émergée de l’iceberg.

    Paris a désormais l’intention de supprimer l’obligation que la France s’était donnée d’organiser à chaque fois un référendum populaire quand l’UE proposait l’adhésion d’un pays. Disposition constitutionnelle qui visait bien entendu à faire barrage à l’adhésion turque. Paris flanche, Paris recule, Paris s’amollit. Cet amollissement se perçoit clairement dans les propos tenus par Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’État aux affaires étrangères, dans les colonnes du quotidien Le Figaro, vendredi 14 septembre 2007. L’existence de ce référendum français pour toute future adhésion à l’UE, était perçue, à Ankara comme à Euro-Bruxelles, comme une menace permanente contre l’adhésion turque. Jouyet a suggéré, dans son entretien accordé au Figaro, de supprimer le fameux article 88, alinéa 5, de la Constitution française qui fixait les modalités de l’obligation de consulter le peuple par référendum lors de chaque proposition d’élargissement de l’UE.

    Cet article 88 devait s’appliquer à toutes les adhésions futures, après celle de la Croatie, prévue pour 2010. Il avait été adopté en 2005 par les députés réunis en congrès à Versailles avec l’appui clair et net de Jacques Chirac, alors président de la république. Jouyet remet tout en question en demandant, « Faut-il supprimer ou maintenir cette disposition ? », lors d’une intervention à la tribune d’un think tank parisien présidé par l’ancien premier ministre Édouard Balladur. Précisant qu’il s’exprimait à titre personnel, le responsable français des affaires de l’UE a feint d’avoir subitement oublié que « revenir sur une décision qui figure dans le texte même de notre Constitution constituerait un gros risque, surtout en prévision de la ratification du nouveau Traité », que les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Sept devront accepter de manière informelle lors du sommet de l’UE à Bruxelles en décembre prochain. Dans un climat de méfiance à l’égard des institutions eurocratiques de Bruxelles, surtout en France, le référendum de l’article 88, alinéa 5, était perçu comme l’ultime barrage contre les élargissements sans fin de l’Union, à commencer par un élargissement à la Turquie.

    Jouyet explique notamment, qu’avec ce référendum, la France « risquerait de bloquer, au moment opportun, un processus d’adhésion, même si toutes les conditions sont respectées » par un pays ou un autre. Dans tous les cas de figure, poursuit Jouyet, « l’idée ne serait pas de supprimer le référendum mais de permettre au chef de l’État de choisir entre celui-ci et la voie parlementaire ».

    La proposition est examinée actuellement par l’Élysée, qui a tenu à rappeler que Sarközy, lors de sa campagne pour les présidentielles, avait déjà émis l’hypothèse de la suppression éventuelle de l’article 88, sanctionnant l’obligation d’organiser un référendum pour tout élargissement de l’UE.


    ► Andrea Perrone (article paru dans le quotidien romain Rinascita, 15/16 sept. 2007).

     

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    La France est redevenue un satellite de Washington


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    Sarközy et Morin annoncent le retour imminent de Paris au sein du commandement militaire de l’OTAN



    Les temps changent et la France cesse d’être une puissance au profil propre, abandonne sa voie gaullienne et se soumet aux États-Unis. Il y a plus de quarante ans, la France avait quitté le commandement militaire de l’OTAN parce que le Général De Gaulle l’avait voulu. Sarközy met un terme à cette politique de l’honneur et entend revenir servilement à l’obéissance inconditionnelle à Washington.

    Le Ministre de la Défense français, Hervé Morin, l’a annoncé par surprise, en confirmant que le chef de l’Élysée, Nicolas Sarközy est favorable au renforcement du rôle de la France dans l’Alliance Atlantique. Bon nombre d’analystes retiennent en fait que Sarközy veut aujourd’hui combler un vide, où, pendant plus de quarante ans, la France avait été absente des structures de commandement de l’OTAN. Le quotidien Le Monde, citant des sources officielles, pense que Paris pourrait profiter du sommet de l’OTAN l’an prochain à Bucarest pour annoncer le retour de la France au sein du commandement militaire de l’Alliance Atlantique. Le Monde croit pouvoir émettre cette hypothèse en interprétant les paroles de Morin, qui a suggéré que le rôle de la France au sein de l’Alliance Atlantique, rôle qui sanctionnerait à nouveau sa dépendance envers Washington, pourrait être défini et annoncé dans un livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, dont la parution est prévue vers mars 2008. Ensuite, le ministre français pense que les relations renforcées de son pays avec l’OTAN pourraient servir à consolider les projets de défense européenne et à influencer le sens des opérations militaires de l’Alliance Atlantique. Morin semble oublier que le contrôle général de l’OTAN reste et restera aux mains des États-Unis seuls qui décideront de faire ce qui leur plait et de faire intervenir leurs troupes partout dans le monde, sans le minimum de respect pour les intérêts et les vues de leurs “alliés”, dont le seul rôle qui leur est dévolu est d’obéir sans discuter à leurs diktats. Il y a un mois déjà, le nouveau président français avait souligné que, dans un bref délai, Paris retrouverait pleinement sa place au sein de l’Alliance Atlantique.

    Actuellement, la France est le cinquième pays dans l’ordre de ceux qui financent l’Alliance contrôlée par Washington. Bien sûr, les déclarations enthousiastes commentant les décisions imminentes de Sarközy n’ont pas manquées, et, parmi elles, celles du porte paroles de l’OTAN, James Appathurai, qui, à Bruxelles, devant un parterre de journalistes, vient de déclarer que « la France est un pays qui contribue beaucoup financièrement, et se trouve même parmi les pays qui contribuent le plus, à l’Alliance, et qui soutient également nos opérations militaires ». Appathurai a ensuite dit que le moment était venu pour la France de décider si elle voulait réintégrer à plein titre la structure militaire de l’Alliance Atlantique.

    Nous assistons à un changement de fond de la politique étrangère française, mais ce changement était prévisible, vu les positions du nouvel occupant de l’Élysée, qui sont clairement néo-libérales et philo-atlantistes.

    De très nombreuses années sont passées depuis cette journée du 7 mars 1966, quand le Général Charles De Gaulle avait annoncé la sortie de son pays hors de la structure de commandement militaire de l’OTAN au président américain de l’époque, Lyndon B. Johnson, tout en maintenant sa présence au sein des structures civiles de l’Alliance Atlantique. Après cette décision historique, lucide et courageuse de De Gaulle, l’OTAN déménagea son quartier général installé à Versailles et à Fontainebleau en avril 1967. La crise avait commencé lorsque Washington avait manifesté sa volonté de contrôler plus étroitement l’Europe que dans l’immédiat après-guerre. La France avait maintenu de fait une indépendance relative par rapport aux autres pays européens, plus petits ou vaincus en 1945. Cette position avait permis à la France d’obtenir un siège au Conseil de Sécurité de l’ONU et, partant, son droit de veto, comme les grandes puissances victorieuses de la seconde guerre mondiale.

    De Gaulle avait voulu de détacher de l’emprise américaine et avait manifesté l’intention de forger un “axe carolingien” avec l’Allemagne de Konrad Adenauer, axe qui aurait dû, à terme, s’élargir à Moscou et favoriser de facto un “Axe Paris-Berlin-Moscou”, ce dont Washington ne voulait à aucun prix. À ce projet, envisagé sur le très long terme, la politique gaullienne entendait ajouter la création d’une structure militaire européenne indépendante, réelle alternative à l’OTAN. Cependant, ce qui effrayait davantage Washington, était un troisième volet dans les projets gaulliens : détacher la France du coût fixe que constituaient les pétro-dollars, sur lesquels Washington jouait pour juguler les crises inflationnistes, modus operandi qui mettait en danger les réserves d’or de Paris. De Gaulle décida donc de restituer les dollars aux États-Unis, ce qui lui avait permis de conserver intactes ses réserves d’or. Avec leurs pétro-dollars, les États-Unis avaient envisagé d’imposer une stratégie globale d’asservissement à leurs intérêts : De Gaulle l’avait refusée, en sachant que Paris allait être satellisé, réduit à un instrument de la politique américaine du dollar.

    En annonçant le retour de la France dans le bercail atlantiste, Sarközy a trahi cette politique gaullienne indépendantiste, amorcé un changement calamiteux, où son pays retourne servilement sous la dépendance de Washington, perdant en même temps, et d’un seul coup, toutes les cartes qui lui garantissaient son autonomie politique.

    Andrea Perrone (article paru dans le quotidien romain Rinascita, vendredi 14 sept. 2007).
     

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    La nouvelle doctrine de l’OTAN : l’immixtion globale

     

    _7811610.jpgQue l’on ne se fasse pas d’illusions : la guerre dans les Balkans n’est qu’un début. Les “interven­tions huma­ni­tai­res”, comme celle qui vient d’avoir lieu en Yougoslavie seront monnaie courante dans l’avenir. Ces inter­ven­tions tous azimuts constituent vraisemblablement la nouvelle doctrine de l’OTAN, qui fête ainsi son cin­quan­tième anniversaire. Pourtant, il y a un demi siècle, l’Alliance At­lan­tique se voulait exclusivement un pacte de défense, fondé pour contrer la menace communiste. Aujourd’hui ce principe de défense est caduc, faute de com­munisme. Les nuées de chars d’assaut de l’Est, prompts, disait-on, à foncer vers l’Atlantique en 48 heures, n’exis­tent plus. Que fait l’OTAN, devant cette nouvelle donne ? Elle se mue en gendarme du monde !
     
    Le glas sonne pour l’ONU

    Le principe de défense n’est plus qu’une référence marginale dans la nouvelle doctrine de l’OTAN. Les stratè­ges de Bruxelles et du Pentagone pensent désormais en de nouvelles catégories et élaborent de nouveaux scé­na­rii. Pour l’avenir, il suffira de constater des « actes de terreur », des « sabotages », une « interruption dans le trafic de ressources vitales » ou des « mouvements in­con­trôlés de grands nombres de personnes, surtout s’ils sont la conséquence de conflits armés », pour mobiliser l’Alliance. Dans le futur, l’OTAN entend entrer en ac­tion pour « éviter » et « apaiser » des situations de crise. Mieux : la simple « stabilisation et la sécurité de l’es­pa­ce euro-atlantique » suf­fisent comme motifs d’intervention. C’est un blanc-seing pour intervenir dans tous les coins du glo­be. Rien de plus, rien de moins.

    Jusqu’ici, il fallait, du moins formellement, un mandat des Nations-Unies pour autoriser l’interven­tion de l’Al­lian­ce. Cette restriction est désormais également caduque. Dans le texte fondant la nouvelle stratégie de l’OTAN, présenté à Washington en avril, les interventions de l’Alliance doivent simplement se référer aux prin­ci­pes de bases de la Charte de l’ONU et être en accord avec ceux-ci. Mais cette stipulation n’est pas con­trai­gnante. L’ONU ou l’OSCE ne doivent plus servir que comme “baldaquin” à des opérations communes, selon les cas qui se présentent. L’important, c’est que tous les pays membres de l’OTAN marquent leur accord. En con­sé­quence de quoi, l’Alliance, en pratique, peut frapper à tout moment n’importe quel pays-cible. À juste titre, l’iré­nologue de Hambourg, Hans J. Giessmann, écrit dans le quotidien berlinois taz, que « le glas a sonné pour l’ONU » et avertit ses lecteurs :

    « Ceux qui affaiblissent le baldaquin juridique qu’est l’ONU, sont co-respon­sables des conséquences. L’OTAN (…) pourra certainement empêcher certains État de faire ce qu’elle se réser­ve, elle, le droit de faire. Si la naissance de la nouvelle OTAN signifie l’enterrement de l’ONU, la conséquence, pour le monde, c’est qu’il n’y aura pas davantage de sécurité au niveau global, mais moins ». 

    On peut en conclure que l’objectif actuel de l’OTAN n’est pas d’augmenter la sécurité sur la surface de la pla­nè­te. Partout où l’OTAN est intervenue ces dix dernières années sous l’impulsion dé­ter­mi­nan­te des États-Unis, nous n’avons pas un bonus en matière de sécurité, mais un malus ; la stabilité est en recul, l’insécurité en crois­sance. Quant aux “droits de l’homme”, prétextes de la guerre en Yougoslavie, il vaut mieux ne pas en par­ler.

    Terreur contre les populations civiles

    Prenons l’exemple de l’Irak : ce pays était l’un des plus progressistes du monde arabe ; il possédait un excellent système d’enseignement et une bonne organisation de la santé ; le régime baathiste était laïc et le régime de Saddam Hussein accordait davantage de libertés citoyennes que les autres pays arabes. Depuis que le pays est sous curatelle de l’ONU et est bombardé chaque semaine par l’aviation américaine (sans que l’opinion publique mondiale y prête encore attention), rien de ces acquis positifs n’a subsisté. Cette ancienne puissance régionale est tombée au niveau d’un pays en voie de développement, où règnent le marché noir, la corruption et l’état d’exception. Vous avez dit “droits de l’homme” ? Vous avez dit “stabilité” ?

    Prenons l’exemple de la Yougoslavie : lors de son intervention dans ce pays, l’OTAN, appliquant sans retard sa nouvelle doctrine, a renoncé dès le départ à tout mandat de l’ONU et a bombardé pendant des mois un pays européen souverain, faisant ainsi reculer son niveau de développement de plusieurs décennies. Ici aussi apparaît l’ectoplasme des “droits de l’homme”, que l’on défend soi-disant. On nous transmet des images de ponts détruits, de fabriques, de chemins de fer, de stations de radio et d’innombrables bâtiments civils bom­bardés, pulvérisés par les bombes ou les missiles de l’OTAN. Même CNN n’est plus en mesure de “retoucher” les photos ou les films.

    Début mai 98, à l’aide de nouvelles bombes au graphite, les pylônes de haute tension et les usines d’électricité de Belgrade et des environs ont été détruits, coupant l’électricité et l’eau à de larges portions du territoire serbe. À Bruxelles, les porte-paroles de l’Alliance annonçaient avec un effroyable cynisme que l’OTAN était en mesure d’allumer et d’éteindre la lumière en Yougoslavie. On peut se de­man­der quels ont été les objectifs militaires poursuivis par l’Alliance dans ces coupures d’électricité ? Les porte-paroles de l’OTAN ne répondent à cette question que par le silence. L’armée yougoslave, elle, dispose de ses propres générateurs qui, à l’instar des carburants militaires, sont profondément enterrés dans le sol, comme en Suisse. Seule la population civile subit des dommages.

    Jamais plus la Yougoslavie ne sera la même après la guerre du Kosovo. Son appareil militaire sera affaibli (ce qui réjouira sans nul doute 2 pays voisins : la Croatie et la Hongrie), mais aussi son économie et ses infra­struc­tures. On évalue d’ores et déjà que la Yougoslavie a été ramenée au ni­veau qu’elle avait immédia­tement après la Seconde Guerre mondiale. Les planificateurs de l’OTAN songent déjà à haute voix à détacher le Kosovo de la Serbie et à occuper cette province, à installer là-bas un pro­tec­torat avec la présence d’une armée inter­nationale. Or la République fédérative de You­­go­slavie est un État souverain…

    L’enjeu réel de l’intervention dans les Balkans

    Dans les Balkans, après l’intervention de l’OTAN, la paix ne reviendra pas et la stabilité politique sera pro­fon­dé­ment ébranlée. Répétons-le : il ne nous semble pas que la stabilité et la paix soient dans l’intérêt des stra­tè­ges de l’OTAN. Quel est alors l’enjeu réel ?

    On aperçoit les premiers contours de l’ordre politique qui devra régner dans les Balkans sous la férule de l’OTAN. Parallèlement à l’élimination de la puissance régionale qu’était la Serbie, les États-Unis reviennent en Europe par le Sud-Est. Cette démarche est impérative pour les États-Unis, car sur la côte pacifique du bloc con­tinental eurasien, les Américains reculent. Des penseurs stra­tégiques comme Henry Kissinger et Pat Bu­chanan ont constaté que la Chine, renforcée, sera le futur concurrent de Washington dans cette région. Les per­tes en Asie doivent dès lors être compensées par une avancée stratégique en Europe.

    Ensuite : les nouveaux partenaires junior des États-Unis sont (outre les satrapies européennes ha­bi­tuel­les, dont l’Allemagne), les Turcs. Un contingent turc est présent au sein de la force inter­na­tio­na­le de “paix” au Kosovo. En ayant mis hors jeu la puissance orthodoxe serbe, l’Islam se voit ren­forcé dans le Sud-Est de l’Europe. Wa­shington joue à ce niveau un jeu clair : si l’Europe réussi son in­tégration, si l’espace économique européen s’a­vè­re viable, elle acquerra, bon gré mal gré, une puis­sance géostratégique qui portera ombrage aux États-Unis. Si­tuation inacceptable pour le Pen­ta­go­ne. Dans les tréfonds du subconscient européen, la menace islamique-ot­to­mane dans le Sud-Est du continent n’est pas vraiment oubliée. Délibérément, les Américains la réinstallent en Europe pour déstabiliser le processus d’unification européen : ironie et cynisme de l’histoire.

    L’élargissement de l’OTAN a une odeur de poudre

    La carte turque est un atout majeur des stratèges américains, également dans le domaine des ap­provision­nements énergétiques. Dans la partie de poker qui se joue en Asie centrale, l’enjeu est le pétrole, entre autres matières premières. Les futures zones d’exploitation se situent sur les rives de la Mer Caspienne et dans les ex-républiques soviétiques de l’Asie centrale musulmane et turco­phone. Dans un tel contexte, on ne s’étonnera pas que l’OTAN, depuis quelques années, s’intéresse à toute coopération militaire et économique avec les États de la CEI dans le Sud de l’ex-URSS. L’an dernier, les troupes de l’OTAN ont participé pour la première fois à des manœuvres au Tadjikistan. Ce n’est plus qu’une question de temps, mais, si le processus actuel se poursuit, les anciennes ré­pu­bli­ques musulmanes et turcophones du “ventre mou” de l’ex-URSS appartiendront en bloc à la sphè­re d’influence atlantiste, tout comme les anciens pays du Pacte de Varsovie et l’Ukraine.

    On le voit clairement : l’Alliance atlantique s’est fixé de nouveaux objectifs planétaires. L’ancienne doctrine pu­rement défensive (en théorie…) est un boulet au pied de l’Alliance actuelle. En consé­quen­ce, l’Alliance se trans­forme en un système interventionniste global.

    Quoi qu’il en soit : la sécurité ne sera pas de la partie au début du XXIe siècle. Les prochains conflits sont dé­jà programmés : avec la Chine, avec la Russie (complètement désavouée), avec tou­te une série de « méchants États » régionaux, que la propagande américaine dénoncera quand cela s’a­vèrera opportun et oubliera tout aussi vite. Hier, c’était l’Afghanistan et le Soudan, aujour­d’hui, c’est la Yougoslavie. Et demain ?

    D’autres cibles possibles en Europe

    Peut-être sera-ce le Sud de la France ou les nouveaux Länder de l’Est de l’Allemagne. Je ne blague pas. Com­me l’écrivait l’hebdomadaire d’information américain Time, il y a quelques mois, dans un numéro spécial, les stra­tèges de l’OTAN se soucient déjà de futurs « foyers de crise » en Europe. L’ancienne RDA et quelques villes du Sud de la France sont des cibles potentielles, car elles sont soupçonnées d’être d’“extrême-droite”. Au Ko­sovo, l’OTAN bombarde parce que les “droits de l’homme” y seraient bafoués. Mais en Turquie, en Israël, à Ti­mor-est, en Indonésie, les droits de l’hom­me sont bafoués depuis des décennies, sans que l’Alliance n’in­ter­vient. Qui décide où tom­be­ront les prochaines bombes ?

    La réponse est simple. Pendant 50 ans, l’Alliance a été un instrument destiné à sécuriser les intérêts stratégiques des États-Unis. Rien ne changera dans l’avenir. En revanche, ce qui est nou­veau, c’est que le Grand Frère d’Outre-Atlantique définit ses intérêts au niveau global sans ver­go­gne depuis la disparition de l’en­nemi soviétique. Cela continuera tant que le monde acceptera ses ma­nières de cow-boy.

    Organiser la résistance à l’hégémonisme US

    Pourtant la résistance à la nouvelle doctrine de l’OTAN s’organise. Le Président de l’Académie russe des scien­ces militaires, le Professeur Machmoud Gareïev exprime ses réserves de manière succincte et concise :

    « Un nouvel ordre mondial apparaît : une petite communauté d’États occidentaux sous l’égide américaine entend dominer et dicter le cours des événements. Le message que cette com­mu­nauté nous lance est clair : ne dérangez pas notre cercle ».

    Le député socialiste allemand (SPD), Hermann Scheer, manifeste son scepticisme face aux ambitions globales de l’Alliance oc­cidentale. Il écrit à propos des zones de conflit qui se dessinent en Asie :

    « Les États-Unis tentent de contrôler politiquement cette région riche en ressources ; l’Alliance doit dès lors devenir l’escorte militaire des consortiums pétroliers et gaziers (…). L’élargissement de l’OTAN en Asie a une odeur de poudre. Nous devrions ne pas nous en mêler ». 

    Conclusion : la force des uns repose toujours sur la faiblesse des autres. L’hégémonie mondiale que concocte l’OTAN est possible parce que le reste du monde ne s’en est pas soucié. Pour cette raison, il nous apparaît urgent de forger des alternatives à la domination américaine et de leur donner une assise politique. Avec les élites établies, infectées par les virus de la banque et de l’idéologie mon­dialiste, un tel projet ne sera pas possible. En revanche, si des hommes et des femmes à la pen­sée claire, capables de tirer les conclusions qui s’imposent, agissant de Madrid à Vladivostok, l’al­ter­native sera parfaitement possible. L’Internationale des peuples libres : voilà le projet qu’il fau­dra élaborer pour le XXIe siècle.

    ► Karl Richter (Nation-Europa n°6/1999).

     

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    ◘ Pourquoi nous opposons-nous à l'OTAN ?

    Traduction du “script” néerlandais d'un débat sur l'OTAN qui a opposé Robert Steuckers, au nom de Synergies Européennes à Maître Rob Verreycken, du Barreau d'Anvers – Eindhoven, 25 janvier 2003

    elpact10.jpgMesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Chers amis et camarades,

    Je voudrais d'abord résumer brièvement les motifs principaux de mon hostilité à l'institution qu'est l'OTAN, afin d'ex­pliciter le point de vue que je vais défendre aujourd'hui :

    ◊ D'abord l'OTAN est “internationaliste” dans son essence, elle prend le relais d'un internationalisme iné­gali­tai­re, né de l'idéologie interventionniste du “One World” sous égide américaine, défendue par Roosevelt lors de la Deu­xième Guerre mondiale.

    ◊ Être un État membre de l'OTAN, dans cette perspective, signifie être dépendant, donc soumis à la volonté d'un autre qui ne poursuit évidemment que ses seuls intérêts ; être membre de l'OTAN, c'est être le jouet d'une vo­lonté autre, d'une volonté qui veut nous réduire à l'état de pion docile, sans volonté propre.

    ◊ L'OTAN empêche l'éclosion de toute politique de défense autonome chez ses membres mineurs. Elle contraint nos gouvernants à enfreindre l'adage romain : si vis pacem, para bellum Elle renonce ipso facto à toute forme de souveraineté et livre nos peuples à l'arbitraire d'une politique étrangère dominante.

    ◊ L'OTAN nous empêche donc simultanément d'avoir une industrie d'armement propre, une industrie aéronau­tique performante (Airbus constituant une exception en dehors du domaine militaire) et d'avoir une politique co­hérente de marine en Europe. Depuis 1945 en effet, seules 2 puissances européennes ont pu développer de telles industries en toute autonomie : la Suède et la Grande-Bretagne. De 1950 à 1975, grâce notamment au con­cours d'ingénieurs allemands (cf. Helmut Müller, « Les scientifiques allemands en France après 1945 », in : Nou­velles de Synergies Européennes n°42/1999), la France a pu développer un pôle d'aéronautique militaire exem­plaire, dont le chasseur Mirage III sera le fleuron. Mais en 1975, lors du marché du siècle, des collabos eu­ro­péens au sein des pays de l'OTAN, ont misé sur le F-16 américain, plutôt que sur un chasseur français ou sué­dois ou franco-suédois, ruinant du même coup ce pôle d'aéronautique qui a besoin de commandes militaires pour être “boosté”. En principe l'OTAN prévoyait une “Two-Way-Street”, une voie à 2 sens, où les comman­des militaires américaines en Europe et les commandes militaires européennes aux États-Unis se seraient équi­li­brées. Le “marché du siècle” a ruiné ce projet et créé une “One-Way-Street”, une voie à sens unique. Cette voie à sens unique vaut évidemment pour l'aviation, mais aussi pour le matériel terrestre, car les États-Unis ont re­­fusé d'acheter des chars allemands, pourtant plus performants que les leurs.

    L'OTAN, un jouet socialiste

    ◊ Sur le plan de la politique intérieure, l'OTAN a toujours été un concept défendu par les faux socialistes (et vrais corrompus), qui constituaient en quelque sorte une aile droite, influencée intellectuellement par les trot­skistes, dont la fidélité aux États-Unis a toujours été exemplaire. Qu'on se souvienne de Spaak, ancien révolu­tion­naire dans le Borinage en 1932, puis néo-socialiste opportuniste quand De Man acquiert du succès, pour de­ve­nir, à Londres, le sindic des intérêts américains et britanniques en Europe occidentale (et subsidiairement au Con­go…). La servilité à l'OTAN et aux États-Unis s'appelle d'ailleurs le “spaakisme” ou le “suivisme”, dans le lan­ga­ge de notre politique étrangère. La première esquisse de l'OTAN, incarnée par le Traité de Bruxelles de 1948, a­vait reçu le nom de “Spaakistan” à l'époque, par ceux qui, à droite comme à gauche, se montraient clair­vo­yants et percevaient le jeu de dupes que l'on nous imposait. Plus tard, on a connu l'épilogue de ce suivisme so­cia­lo-trotskiste dans la personne du lamentable Willy Claes ou du pauvre De Ryke. S'identifier à l'OTAN équivaut à s'identifier à d'aussi lamentables personnages. À l'étranger aussi, ce sont les socialistes occidentalistes (trot­skistes) qui ont été les meilleurs avocats de l'OTAN ; songeons à Pierre Mendès-France (dont le niveau est évi­dem­ment supérieur à celui de Claes) dans les années 50 en France et à Javier Solana en Espagne. À droite de l'é­chiquier politique, contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'enthousiasme pour l'OTAN a été bien moin­dre, sinon inexistant : en Belgique, à l'époque où le PSC était encore considéré comme une force politique de droi­­te, Pierre Harmel a tenté, au nom d'un idéal d'“Europe totale”, de dégager notre pays de l'étau étouffant que nous imposaient les États-Unis. Dans ce que les journalistes appellent l'extrême droite, Jean Thiriart s'est fait l'avocat d'un refus systématique de la domination américaine, dont son mouvement, Jeune Europe, devait de­venir le fer de lance.

    ◊ Dans la sphère médiatique, la défense des intérêts des États-Unis, de l'OTAN et les plaidoyers pour les inter­ven­tions tous azimuts contraires au droit des gens ou aux décisions de l'ONU, sont le faits de personnages pro­pa­gandistes, soi-disant philosophes, comme Bernard Henry Lévy, Alain Finkielkraut ou André Glucksmann ; au nom d'une certaine “gauche” ou d'un humanisme (qui reste à définir…), ils appellent sans cesse au carnage, que ce soit dans les Balkans, en Irak ou ailleurs, et traitent de “fascistes” tous ceux qui sont en faveur de la modé­ra­tion ou de la diplomatie. Ce sont ces gens-là qui ont paré du label d'“humaniste”, les tueurs, les narco-trafi­quants et les proxénètes de l'UCK. Défendre l'OTAN, c'est défendre les crimes commis par ces gens-là. Défendre l'OTAN, c'est entonner un plaidoyer justificateur ou édulcorant pour les crimes de droit commun les plus ab­jects. Défendre l'OTAN, c'est quitter le domaine de la bienséance et sombrer dans la pire des voyoucraties poli­tiques.

    ◊ Enfin, défendre la politique globale américaine, dont l'OTAN est un instrument, surtout sur le théâtre euro­péen et nord-atlantique, c'est accepter que certains États, notamment l'Hegemon américain, “dealent” de la dro­gue, afin de pouvoir financer et mener des opérations “sales” qu'aucun Parlement n'accepterait d'avaliser. Par conséquent, il me paraît impossible d'être simultanément en faveur de l'OTAN, d'une part, et de préconiser une politique identitaire européenne, donc une politique d'indépendance européenne, d'appeler à défendre les va­leurs de notre propre civilisation, de lutter contre les réseaux criminels et de s'opposer à la libéralisation de la drogue, d'autre part.

    L'OTAN et la question américaine

    dr_str10.jpgLa question de l'OTAN est inséparable de la question américaine. Les États-Unis et, avant eux, les 13 colo­nies britanniques d'Amérique du Nord qui les formeront à partir de 1776, sont marqués dès le départ par une idéo­logie anti-historique, qualifiable de “chronophobique” (cf. à ce propos : Cliffrod Longley, Chosen People - The Big Idea that Shapes England and America, Hodder & Stoughton, London/Sydney/Auckland, 2002). Les co­lons qui ont peuplé ces colonies étaient généralement des “non conformistes” sur le plan religieux. Les Foun­ding Fathers, les Pèlerins du Mayflower et autres zélotes religieux, adeptes d'un fondamentalisme bibliste pro­tes­tant, ont pour dénominateur commun un rejet total du passé et de ses acquis. Pour eux, les institutions, les con­tinuités, les traditions, parce qu'elles ne reposent pas sur leur lecture réductrice de la Bible, sont frappées du sceau du Mal et doivent être abolies, éradiquées, extirpées. Les hommes sont pécheurs s'ils s'inscrivent dans de “longues mémoires”, ils n'appartiennent dès lors pas au clan des “Justes”, parce que ces traditions, qu'ils en­ten­dent cultiver, auraient généré, au fil du temps, des injustices “inacceptables” et, par le biais de la doctrine de la prédestination, “impardonnables”, “imprescriptibles”. Si ce radicalisme fanatique a été quelque peu atté­nué à la fin du XVIIIe siècle sous la direction politique ou intellectuelle d'hommes comme Washington, Jeffer­son ou Hamilton, il n'en demeure pas moins qu'il est une donnée constitutive de la mentalité américaine, la­quelle est instrumentalisée contre le monde entier. Qui ne fait pas la même lecture des faits de monde que le gou­ver­nement américain, qui propose d'autres formes de gouvernement ou d'autres projets d'aménagement ter­ritorial se retrouve ipso facto assimilé au Malin et traduit, le cas échéant, devant un “tribunal international”. Le fanatisme des puritains a changé de forme — bien que les gestes religieux que pose un Bush, par ex., re­lèvent de ce schématisme puritain sans profondeur temporelle — mais il reste néanmoins in nuce une volonté d'é­radiquer les legs du passé, de faire de celui-ci une table rase. Toute résistance à cette volonté se voit cri­mi­nalisée.

    Après les premières décennies de l'histoire des États-Unis, le Président Monroe proclame en 1823 une doctrine que l'on a souvent résumée comme suit : “L'Amérique aux Américains”. Elle s'adresse, menaçante, à toutes les puis­sances européennes en général, à l'Espagne, maîtresse de l'Amérique centrale et méridionale, en par­ti­cu­lier. Implicitement, cette doctrine constitue une déclaration de guerre à toutes les puissances européennes sou­haitant défendre leurs intérêts dans le Nouveau Monde. L'hostilité à l'Espagne culminera en 1898, lors de la guer­re hispano-américaine. Toutes les forces soucieuses de maintenir les acquis de l'histoire en Europe se sont mon­trées hostiles à l'américanisme, y compris l'Autriche, dont le ministre Johann Georg Hülsemann avait par­fai­tement perçu le danger américain, dès la proclamation de la Doctrine Monroe en 1823 (cf. : Heinrich Drim­mel, Die Antipoden : Die Neue Welt in den USA und das Österreich vor 1918, Amalthea, Wien/München, 1984).

    Un “Hegemon” auquel aucune fidélité n'est due

    [Emplacement, nombre et portée des euromissiles durant la crise de 1977 à 1986]

    crise_10.jpgAu XXe siècle, Wilson veut imposer un nouvel ordre international, via le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, mais cette base juridique pourrait dresser les peuples dont les richesses sont convoitées par les États-Unis contre la volonté de Washington. Les Américains décident donc de ne pas adhérer à la SdN, qu'ils avaient ap­pelée de leur vœux. Franklin Delano Roosevelt poursuit l'œuvre du siècle américain, visant à contrôler les ri­ves asiatiques du Pacifique et les rives européennes de l'Atlantique. Du dernier conflit mondial naît l'ONU, dont les décisions ne sont pas davantage respectées par les États-Unis aujourd'hui. Dans The Grand Chessboard (1996), Brzezinski décrit la stratégie qui consiste à exciter les vassaux les uns contre les autres pour ne pas qu'ils fassent collusion contre l'hegemon américain. On le voit : la politique du “Big Stick”, destinée à l'Amérique la­tine, du temps de Theodor Roosevelt, le refus de se conformer aux décisions des instances internationales et la hantise de voir de fortes coalitions se dresser contre les ambitions de Washington sont anciennes mais régu­liè­rement renouvelées. Toutes les puissances de la planète, l'Europe comprise, les “alliés” aussi, peuvent de­ve­nir demain les victimes de ces politiques : on ne peut donc considérer l'hegemon comme bienveillant, comme ga­rant de la paix civile chez nous. Par conséquent, un tel hegemon ne saurait être un “allié” ou un “protecteur”, et donc aucune fidélité ne lui est due.

    Carl Schmitt nous a démontré que les idéologies de la Révolution française, de la révolution bolchevique — du moins jusqu'en 1945 car, après la Seconde Guerre mondiale, l'URSS renoue avec la diplomatie traditionnelle et sa pratique des rapports bilatéraux — et de l'interventionnisme américain, à partir de Theodor Roosevelt, de Wil­son et de Franklin Delano Roosevelt, sont des idéologies qui ne respectent pas les équilibres traditionnels, hé­rités de l'histoire, ni les formes ni les us et coutumes de la diplomatie. En ce sens, ces idéologies sont dan­ge­reu­ses et bellogènes : elles impliquent une guerre permanente sans limites et sans tempérance. L'OTAN est un ins­trument de cette politique d'intervention tous azimuts, au nom de principes hostiles aux héritages his­to­ri­ques des peuples, de principes qui entendent faire du passé table rase. Par conséquent, celui qui entend s'ins­cri­re dans les continuités de l'histoire, qui entend perpétuer ces continuités, qui a le sens de l'histoire, qui res­pec­te les équilibres traditionnels entre puissances ne peut soutenir ni l'Amérique ni l'OTAN.

    De la Mer Blanche au Golfe Persique

    Pour étayer notre propos, rappelons les étapes de l'histoire européenne et nord-atlantique qui ont suivi les con­fé­rences de Yalta et de Potsdam (en 1945). Il faut savoir que la seconde guerre mondiale, menée contre une puis­sance occupant le cœur géographique de l'Europe, a été gagnée dès 1941, par la maîtrise du Proche-Orient qu'ob­tiennent les Britanniques en 3 étapes : en mai 1941, ils matent la révolte de Rachid Ali en Irak, oc­cu­pent le territoire mésopotamien et engrangent les puits de pétrole, assurant une couverture énergétique pour le matériel militaire allié ; en juin et en juillet 1941, ils éliminent la (faible) menace qu'auraient pu exercer les Fran­çais de Vichy au Liban et en Syrie. En août et en septembre 1941, ils occupent l'Iran (avec les Soviétiques, mais qui sont confinés au Nord de Téhéran). Les réserves iraniennes de pétrole s'ajoutent à celles de l'Irak. Cet­te triple maîtrise de l'espace proche- et moyen-oriental permet d'alimenter en matériels l'URSS, faisant office de champion continental contre le principal challengeur. Ces opérations d'approvisionnement s'effectuent via la Cas­pienne et le trafic fluvial sur la Volga. De cette façon, tous les points du front de l'Est peuvent être assurés d'une bonne logistique : au Nord, via Mourmansk en toutes saisons ou via Arkhangelsk en été seulement, via les ca­naux de la Mer Blanche (le fameux Belomor) menant aux 2 grands lacs Onega et Ladoga et de ceux-ci vers l'in­térieur des terres, via chemins de fer, et vers le cours de la Volga au-delà du nœud ferroviaire de Vologda. Ce système de communication entre Mourmansk et Arkhangelsk sur les rives de l'Arctique, d'une part, et la Cas­pien­ne et le Golfe Persique, d'autre part, n'a jamais été interrompu ni sérieusement menacé par les troupes al­le­mandes ou finlandaises.

    La leçon géopolitique et géostratégique à tirer de la Deuxième Guerre mondiale est donc la suivante : l'Europe se contrôle au départ du Sud-Est, plus exactement à partir du Proche-Orient et de la Mésopotamie. Une vi­sion eurocentrée de la défense européenne est donc une aberration, qui caractérise, notamment, la ges­tion hitlérienne de la belligérance entre 1939 et 1945. Une explication hitlérienne de la seconde guerre mon­diale ou une nostalgie de l'hitlérisme constituent par conséquent un danger très grave d'un point de vue géostratégique européen cohérent. Ceux qui cultivent aujourd'hui encore un hitlérisme eurocentré sont les alliés objectifs de l'hegemon américain qui visent notre asservissement, parce que cette vision nous empêche de percevoir correctement la dynamique spatiale articulée contre le cœur géographique de l'Eu­rope et parce que cette vision donne mauvaise presse dans le système médiatique contrôlée en ultime in­stance par les États-Unis.

    Une triple politique contre l'URSS

     [Carte de l'expansionnisme soviétique après-guerre]

    ursexp10.gifÀ la suite de cette victoire anglo-américaine en 1945, les alliés occidentaux (France exceptée), vont tenter de gar­der toutes les cartes entre leurs mains. Dès la fin des hostilités, les Anglo-Américains vont déployer une tri­ple politique contre l'URSS, qui vient d'avancer ses pions vers le centre de l'Europe :

    ◊ 1 — Empêcher que n'émerge une nouvelle alliance germano-soviétique.

    ◊ 2 — Malgré les acquisitions territoriales considérables de l'URSS de Staline, les Anglo-Américains vont lui refu­ser tout accès à l'Océan Atlantique, verrouillant la Baltique au niveau du Danemark, réitérant de la sorte la po­li­tique de Lord Castlereagh lors du Traité de Vienne en 1815 et appliquant les conseils d'Homer Lea dans son li­vre programmatique de 1912, The Day of the Saxons.

    ◊ 3 — Ne donner à Staline aucun accès à la Mer Méditerranée, en “neutralisant” la Yougoslavie de Tito à leur bé­né­fice ; en laissant en Albanie un régime archaïque, celui d'Enver Hodxha, inféodé à la très lointaine Chine mao­ïste, laquelle ne cultivait évidemment aucune ambition en Europe ; en mettant hors jeu la résistance grec­que de gauche, dans la guerre civile qui suivit le départ des Allemands, afin de conserver la maîtrise de l'Égée, sans influence soviétique aucune.

    Dans l'immédiat après-guerre, ces 3 principes de containment sont appelés à prendre le relais de la politi­que traditionnelle de contenir la Russie, en dépit qu'elle soit devenu l'allié privilégié — et la réserve de chair à ca­­non — pour abattre l'Allemagne, considérée à Londres et à Washington comme le moteur d'une future Europe uni­fiée. En toute bonne logique, le nouveau containment de la Russie doit commencer en Europe (aux niveaux de la Baltique, de l'Adriatique et de l'Egée), ce qui induit, quelques années plus tard, après les partages, à la créa­tion de l'OTAN en 1949, puis, ultérieurement seulement, à la mise sur pied du Pacte de Bagdad en 1955, avec la Turquie (qui fait charnière puisqu'elle est simultanément membre de l'OTAN), l'Irak sous tutelle bri­tan­ni­que avec une monarchie fantoche et l'Iran, avec le nouveau Shah, installé sur le trône en 1941, à la suite de la démission forcée de son père sous la pression anglo-soviétique.

    La campagne afghane scelle le destin de l'Union Soviétique

    Après les crises des années 50 (Corée, Hongrie, Suez), s'ouvre une période de coexistence et de détente. La con­frontation directe, en dépit des discours d'apaisement et des tentatives de dialogue Est-Ouest, reprend en 1978-1980, justement parce que les troupes soviétiques sont rentrées dans un territoire clef sur le plan stra­té­gi­que : l'Afghanistan. Les stratèges britanniques (et américains) savent, depuis les déboires de l'armée anglaise en 1842, que la puissance qui parvient à contrôler l'Afghanistan finira à terme par contrôler les points nodaux de communication entre la Russie, l'Inde et la Chine, donc contrôlera le destin de ces 3 puissances. Surtout si l'on contrôle simultanément l'Arabie Saoudite et ses réserves pétrolières. Par une guerre d'usure, menée par per­sonnes interposées, c'est-à-dire par une counter-insurgency locale bien armée de l'extérieur, les armées so­vié­tiques ne tiennent pas le coup dans les montagnes afghanes ; le coût de la guerre entraîne l'effondrement de l'U­nion Soviétique.

    Dès la fin de la superpuissance soviétique, il aurait fallu dissoudre l'OTAN, instrument créé pour la contenir et la combattre, et revenir à “l'ancienne” diplomatie, avec ses rapports bilatéraux entre puissances. Washington a refusé cette logique de bon sens et a insisté pour le maintien et l'élargissement de l'OTAN, alors que son rôle était révolu. L'Union Soviétique cessant d'exister, l'idéologie internationaliste et radicale qu'elle incarnait cesse automatiquement d'être un facteur de la politique internationale. Mais les États-Unis n'ont pas désarmé contre la Russie, preuve que l'idéologie communiste, qu'ils prétendaient combattre parce qu'elle était d'essence to­ta­li­tai­re, ne les dérangeait pas outre mesure. L'objectif n'était pas de lutter contre le communisme mais bien con­tre la concentration de pouvoir et d'organisation territoriale que représente la Russie. Cette lutte a commencé dès la guerre de Crimée ; elle se poursuit aujourd'hui, malgré la disparition du communisme. L'OTAN s'était don­né pour objectif la lutte contre le communisme et non pas contre la Russie traditionnelle. Par conséquent, si son objectif disparaît, elle n'a plus lieu d'être.

    La mise en œuvre de la Doctrine Brzezinski

    opinio10.jpgAprès le retrait des troupes russes d'Afghanistan sous Gorbatchev, les États-Unis mettent en pratique la doctri­ne et la stratégie de Brzezinski, que nous pouvons résumer ici en 3 points (pour des raisons didactiques).

    ◊ 1 - Dominer les “Balkans eurasiens”, c'est-à-dire le centre turcophone et musulman de l'Asie centrale, de con­cert avec la Turquie et l'appui de quelques spécialistes israéliens. Cette stratégie vise à asseoir une do­mi­na­tion américaine sur l'espace où se situent tous les nœuds de communication entre l'Inde, la Chine et la Russie (et derrière celle-ci, l'Europe). Pour Brzezinski, cet espace s'appelle la “Route de la Soie” (Silk Road). Effective­ment, la libre circulation sur la “Route de la Soie”, avant les conquêtes musulmanes et surtout turques, permet­tait une harmonie grande continentale, en dépit des différences majeures entre les civilisations qui la bor­daient. Les archéologues parlent de la “Sérinde” avec sa sublime synthèse helléno-bouddhique, détruite par les hor­des turco-mongoles et musulmanes. C'est la même volonté iconoclaste qui a animé les talibans, anciens sti­pen­diés de la CIA, lorsqu'ils ont détruit à coups de canon et de dynamite les splendides Bouddhas de Bamiyan en février 2001. Par conséquent, s'allier au États-Unis et rester inféodé à l'OTAN, est l'indice d'une volonté de dé­truire toute possibilité de ré-émergence de la synthèse helléno-bouddhique en Asie centrale, de priver en rè­gle générale et dans tous les cas de figure l'humanité de ses plus longues mémoires, de donner un blanc seing aux rééditions contemporaines de l'iconoclasme turco-musulman, de ruiner le patrimoine de l'humanité dé­fen­du par l'UNESCO, de participer à un projet qui interdira les communications fécondes entre 3 aires civili­sa­tion­nelles (euro-russe, indienne et chinoise).

    ◊ 2 - Brzezinski parle ensuite de lutter contre toutes les emerging powers, contre les “puissances émer­gentes”. Pour empêcher leur fusion stratégique, les États-Unis, notamment via le réseau satellitaire ÉCHELON, or­ganisent un espionnage en bonne et due forme des firmes civiles et militaires européennes afin de “pomper” des renseignements et de les prendre de vitesse. Dans de telles conditions, adhérer à l'OTAN relève du maso­chis­me le plus aberrant, car l'espionnage satellitaire d'ÉCHELON ruine nos entreprises de pointe, génératrices de nouvelles dynamiques industrielles, et condamne au chômage des techniciens et des ingénieurs de haut ni­veau. Les politiciens qui soutiennent les positions des États-Unis et de l'OTAN sont responsables du ressac éco­no­mique dû à la mise en œuvre du système d'observation satellitaire ÉCHELON.

    ◊ 3 - L'ensemble des opérations actuelles des États-Unis a pour but ultime de créer un véritable verrou par­tant des Balkans, traversant la Mer Noire et le Caucase du Nord, pour s'élancer sur l'ancienne Route de la Soie jusqu'au Pamir. De même, ni une puissance européenne ni la Russie ne peuvent avoir un accès direct et ai­sé à la Méditerranée orientale.

    À ce projet impérialiste, théorisé par Zbigniew Brzezinski, s'ajoute un appui systématique donné au trafic de dro­gues dans le monde entier. Les moudjahhidins afghans, puis les talibans, ont alimenté leurs caisses avec l'ar­gent de la drogue. Dans ce même circuit, les mafias turque, albanaise et italienne ont joué un rôle dé­ter­mi­nant. En conséquence, qui appuie la stratégie militaire des États-Unis, accorde ipso facto un blanc seing au nar­co-trafic international, générateur de réseaux multi-criminels (car-jackings, cambriolages, prostitution, …), no­­tamment au sein des populations immigrées en Europe occidentale. Toute option politique en faveur de l'al­lian­ce américaine et de l'OTAN conduit à avaliser cette criminalité débridée, à tolérer l'impuissance de nos ap­pareils judiciaires et de nos services de police, à accepter les débordements des diasporas mafieuses.

    Du Triangle d'Or aux autres narco-trafics

    _1768010.gifL'alliance entre la CIA et le narco-trafic a commencé dès le début des années 50, quand les armées en déroute du Kuo-Min-Tang chinois vont se réfugier au-delà de la frontière sino-birmane, dans le fameux Triangle d'Or. Main­tenue en état de combattre pour toute éventuelle reconquista de la Chine devenue maoïste, cette armée vit du narco-trafic pour s'auto-financer, ce qui évite aux autorités américaines de demander un financement of­ficiel pour ces opérations de guerre parallèle. Des cénacles discrets décident d'utiliser l'argent de la drogue, de favoriser indirectement la consommation dans les métropoles occidentales, afin de ne pas avoir recours à l'ar­gent des contribuables. Effectivement, alors que la drogue s'était limitée à des cercles très restreints d'ar­tis­tes ou de consommateurs très aisés, elle connaît un boom extraordinaire à partir des années 50 ; dans une pre­mière phase, c'est la consommation d'héroïne en provenance d'Indochine qui domine l'avant-scène ; dans une se­conde phase, la consommation de cocaïne en provenance d'Amérique du Sud prend le relais.

    Dès le début de l'intervention américaine en Indochine, des tribus rurales comme les Méos ou les Shans sont ar­mées et utilisées contre les gouvernements locaux, accusés de sympathies pour la Chine ou l'URSS. Leur ar­me­ment est payé par le biais de l'argent de la drogue. C'est la mise en place d'un scénario que l'on appliquera en­sui­te en Afghanistan et en Tchétchénie, et, qui sait, demain, dans nos propres banlieues et zones hors-droit, pour générer le désordre civil en Europe et éliminer ainsi une puissance concurrent économique des États-Unis. Les restes de l'armée du Kuo-Min-Tang de Tchang-Kai-Tchek, par ex., avaient besoin de 10.000 $ par hom­me et par année, soit un total de 150.000.000 $ pour des effectifs de 15.000 hommes. Ce financement n'a ja­mais reçu l'aval du Congrès américain, exactement comme, très récemment, le financement des milices de l'UCK albanaise. Ces pratiques ont toujours été occultées par l'idéologie anti-communiste, laquelle est légitime en théorie, mais à condition qu'elle ne couvre pas des pratiques criminelles. Au départ du Triangle d'Or birman, l'hé­roïne était acheminée vers les États-Unis par voie aérienne, à l'aide de DC-3 (C-47) d'une compagnie ap­partenant à la CIA (source : Alfred McCoy, The Politics of Heroin in Souteast Asia, 1972). Le scandale a éclaté au grand jour en 1971, dans l'affaire dite des “Pentagon Papers”.

    La croissance de la toxicomanie aux États-Unis

    La distribution de cette héroïne a été assurée aux États-Unis par Lucky Luciano, le boss de la mafia utilisé par l'US Army pour garantir le bon succès du débarquement en Sicile en 1943, et par un autre gangster, Meyer Lan­sky. En Italie, en Chine, en Turquie et en Albanie, les services américains ont donc délibérément parié sur le nar­co-trafic ou en ont utilisé les réseaux. Luciano, par ex., est arrivé après la guerre avec 200 mafiosi en Ita­lie pour y distribuer l'héroïne des Chinois et étendre le trafic à l'Europe entière. Pour faire fléchir le gou­ver­ne­ment central italien, les services américains et les mafiosi brandissaient la menace d'un séparatisme sicilien. Les chiffres de la progression des diverses toxicomanies sont éloquents et montrent bien que le phénomène a été créé artificiellement. En 1945, on comptait 20.000 héroïnomanes aux États-Unis ; en 1952, ils étaient 60.000 ; en 1965, 150.000 ; en 1969, 315.000 ; en 1971, 560.000. Des engouements littéraires, basés sur des re­jets ou des révoltes que l'on peut qualifier de “légitimes”, comme la Beat Generation, ont contribué à vul­ga­ri­ser les toxicomanies dans les esprits, ont accentué le désir de se démarquer de la société bourgeoise conven­tion­nelle. L'idéologie de 68, anti-autoritaire et contestatrice des structures fondamentales de nos sociétés, puis le mouvement hippy, consommateur de marijuana, ont amplifié considérablement le phénomène, ce qui nous fait arriver au chiffre astronomique de 560.000 toxicomanes aux États-Unis.

    Ces 560.000 drogués ont contribué à financer la machine de guerre, sans qu'il n'ait fallu augmenter les impôts, car c'est à cela que sert la drogue sur le plan stratégique : à ponctionner les citoyens, sans recourir à l'impôt, tou­jours impopulaire. La succession des modes contestatrices et anti-autoritaires n'est pas arrivée “par hasard” : el­les ont toutes été vraisemblablement téléguidées de “haut”, par des services de guerre psychologique. À par­tir de 1975, la consommation d'héroïne diminue aux États-Unis, car les troupes américaines quittent le Vietnam et les auxiliaires tribaux des zones reculées d'Indochine ne sont plus appelés à constituer des contre-guérillas. En revanche, la consommation de cocaïne en provenance d'Amérique du Sud augmente. Elle sert à consolider le tré­sor de guerre de bandes au service de la politique américaine et des services secrets. La plus-value du trafic de cocaïne servira ultérieurement à financer les “Contras” au Nicaragua, tout comme les réseaux mafieux a­vaient armés les partisans italiens, et la drogue du Triangle d'Or avait contribué à équiper les guérilleros Méos et Shans au Laos.

    La double stratégie — militaire et narco-trafiquante — mise en œuvre par les services secrets américains trouve é­galement un relais en Turquie, où le pouvoir est détenu par un complexe militaro-mafieux, principal pilier de l'OTAN dans ce pays. L'insistance de Washington pour faire accepter à l'UE la candidature turque vise un ob­jec­tif bien clair pour tous ceux qui se rappellent ce pan d'histoire occulte de la seconde moitié du XXe siècle qu'est l'organisation, à des fins stratégiques et impérialistes, du narco-trafic en Asie, en Amérique latine et ail­leurs. Cet objectif est, tout logiquement, de faciliter la distribution de drogues dans toute l'UE, pour en saper ain­si les assises sociales, faire de l'Europe une zone politiquement émasculée. Après avoir soutenu la can­di­da­tu­re de la Turquie, Washington appuiera bien évidemment celle d'un autre État trafiquant, le Maroc ; ce qui ac­cen­tuera encore davantage la pandémie toxicomaniaque dans nos sociétés, qui sont déjà bien ébranlées par la per­te de leurs anciennes valeurs cardinales, par leur ressac démographique général, par leur nanisme militaire, etc. 12.000 familles marocaines vivent de la culture du cannabis dans le Nord du pays, comme le souligne l'At­las­eco de 2002, publié par l'hebdomadaire parisien Le Nouvel Observateur. Déjà instrumentalisé contre l'Es­pa­gne pendant l'été 2002, cet État est un atout complémentaire dans la panoplie américaine destinée à ruiner l'Eu­rope.

    OTAN et multi-criminalité

    photo-10.jpgEn conclusion, défendre l'OTAN, même si on prévoit dans cette défense une revalorisation du pilier européenne de cette organisation, est incompatible avec un programme politique intérieur qui vise une lutte systématique con­tre le trafic de stupéfiants illicites, parce que c'est justement la puissance hégémonique au sein de l'OTAN, qui la contrôle entièrement, qui est responsable de la diffusion planétaire du fléau de la drogue. Ensuite, si ce mê­me programme politique promet aux citoyens de traiter la criminalité ambiante par “la manière forte”, il en­vi­­sage, par conséquent, de traiter de la même manière forte la part de la criminalité qui découle de la drogue et des cartels de “multi-criminalité”, où la drogue joue un rôle moteur. Par suite, tout programme politique pré­voyant la lutte contre la drogue et contre la criminalité, doit s'attaquer non pas seulement aux effets mais aux causes ; or la cause principale de ces 2 fléaux réside dans la politique menée par les services secrets amé­ricains dans le Triangle d'Or, en Turquie, en Afghanistan, au Maroc et en Amérique latine. L'OTAN est le prin­cipal instrument de la politique américaine. Il faut le rendre inopérant pour pouvoir assainir nos sociétés et les rendre à nouveau conviviales pour tous les citoyens, surtout pour les humbles qui peinent chaque jour, dans leurs tâches quotidiennes.


    ► Robert Steuckers, Forest/Flotzenberg - Eindhoven, 24 & 25 janvier 2003.

     

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    ◘ L’OTAN : un pacte militaire en quête de sens

    Désormais, l’OTAN veut agir globalement pour asseoir l’hégémonie américaine

    otan1.jpgDeux décennies après la fin de la Guerre Froide, l’OTAN est toujours à la recherche de nouveaux objectifs. On peut déjà deviner dans quelle direction portera la « nouvelle stratégie », décidée fin 2009 lors du Sommet de l’OTAN. L’Alliance atlantique cherche surtout à se donner une nouvelle justification en optant pour des missions en dehors de la zone où elle est sensée agir, des missions qualifiées en anglais de « out of area ». « À une époque d’insécurité globalisée, nous devons amorcer une défense au-delà de nos frontières », a déclaré le Secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, lors d’une conférence sur la sécurité tenue à Munich.

    Aujourd’hui déjà, le pacte militaire occidental et ses membres s’efforcent de se défendre « hors zone », notamment en Afghanistan. Dans le pays où se dresse la chaine montagneuse de l’Hindou Kouch, stationne une « armée de protection », l’ISAF, qui est placée sous le commandement de l’OTAN ; elle y agit toutefois sur base d’une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU. Dans l’avenir pourtant, on envisage de faire intervenir l’OTAN sans l’autorisation des Nations Unies, lorsque ses intérêts, ou mieux, les intérêts de Washington, sont en jeu. Car l’OTAN doit devenir, comme l’estime son Secrétaire général Rasmussen, un « forum consultatif pour les questions internationales de sécurité ».

    Avec cette revendication globale d’hégémonie, on cherche bien évidemment à protéger, surtout contre la Chine, la position hégémonique des États-Unis dans le monde. Finalement, l’OTAN, comme le soulignait Rasmussen à Munich, « est surtout et avant tout une alliance transatlantique ; notre centre de gravité restera l’alliance entre l’Europe et l’Amérique du Nord ». Mais comme l’OTAN et les États-Unis ne pourront plus agir seuls désormais, il leur faut systématiquement mobiliser « d’autres acteurs importants » et on songe en premier lieu à la Russie. Dans ce contexte, c’est surtout le contrôle des immenses richesses du sol russe qui joue le rôle primordial, richesses que recèlent la Sibérie et l’Extrême Orient russes, peu peuplés.

    Depuis longtemps dans le collimateur de Washington se trouvent également les incalculables réserves de matières premières des républiques centre-asiatiques, surtout celles de gaz et de pétrole. Dans le projet d’amener ces États dans la sphère d’influence américaine, la Turquie joue un rôle clef parce qu’elle possède d’étroites affinités linguistiques et culturelles avec les peuples turcophones d’Asie centrale. La Turquie, membre de l’OTAN, a des « intérêts spéciaux en Asie centrale », comme le dit avec insistance Zbigniew Brzezinski, conseiller toujours très influent pour la Sécurité nationale et cela, depuis le temps où il servait l’ancien président américain Jimmy Carter.

    Pour ce qui concerne les manœuvres destinées à contrôler la Russie, les stratèges de Washington et du Quartier Général de l’OTAN à Mons en Belgique semblent suivre une double stratégie : d’une part, ils essaient de mettre la Russie devant le fait accompli en élargissant continuellement l’OTAN en direction des frontières russes ; d’autre part, ils misent sur le facteur temps. Zbigniew Brzezinski pense que les « ambitions impériales » de la Russie constituent actuellement un frein à l’inclusion de la Russie dans une « communauté euro-atlantique ». Mais il espère, en même temps, qu’une nouvelle génération de dirigeants russes reconnaîtra bientôt que renoncer aux « ambitions impériales » va dans le sens des « intérêts fondamentaux de la Russie ». Ensuite, Brzezinski espère que le terrible déclin démographique de la Russie poussera Moscou dans les bras de l’Occident. Encerclé par 500 millions d’Européens à l’Ouest et 1,5 milliard de Chinois à l’Est, le Kremlin, pour assurer un contrôle sur ses propres matières premières situées dans des régions peu peuplées, n’aurait, d’après les arguments avancés par Brzezinski, pas d’autre choix que de coopérer avec l’OTAN.

    Mais la Russie, pour de bonnes raisons, ne perçoit pas l’OTAN comme un partenaire potentiel mais comme un adversaire. Le 5 février 2010, le jour même où l’on ouvrait la Conférence de Munich sur la sécurité, le Président Dimitri Medvedev donnait son blanc seing à la nouvelle doctrine militaire russe, destinée à demeurer en vigueur jusqu’en 2020. Dans le document qui établit cette doctrine, les militaires russes critiquent le fait que « les infrastructures militaires de l’OTAN » se rapprochent de plus en plus des frontières de la Russie ; ils estiment en outre que la mise en place d’un « système stratégique anti-missiles » constitue une menace pour la sécurité de la Russie et, qui plus est, une entorse à « l’équilibre global des forces ». Certes, on peut dire que le gouvernement d’Obama a renoncé à installer un système anti-missiles en Pologne et en Tchécoslovaquie mais, en lieu et place de cette installation préalablement prévue par les Américains, on apprend qu’un « traité bilatéral » vient d’être signé avec la Roumanie, prévoyant la mise en place d’un système de même type dans ce pays d’ici à l’année 2015, afin, prétend-on, de parer à la menace de missiles iraniens. Les militaires russes réservent toutefois leurs critiques les plus acerbes au plan américain de déployer des navires Aegis, disposant de missiles SM-3, dans les eaux de la Mer Noire. Car, selon les clauses du Traité de Montreux de 1936, auquel tant la Russie que la Roumanie ont adhéré, les navires de guerre de pays non riverains ne peuvent circuler plus de 21 jours consécutifs en Mer Noire.

    Moscou observe aussi avec grande méfiance la constitution en août 2009 du « Conseil des Sages de l’OTAN » qui a pour tâche d’élaborer les nouvelles stratégies du pacte militaire. La présidente de ce caucus de 12 personnalités n’est autre que l’ancienne ministre américaine des affaires étrangères, Madeleine Albright. Lors de son mandat, en 1999, l’OTAN avait attaqué la Serbie par la voie des airs. Parmi les autres membres de « Conseil des Sages », il faut compter Geoff Hoon. Ce Britannique était le ministre des affaires étrangères du gouvernement Blair, lorsqu’en mars 2003, la Grande-Bretagne avait fait entrer ses troupes en Irak, aux côtés de celles des États-Unis.

    ► Bernhard Tomaschitz. (article paru dans l’hebdomadaire viennois zur Zeit n°7/2010. (tr. fr. : Robert Steuckers)

     

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    Consolidons deux axes contre l’atlantisme !

    Depuis des années déjà, mon quotidien romain, Rinascita, milite, prêche et exhorte ses  lecteurs pour aboutir à ce qui semble la seule et unique solution possible pour assurer la survie de notre Europe : l’union stratégique de l’Ouest et de l’Est du continent. Cette unité de la “plus grande Europe” est une question de vie ou de mort: elle ne se réalisera que par la réactivation et la consolidation d’un nouvel “axe carolingien”, l’Axe Paris-Berlin-Moscou (ndt : remarquablement mis en exergue par Henri de Grossouvre en France), et par l’invention révolutionnaire d’une “alliance continentale-méditerranéenne”, d’un Axe Madrid-Rome-Belgrade-Moscou, capable de fermer les côtes méridionales de l’Europe à toute influence hostile émanant de l’atlantisme.

    Telle est notre “utopie réalisable”  (et, en partie, elle est déjà en voie de réalisation) : construire un double axe géopolitique assurant la défense et la sécurité en Europe. L’objectif, de fait, est de rendre la souveraineté aux États nationaux européens, qui ont été transformés, par les Anglo-Américains, en un chapelet de petites colonies satellisées. L’objectif, pour tous les peuples d’Europe, c’est de faire converger leurs forces, de les additionner et de les joindre à celles de la Russie, l’unique État national européen encore capable de donner à notre “plus grande patrie” un avenir dans l’unité sur tous les plans : culturel, social, économique et politique.

    En dépit de toutes les vicissitudes, et même des vicissitudes négatives, jour après jour, année après année, notre vision commune s’est renforcée et n’a cessé de se renforcer en Europe. Notre voix, celle de Rinascita, n’est plus une voix qui crie dans le désert, mais une voix qui a suscité, en dehors de son vivier d’origine, un écho tangible et des analyses similaires, désormais partagées par de nombreux cercles et personnalités. De l’effondrement du Mur de Berlin à nos jours, l’histoire européenne a enregistré et subi des offensives répétées contre son territoire. Par le miroir aux alouettes du bien-être occidental ou par les armes de l’OTAN, les fédérations des États d’Europe orientale, soit l’URSS et l’ex-Yougoslavie, ont été brisées, émiettées et fragmentées par l’offensive anglo-américaine et néo-libérale, agissant souvent par le biais de “révolutions oranges”, financées par des fonds issus de l’usure et de la finance.

    Actuellement, les “fondations” et les groupes de pression occidentaux (Rockefeller, Agnelli, Trilatérale, Davos et autres) ont juré de détruire tous les États nationaux et tous les systèmes de protection sociale qu’ils ont mis sur pied, en faisant miroiter les délices d’un “fédéralisme” composé d’autonomies régionales, alors que leur objectif réel est tout entier contenu dans le vieil adage latin “Divide et impera” (“Diviser pour régner”), à appliquer, cette fois, à tout le globe, par ceux qui détiennent le maximum de pouvoir sur les plans politique et économique. Mais voilà que l’attaque en direction du cœur de la Russie, attaque qui était censée constituer la manœuvre principale dans la conquête définitive de l’Europe, vient d’échouer. Le Kremlin a repris les rênes du pouvoir en ses terres propres. Il a utilisé les mêmes armes que les puissances atlantiques, le pétrole et l’énergie, mais sans avoir eu besoin, pour ce faire, d’envahir d’autres pays et de les occuper. Ainsi, le Kremlin est revenu à un “status quo ante” qui hisse à nouveau la Russie au rang de puissance planétaire et non plus régionale.

    Pour le bien commun de toutes nos terres européennes, pour le bien de l’humanité toute entière, il faut qu’échoue la stratégie mondialiste qui, sous les oripeaux de la “globalisation économique” et sous la bannière du “libre marché”, cherche en réalité à imposer à toutes les nations la domination unipolaire des Anglo-Américains, orchestrée par la haute finance. L’enjeu est énorme, extrême. Tellement extrême que, depuis 2001, Washington, prévoyant, pour sa puissance, l’émergence imminente de vents prochains très défavorables, a fait battre ses tambours de guerre, partout dans le monde. Ces tambours, il faut les faire taire. Notre tâche, à nous Italiens, est de travailler à l’alliance méditerranéenne / continentale, à l’Axe qui nous unira à Moscou.

    ► Ugo Gaudenzi, éditorial de Rinascita, 13 août 2008. (tr. fr. : Robert Steuckers)

     

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    La France et l’OTAN

    Le 5 décembre 1995, la France a annoncé qu’elle reprenait sa place, avec voix délibérative au Comité militaire de l’OTAN. Créée en octobre 1949, cette instance réunit les chefs d’état-major des États membres de l’organisation militaire intégrée de l’Alliance atlantique. Depuis 1966, date à laquelle De Gaulle avait fait connaître sa volonté de se retirer de l’OTAN, la France n’y était plus représentée que par une simple mission militaire avec voix consultative. La décision prise en décembre dernier marque donc un tournant. Retour au bercail ou premier pas vers un système européen de défense ?

    Lorsqu’à la suite du 13 mai 1958 (1) le Général de Gaulle revient aux affaires, son hostilité à l’intégration des forces françaises dans l’OTAN est connue de longue date. Par principe puisqu’il entend conduire une politique d’indépendance nationale. « Il faut, déclare-t-il le 3 novembre 1959 à l’École militaire, que la défense de la France soit française ». Mais aussi pour des raisons stratégiques précises. Le 4 octobre 1957, les Soviétiques ont en effet placé sur orbite le premier Spoutnik et par là même démontré la puissance de leurs lanceurs. Le territoire des États-Unis n’est plus invulnérable ce qui, aux yeux du Général, invalide leur stratégie de dissuasion élargie au "théâtre européen’’. Enfin l’interventionnisme tous azimuts des États-Unis laisse à craindre une dérive de l’OTAN vers le "hors-zone" (2). Dès 1958 donc, la France entre dans une logique de rupture. Eisenhower lui ayant refusé la constitution d’un directoire à trois de l’Alliance atlantique (États-Unis, Grande-Bretagne, France) pour présider aux destinées du monde occidental, De Gaulle amorce le processus de désengagement avec le retrait de la flotte française de Méditerranée des commandements intégrés (3). Ce processus est parachevé le 7 mars 1966 avec la lettre du Général annonçant à Johnson que la France, tout en restant membre de l’Alliance atlantique, se retire purement et simplement de l’OTAN. Les accords Ailleret-Lemnitzer (1967) planifient toutefois des actions combinées en cas d’offensive soviétique sur l’Europe occidentale.

    Eurocorps : un premier pas vers l’OTAN

    Cette orientation a prévalu jusqu’au début des années 90. C’est en 1992 que la France fait un premier pas vers l’OTAN, lors de la constitution de l’Eurocorps. Pour convaincre l’Allemagne de participer à ce projet, le gouvernement français accepte le principe de la double casquette (Union de l’Europe occidentale / OTAN) et donc de mettre à la disposition éventuelle du commandement atlantique des troupes françaises. Au cours de l’année 1993, le représentant français au siège de l’OTAN participe à plusieurs réunions du Comité militaire portant sur le "maintien de la paix" en ex-Yougoslavie et le 28 septembre 1994, le ministre de la Défense du gouvernement Balladur, François Léotard, rejoint ses collègues de l’organisation atlantique à Séville. Y sont abordées la situation en Bosnie et les questions de sécurité en Méditerranée. Par la suite, la France assiste aux travaux du Comité militaire sur le conflit bosniaque. Certes, il s’agit de réunions ad hoc mais cette politique des petits pas a préparé la décision de décembre 1995 faisant à nouveau de la France un membre de plein droit du Comité militaire. Précisons cependant qu’il ne s’agit pas à proprement parler de réintégration de l’OTAN. Les représentants français ne participent pas au Comité des plans de défense et au Groupe de planification. Cette décision n’en ouvre pas moins un nouveau chapitre dans l’histoire des relations entre la France et l’OTAN.

    D’aucuns ont expliqué cette réintégration partielle dans l’OTAN par l’engagement des casques bleus français en Bosnie. L’ONU ayant fait de l’organisation atlantique son "bras armé", la France a dû participer de manière assidue aux structures intégrées et la décision de décembre 1995 est venue consacrer cet engrenage. Selon cette interprétation, la France serait, toute honte bue, rentrée au bercail, ce retour honteux valant reconnaissance de l’erreur commise en 1966. Pour un gaulliste intransigeant, on pourrait à bon droit parler de trahison.

    Pourtant, nombre d’analystes jugent ce modèle d’interprétation insuffisant. Ils voient plutôt en la décision prise par Jacques Chirac une manœuvre visant à affirmer une identité européenne. On sait en effet que la constitution d’un système de défense européen (SDE) est, depuis les plans Foucher (1961-1962) et le traité franco-allemand de l’Élysée (1963), un objectif privilégié de la politique extérieure française (4). Lorsque de 1989 à 1991 le bloc soviétique puis l’URSS elle-même se défont, François Mitterrand croit le moment venu. La dissolution du Pacte de Varsovie entraînera nécessairement celle de l’OTAN estime-t-il. Mais les années qui ont suivi ont à nouveau montré que les partenaires européens de la France n’envisageaient pas un SDE indépendant des États-Unis (c’est-à-dire extérieur à l’OTAN). Jacques Chirac en a donc tiré les conséquences logiques. La défense européenne ne pouvant être sans les Européens, elle ne se fera pas en dehors de l’Alliance atlantique. L’objectif n’est donc plus de substituer l’Union de l’Europe occidentale (UEO) à l’OTAN mais de réformer le système atlantique (Alliance atlantique et OTAN) de l’intérieur. C’est là le thème de l’"alliance rénovée" cette expression recouvrant les objectifs qui suivent : faire du Pacte atlantique une alliance équilibrée entre parties aux statuts politico-stratégiques identiques, les États-Unis et l’Union européenne ; mettre au service de l’UEO les moyens mis par les uns et les autres à disposition de l’OTAN pour les entreprises politico-stratégiques ne concernant pas les États-Unis. Ces Groupes de forces inter-armées multinationaux (GFIM) — moyens de commandement, troupes et matériels — matérialiseraient le "pilier européen de l’Alliance atlantique", l’UEO en étant l’expression stratégique. Pour nous résumer, la France a fait un pas en direction de l’OTAN et attend en retour une plus grande disponibilité de ses alliés à réformer l’Alliance.

    Il n’est évidemment pas assuré que cette stratégie du cheval de Troie porte ses fruits. Instrument de leur hégémonie en Europe, l’OTAN est de surcroît indispensable aux États-Unis pour développer leur stratégie mondiale. Pour s’en tenir à l’exemple le plus récent, sans la mise à disposition des infrastructures européennes de l’organisation atlantique, l’intervention américaine dans le Golfe Persique (1990-1991) eût été autrement plus difficile voire inconcevable, du moins avec une telle célérité. Washington ne peut donc qu’être hostile à un SDE nécessairement concurrent à terme et, par le passé, l’a déjà fait savoir (5). Quant aux partenaires européens de la France, ils semblent craindre avant toute chose le retrait des États-Unis d’Europe et en conséquence s’emploient à ne pas les contrarier. En conséquence , à l’intérieur comme autrefois à l’extérieur de l’Otan, la France et son projet d’Europe militaire pourraient bien buter sur les mêmes contraintes. Mieux. On peut craindre qu’elle ne se plaise à jouer les supplétifs du "Nouvel Ordre Mondial" en multipliant les interventions militaro-humanitaires dans le cadre d’une division militaire du travail entre les deux rives de l’Atlantique, Washington demeurant le "donneur d’ordres". Pour autant, le pire n’est jamais sûr et la France pourrait tout aussi bien enregistrer des gains politico-stratégiques réels.

    L’internationalisme de la Maison-Blanche sera-t-il rejeté ?

    En effet, le principe même de mise à la disposition de l’UEO des GFIM a déjà été accepté par les États-Unis lors du Sommet atlantique de janvier 1994, à Bruxelles. Depuis, les structures de l’OTAN n’ont guère évolué en ce sens, Washington ne se résolvant pas à voir des moyens américains placés sous le commandement d’états-majors européens. Avec le pas fait par la France, on dit les États-Unis plus souples sur la question, le Sommet atlantique de juin 1996 devant confirmer la chose. Précisons toutefois que rien n’est acquis et l’on voit mal pourquoi le Pentagone renoncerait à conserver un droit de regard sur les appareils militaires de ses alliés. À moins qu’un certain nombre de facteurs ne l’amène à relâcher son emprise. On pense par ex. au recentrage de la population américaine sur les questions domestiques, recentrage évident depuis la mainmise des Républicains sur le Congrès en 1994 et confirmé par les succès relatifs de Pat Buchanan aux primaires présidentielles.

    Cette hostilité latente à l’"internationalisme" de la Maison-Blanche pourrait, en cas d’échec de la diplomatie US en Bosnie, devenir ouverte et il faudrait alors que la Présidence en tire les justes conséquences.

    Autre facteur à prendre en compte, la ferme opposition de la Russie à l’élargissement à l’Est de l’OTAN. Ce dossier est bloqué jusqu’après les élections présidentielles russe et américaine mais ensuite, on imagine difficilement Moscou accepter une décision la refoulant symboliquement en Asie. Les États d’Europe centrale et orientale ne pouvant demeurer ad aeternam dans un "no man’s land sécuritaire", la seule solution semble être leur intégration pleine et entière à une UEO rénovée et opérationnelle. Ayant échoué dans sa "course vers l’Est", l’Otan en perdrait toute légitimité. Enfin, l’issue de la conférence intergouvernementale européenne qui vient de s’ouvrir à Turin sera cruciale pour la sécurité du continent. Si l’axe franco-allemand est suffisamment fort et dynamique pour donner naissance à une Union européenne politiquement structurée, alors le reste suivra (6).

    Un déni de gaullisme ?

    Trois décennies après l’acte fondateur de 1966, la décision française de réintégrer partiellement l’OTAN ne saurait bien évidemment nous agréer. On peut y voir à bon droit un déni du gaullisme mais une approche plus pondérée de cette même décision est également possible et elle ne peut pas être ignorée. Ainsi, Jean-Claude Casanova écrivait-il, dans L’Express du 21 septembre 1995, qu’il fallait être plus atlantique aujourd’hui pour être plus européen demain. Un tel paradoxe nous laisse dubitatif ; nous n’en serons pas moins attentifs aux développements d’une situation ouverte à bien des "possibles".

    ► Louis Sorel, Nouvelles de Synergies Européennes n°19, 1996.

    ♦ Notes :

    • 1) Le 13 mai 1958, les Européens d’Alger s’insurgent suite à la nomination de Pierre Pfimlin à la Présidence du Conseil et réclament un gouvernement de salut public assurant le maintien de la présence française en Algérie. Dans le désarroi général, De Gaulle se pose en recours et, le 1er juin 1958, reçoit les pleins pouvoirs pour six mois et le soin de préparer une nouvelle constitution. La IVe République est morte.

    • 2) L’article 6 du Pacte atlantique, signé à Washington le 4 avril 1949, circonscrit la zone d’applicabilité de l’article 5 ("Les Parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles… sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les Parties") au territoire des États membres.

    • 3) Cette proposition de directoire tripartite, plus connue sous le nom de Mémorandum de septembre 1958, visait à clarifier la situation, De Gaulle ne se faisant aucune illusion sur la réponse américaine. Le Général a ainsi légitimé les décisions qui ont suivi.

    • 4) Le plan Foucher, dans ses deux versions successives, proposait aux partenaires européens de la France la constitution d’une "Union d’États" fondée sur une étroite coopération politique et stratégique. Les autres membres de la CEE, et au premier chef les Pays-Bas, refusant de le suivre sur la voie d’une Europe occidentale qui existe par elle-même et pour elle-même, autrement dit (qui) au milieu du monde (…) ait sa propre politique·(conférence de presse du 23 juillet 1964), De Gaulle privilégie alors l’axe franco-allemand.

    • 5) Le 8 mars 1992, le New York Times publiait un "avant-papier" du Pentagone affirmant : « Nous devons empêcher l’apparition de systèmes de sécurité exclusivement européen ». Signalons toutefois que certains milieux stratégiques américains estiment avoir intérêt à la dissolution de l’OTAN, la fin des ennemis désignés consécutive à la désintégration de l’"Est" entraînant la fin des amis désignés. Cette école stratégique pense que la domination du monde, du moins de ses parties "utiles", peut être assurée par un navalisme futuriste (combinaison de moyens maritimes, aériens et spatiaux) pratiquant le "hit and run" (frappes rapides et retour aux bases). Sur cette question, cf. Alain Joxe, « Le débat stratégique américain 1994-1995) », Cahier d’études stratégiques n°18, CIRPES.

    • 6) Réunie à Turin, la conférence intergouvernementale pone sur la réforme de l’Union européenne (institutions et fonctionnement).

    ◘ Bibliographie récente :

    • BOZO Frédéric, La France et l’OTAN, Masson, 1991.
    • FRICAUD-CHAGNAUD Charles Georges, PATRY Jean-Jacques, Mourir pour le roi de Prusse ?, Publisud, 1994.
    • MAILLARD Pierre, De Gaulle et l’Europe, Tallandier, 1994.
    • « Où va la défense française ? », Science & Vie n°194, mars 1996.

     

     

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