• Brocéliande

    Brocéliande contre le monde moderne

    Notes pour servir à la constitution d'un Front Brocéliande contre le monde moderne

    « J'ai revêtu plusieurs aspects
    Avant d'atteindre ma forme naturelle.
    J'ai été le fer étroit d'une épée
    (Je le croirai si je le revois)
    J'ai été une goutte dans l'air
    J'ai été une étoile scintillante
    J'ai été un mot dans un livre...
    J'ai été un tisonnier dans le feu
    J'ai été un arbre dans un fourré »

    Câd Goddeu (Le Combat des Arbres)

    « ... l'intuition, qu'il y a quelque vaste processus à l'œuvre qui réalise l'acmé de la création, l'entéléchie de toute lutte vitale, dans ces larges et fraîches feuilles d'extase magique, qui s'ouvrent et frémissent dans l'air invisible ».

    John Cowper Powys

    totem-10.jpgLa forêt était vivante. Par les rumeurs, les grands gestes, les hauteurs mouvantes, les silences tapis, les lueurs vertes, les éclats soudains lorsque le soleil tombe, la forêt vive nous parlait. Nous étions, en quelque sorte, ses enfants. Nous aimions la verticalité de la forêt, les cimes perdues, presque indiscernables, les racines tels de gros serpents, l'humus, le pourrissement délicieux des feuilles. Les troncs, plus ou moins espacés, évoquaient de longues notes de musique qui finissaient par s'accorder dans le tumulte polyphonique de la forêt. Mais chaque arbre avait son message, sa présence propre. Les arbres ont de si fortes individualités que nous en oublions les essences et les espèces. Comme les humains, les arbres ont leurs histoires et, je m'aventure à l'affirmer, leurs consciences !

    Je crois à cette individualité ancrée dans la terre et doucement vaguante, en son faîte, avec le vent, le ciel ! Je crois à l'individualité farouche des arbres, des terres, des animaux et des hommes. L'homme moderne ne reconnaît que ce qu'il peut classer dans quelque abstraite catégorie. Aussi bien, je ne suis pas un homme moderne. La densité de l'être, sa force, sa vertu, son bonheur témoignent de l'intense singularité de toute chose…

    Cet arbre qui m'adresse un signe de bienvenue lorsque le chemin tourne et revient du côté du soleil n'a pas son égal et je me soucie fort peu de ce qu'en pensent les naturalistes. Il verdoie doucement dans l'air encore pâle d'Avril. Toute la mélancolie du renouveau bruit avec le vent venu des hauteurs qui retourne vers elles les paumes cendrées des feuilles, comme des mains, avec leurs nervures intelligentes. Cet arbre me salue quand je passe — mais il me semble que sa grande tâche est un colloque avec des présences que je ne vois pas mais dont la profusion architecturale des branches est le Temple. Les Tibétains croyaient que la symétrie attire les démons. Mais ils croyaient aussi à l'harmonie et à l'interdépendance universelle, et je vois ce matin qu'il n'est rien de moins symétrique ni de plus harmonieux que ce Temple feuillu…

    Je veux bien être traité de panthéiste ! C'est en effet la grande manie des abstracteurs modernes. Pourtant, ce mot, pour moi, ne veut rien dire. Car ce que disent les arbres à mon entendement est d'un ordre trop subtil pour convenir à de grossières terminologies. Panthéiste ? Si l'on y tient ! Mais avec Plotin et Saint­-François, avec Taliesin et Novalis ! Je sais fort bien que la beauté — où s'unissent la transcendance et l'immanence — n'est pas omniprésente, que souvent la transcendance s'éloigne, et que l'immanence devient lourde en cet âge de fer. J'aime les arbres car ils nous enseignent la légèreté. Certes, les arbres ne volent pas mais ils accueillent les oiseaux, hôtes et protecteurs des libertés les plus fragiles. Il faut bien voir que les racines des arbres ne sont pas moins dans le Ciel que dans la terre. La plus haute branche est l'éloge ultime de la terrestre légèreté. Veulent-ils nous enseigner l'esprit ceux qui ne frissonnent point avec le souffle à la plus haute branche de leur désir ?

    Loin de nous l'idée d'un culte de la “Nature” — car voici encore une abstraction. Je ne veux qu'honorer les arbres, comme il m'est arrivé d'honorer la mer, la neige, la nuit et le soleil. Lorsque ma conscience se prend à se considérer elle-même, elle découvre le Sans-Limite. À l'égard de moi-même, je suis infini. Je consens à cette belle idée légendaire du changement de forme. L'homme moderne doit avoir une notion fort contrainte et étroite de sa propre identité pour ne plus imaginer, comme jadis, pouvoir connaître d'autres formes et d'autres règnes. Je me suis trop attardé dans la contemplation des arbres, des animaux, des pierres pour ne pas avoir le sentiment de partager avec eux une essence ou une âme. Mon amour des forêts ne se fonde aucunement sur une quelconque détestation des villes. Car pour moi les forêts sont des villes, avec leurs peuples, leurs monuments et leurs lois. Et les villes, surtout la nuit, sont de grandes forêts mythiques où toutes les rencontres surnaturelles sont possibles. Dans la forêt comme dans la ville 2 réalités se confondent. Merlin l'Enchanteur danse sur les lisières de l'Autre monde et nous traduit en énigmes d'autres énigmes : il témoigne de la vertu métaphysique de la méditation forestière.

    howe-b10.jpgLa forêt de Brocéliande — qu'aujourd'hui la modernité menace — est l'exemple de cette vision qui perçoit les apparences comme des miroirs féeriques. Des noms viennent résonner dans la mémoire comme des pierres qui heurtent les parois d'un puits… Je voudrai dire, sans entrer dans la querelle médiévale du nominalisme et du réalisme, que les dieux sont d'abord des noms. Mieux vaut parler d'ontologie. Le nom n'est pas abstraction, il est une possibilité de l'être, une puissance. Les Dieux celtes, dont la puissance survit particulièrement en Bretagne armoricaine, en Irlande et au pays de Galles, comme en témoignent les œuvres des poètes (là où les poètes règnent, les Dieux survivent !) convoquent dans leurs noms les puissances à la fois intellectuelles et magiques. Le Dieu Lug est nommé “Salmidanach”, ce qui veut dire à peu près polytechnicien, titre qui en l'occurrence évoquera davantage la méthode d'Abellio que celle de ses confrères ingénieurs d'étroite envergure technocratique. Lug, qui rassemble dans son nom certaines vertus de Mercure ajoutées à celle de Mars et d'Apollon réunit les fonctions héroïques et sacerdotales. Il est celui qui comprend et celui qui agit. Druide et champion, il est artiste au sens non profané du terme. C'est lui qui apporte aux Tuatha Dé Dân'ann la victoire contre les Fomoires dans un combat qui ne sera point sans évoquer celui des Ases et des Variés, ou celui qui oppose les Dieux et les Titans.

    Comprendre les principes qui sont à l'œuvre dans ce combat des Tuatha Dé Dân'ann contre les Fomoires est loin d'être vain dans cet âge sombre finissant où les Fomoires et les Titans triomphent de façon si totale que l'on ne peut plus prévoir désormais que leur déclin. La nature de ces forces géantes opposées aux principes divins est de périr dans leur triomphe alors qu'il est dit des héros qu'ils “régneront sans fin”. Celui qui soumet le monde par le temps et par l'immanence est lui-même soumis au pouvoir qu'il détient. Le “réapparaître” lumineux de Lug marque le moment de son échec. Tout est possible tant que le nom du Dieu, tel un talisman, se transmet d'adepte en adepte dans le pressentiment des retrouvailles ardentes du nom et de sa puissance polyphonique.

    Les poètes, depuis toujours propagent l'idée d'une grandeur, d'une beauté, d'une intensité, d'une plénitude perdue. Même lorsqu'ils se veulent révolutionnaires, les poètes rêvent le monde nouveau comme une reconquête du monde ancien. Aragon ne fut pas le moindre chantre de Brocéliande, cette « forêt qui ressemble à s'y méprendre à la mémoire de ses héros » :

    « Chênes verts souvenirs des belles enchantées
    Brocéliande abri célèbre des bouvreuils
    C'est toi forêt plus belle qu'est l'ombre d'été

    Comme je ne sais où dit Arnauld de Mareuil
    Broussaille imaginaire où l'homme s'égara
    Et la lumière est rousse où bondit l'écureuil

    Brocéliande brune et blonde entre nos bras 
    Brocéliande bleue où brille le nom celte
    Et tracent les sorciers leurs abracadabras

    Brocéliande ouvre tes branches et descelle
    Tes ténèbres voici dans leur peaux de moutons
    Ceux qui viennent prier pour que les eaux ruissellent
    Tous les ans à la fontaine de Bellenton »

    Évoquant, ailleurs, les Vestiges du culte solaire célébré sur les pierres plates de Brocéliande, Aragon s'interroge, en une sorte de prière au soleil invaincu que l'on songe merveilleusement exaucée :

    « Est-ce la nuit du Christ est-ce la nuit d'Orphée
    Qu'importe qu'on lui donne un nom de préférence
    Celui qui ressuscite est un enfant des fées

    Que la nuit se déchire et qu'il naisse à souffrance
    C'est toujours le soleil, nous en sommes certains
    Et ses Pâques seront les Pâques de la France ».

    [Ci-dessous : Lady of the Well. Cette sculpture de Rose Garrard se tient au centre de Malvern (Worcestershire) et orne une fontaine d'eau de source provenant des collines de Malvern]

    39729210.jpgRien ne s'oppose davantage à la poésie, qu'elle soit métaphysique, prophétique, ou telle une prière accordée au limpide mystère du “tao” du moment présent, que l'idéologie progressiste qui applique à l'ensemble de l'humanité une logique semblable à celle qui guida les armes des exterminateurs d'hérétiques. Comment ne pas reconnaître que dans l'esprit des progressistes, au sinistre “Dieu reconnaîtra les siens”, fatal aux Cathares et à leurs voisins, se superpose désormais un abominable “l'avenir reconnaîtra les siens”. Cette “postéromanie” du progressiste est le principe même de son inhumanité. Le progressiste qui s'est fait un Dieu de l'Avenir passe allègrement sur les malheurs passés et présents, surtout celui des “archaïques” condamnés par l'histoire. Or archaïques, il faut bien le reconnaître que nous autres poètes le sommes à la perfection. L'éloge du monde naît d'un sentiment d'où naissent à leur tour les Dieux qui demeurent de toute éternité dans la mémoire du monde. Cette formule n'est paradoxale qu'en apparence car la mémoire du monde et la mémoire humaine lorsqu'elle s'ouvre à la poésie sont un même infini où Lug peut apparaître, disparaître, changer d'apparence et de pouvoir avec cette promptitude lumineuse qui lui est propre.

    Toute la question est de savoir s'il doit exister ou non une dimension d'intemporalité dans le monde. Nommer les Dieux, c'est répondre par l'affirmative à cette question. Si Lug agit, si les Tuatha Dé Dân'ann ne sont pas irrévocablement soumis, c'est qu'en effet une dimension persiste en ce monde qui n'est point soumise à la chronologie. C'est cette dimension qui justifie notre propos ainsi que toutes les études sur la tradition celtique dont, hélas, les témoignages d'époque sont rares. Mais ainsi que l'écrit Françoise Le Roux : « Nous pouvons affirmer a bon droit que l'inconvénient chronologique n'entre pas en ligne de compte : la religion des Celtes se rattache à une tradition qui est irréductible aux contingences du temps et de l'histoire ».

    Les récits médiévaux qui témoignent des mythes celtes se caractérisent par la présence d'un Hors du temps qui n'est autre que l'Or du temps que cherchait André Breton (dont l'œuvre, au lieu d'être réduite à l'histoire de l'avant-garde littéraire gagnerait à être réinterprétée dans une logique sacerdotale, armoricaine et bardique), et dont l'action sur le temporel et le visible est précisément la source inépuisable de la légende. Rares sont les critiques qui ont remarqué à quel point les récits, si visiblement engagés dans les combats du siècle de Steinbeck, par ex., témoignaient aussi de l'Invisible qui ordonne la légende des Chevaliers de la Table Ronde. Dans toutes les œuvres importantes du XXe siècle, à commencer par celles de Joyce, de Jünger ou de Montaigu, ce qui doit être dit se rapporte à une légende dédoublée dans l'invisible. Ce monde côtoie l'Autre monde dont les frontières sont chacune de nos heures intenses.

    Ce qui, dans nos récits irlandais, bretons ou gallois nous parvient de la puissance de la Légende ne peuple si naturellement nos songes que pour mieux affirmer cette intemporalité qui nous recueille parfois dans nos déroutes et nos désastres comme une clairière bienfaisante. L'éclaircie de l'être dont parle Heidegger est la clairière où s'apaisent les combats, où la lumière pure soudain nous inonde d'une surnaturelle nature, d'une transcendance immanente. Lorsque l'être se révèle, le monde devient à la fois plus intense et plus léger et se fait à la ressemblance de Lug, nommé par notre ardente quête d'un monde délivré de l'esprit de pesanteur. Cessons de mépriser les Anciens en leur attribuant nos conceptions les plus ineptes et affirmons la précellence d'une métaphysique celte, métaphysique non d'universitaire vétilleux mais de poètes, voire, pour reprendre la formule géniale de John Cowper Powys, métaphysique elfique, toute animée de métamorphoses et de cette innocence du devenir qui, loin de nier la permanence de l'être en célèbre les chatoyantes beautés. « Il faut absolument éviter, écrit encore Françoise Le Roux, de voir les dieux celtes suivant un compartimentage étroit des fonctions transformées en petits métiers ou en attributions locales car on aboutit dans ce cas à une religion naturiste, zoolâtre ou totémiste qui a très peu de chances d'avoir existé autrement que dans l'esprit de ses créateurs modernes ». Cette observation pertinente se laisse étendre à d'autres domaines. La tendance moderne à attribuer à l'adversaire ses propres défauts est si générale que l'on ne peut qu'être frappé par la justesse du portrait que les modernes font d'eux-mêmes lorsqu'ils décrivent les religions “archaïques” comme soumises entièrement à l'immanence, à la loi du plus fort ou à l'idolâtrie des forces naturelles.

    C'est précisément parce que le monde n'est pas seulement ce qu'il paraît être de prime abord qu'il existe des légendes et que ces légendes nous font écrire, avec l'humilité sereine et magnifique de ceux qui savent que leurs phrases témoignent de réalités autres que strictement humaines. De la persistance de ces réalités, en dépit de tous les éloignements chronologiques que l'on voudra, je ne veux pour preuve que la présence éminente de la fée Morgane dans la poésie d'André Breton et l'évocation, moins connue, de cette secrète transparence du monde dans Le Poisson soluble : « La pluie seule est divine, c'est pourquoi quand les orages secouent sur nous leurs grands parements, nous jettent leur bourse, nous esquissons un mouvement de révolte qui ne correspond qu'à un froissement de feuille dans une forêt. Les grands seigneurs au jabot de pluie, je les ai vus passer un jour à cheval… » Julien Gracq, lui même grand célébrateur moderne du Roi-Pêcheur n'a manqué de nous prévenir : « Une suite de siècles fascinés par l'intellectualisme le plus détaché qui fut jamais avait conspiré à nous faire oublier qu'une dégradation imminente menace d'atonie tout l'édifice mental s'il n'est porté à chaque instant à la crête de l'onde vitale la plus haute, si une vibration sensible en résonance avec notre rythme le plus secret ne le fait chanter tout entier… »

    L'extinction des Mythes n'est pas pour aujourd'hui ni pour demain. Tout au plus faut-il craindre, après une période de rationalisation, l'offensive de leurs versions parodiques, schématiques, et pour tout dire grotesques, illusions funestes sur les murs de nos cavernes technologiques, sur nos écrans, « volets de fer de l'âme » selon la formule de Franz Kafka. Toute l'œuvre du poète sera de rendre au Mythe sa plasticité, à la légende sa fluidité et au nom du dieu la phrase ascendante où il doit légitimement s'inscrire pour ne point offenser ni les mondes subtils, ni les mondes intellectuels. Certes, les anthropologues, nous le disent et nous le redisent, la civilisation celte, submergée par la romanité et le christianisme, n'existe plus. Mais dans le sentiment même de la perte, dans la nostalgie d'un monde enchanté qui se divulgue dans la geste médiévale, une réalité subsiste qui ne demande qu'à renaître et qui renaît, de fait, aussitôt que l'entendement humain consent à recueillir en soi une part de l'intemporelle beauté du monde. Ce qui échappe au temps linéaire aussitôt rassemble notre âme et notre corps et notre esprit dans l'invisible présence. Être là, c'est tout un art. Il faut commencer par échapper à la linéarité, à cette démonie de l'Utile qui soumet l'instant à quelque bénéfice futur. Kenneth White a souligné la proximité des traditions celtiques et taoïstes dans cet art d'être au vif de l'instant. Avant que nos existence ne fussent soumises à l'impératif de servir, elles sont, fluides et souveraines, telles des elfes dans l'agir sans agir dont parle Lao-Tseu.

    Les textes anciens prêtent à l'Enchanteur Merlin le pouvoir de se métamorphoser à sa guise en pierre, en plante ou en animal. Une familiarité essentielle de l'homme avec les êtres et les choses, visibles ou invisibles qui l'entourent est le signe de reconnaissance des temps où l'arrogance n'avait pas encore enfermé l'homme dans la prison d'une subjectivité souffrante. Aussi bien n'est-ce point notre subjectivité qu'il faut interroger lorsque nous allons à la rencontre des dieux, mais le sens en nous d'une réalité non circonscrite par les normes profanes ou les prétendus déterminismes dont se rengorge la mentalité nihiliste. Les Dieux celtiques, j'y reviens, ne sont pas davantage objectifs que subjectifs car, à dire vrai, ce serait une impiété fondamentale que de les considérer comme des objets. Les Dieux naissent du cœur du monde, et c'est ainsi qu'il sont en notre cœur.

    René Guénon dans un chapitre des Symboles fondamentaux de la Science Sacrée consacré aux traditions celtiques écrit : « Le Centre est, avant tout l'origine, le point de départ de toute chose ; c'est le point principiel, sans forme et sans dimension, donc indivisible, et, par suite la seule image qui puisse être donnée de l'unité primordiale. De lui, par son irradiation, toutes choses sont produites, de même que l'unité produit tous les nombres, sans que son essence soit d'ailleurs modifiée ou affectée en aucune façon. Il y a un parallélisme complet entre ces 2 modes d'expression : le symbolisme géographique et le symbolisme numérique, de telle sorte qu'on peut les employer indifféremment et qu'on passe même de l'un à l'autre de la façon la plus naturelle ». On ne saurait assez affirmer, contre les réductions platement naturistes, dénoncées par Françoise Le Roux, que la tradition celtique s'inscrit dans une gnose et que les druides, par leur doctrine et leurs rites étaient sans doute infiniment plus proches des pythagoriciens que d'hypothétiques adorateurs des forces naturelles. « C'est parce que les druides étaient bons métaphysiciens — écrit Françoise Le Roux — que quelques auteurs anciens et bon nombre de modernes à leur suite ont cru à des relations toutes particulières des druides et des disciples de Pythagore ». Loin d'être cet immanentisme qui réduit toutes les possibilités du monde aux seuls phénomènes, comme le font les théories modernes, la tradition celtique révèle, dans la précellence druidique, la permanence d'une primauté métaphysique, d'une “science sacrée” qui s'engage audacieusement dans la connaissance des arcanes de l'Autre monde.

    Les Dieux, les fées et même les héros qui ont une origine humaine, participent dans leur geste de la réalité de l'Autre monde. Ils œuvrent dans le monde, ils l'enchantent, confondus qu'ils sont aux rumeurs des arbres, de l'air et de l'eau, mais leurs actes et leurs paroles (et c'est bien pourquoi nous en gardons mémoire par les œuvres des poètes) obéissent aux normes de l'Autre monde. L'Autre monde est dit “monde de la paix” car il possède la paix et l'immobilité des Principes. Les principes de la chevalerie sont tels par leur appartenance à l'invariable et à l'universel. Ce qui distingue l'éthique chevaleresque, c'est le plus simplement du monde de refuser de croire que la fin justifie les moyens. Pour le chevalier du Graal, qui, par les récits médiévaux et ultérieurs nous apporte les configurations fondamentales du monde celtique disparu, les chemins de ce monde sont miroitants d'autres chemins invisibles. À chaque pas peuvent surgir l'émerveillement et l'effroi. Ce qui doit advenir dans ce monde n'a de sens que par sa résonance dans l'Autre monde.

    L'honneur, la fidélité, le mystère, ces notions honnies par le moderne président à l'exemplarité des mystères et des Légendes. Si la vie est une Quête, c'est bien qu'un sens lui préexiste. Le Barde, le Druide, le Chevalier peuvent bien avoir disparu en apparence de notre horizon historique, ils n'en demeurent pas moins un appel que chacun peut entendre dans le triste néant technologique planifié par les adeptes des titans, les soumis aux Fomoires qui, dans leur hybris insolite nous préparent un monde de clones et d'hybrides “hommes-machines”. Osons croire que le sens de l'appartenance aux castes bardiques, druidiques ou héroïques, éveillé dans les âmes par la nostalgie du courage et de l'aventure, sera une chance de retrouver une équité et une fraternité singulièrement mises à mal. Reconnaître que dans la diversité des vocations humaines, certains êtres sont plus promptement requis par la connaissance, la contemplation et la célébration que par des questions d'ordre économique ou domestique, est-ce vraiment porter davantage atteinte à l'égalité réelle ou supposée entre les hommes que ne le fait l'effective disparité des pouvoirs et des biens qui n'a cessé de croître vertigineusement avec “l'avancée” du monde moderne ? Il nous reste à inventer une autre forme d'égalité, une autre forme de liberté et une autre forme de fraternité. Je songe à la beauté héroïque par excellence de l'égalité d'âme, à la liberté conquise et non point octroyée, et à une fraternité qui dépasse le genre humain pour s'étendre jusqu'aux étoiles.

    ► Luc-Olivier d’Algange, Antaïos n°XV, 1999.

    ◘ Né en 1955 à Göttingen, Luc-Olivier d'Algange est poète et essayiste.

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    BrocéliandeBrocéliande ou la filiation celtique des Européens

    ◘ Présentation d’un haut-lieu européen, Brocéliande, par Marie Monvoisin, lors du colloque de l’Institut Iliade, Paris, Maison de la Chimie, 25 avril 2015.

    En termes de haut-lieu, nous aurions pu évoquer bien des sites de l’hexagone. Mais Brocéliande présente un atout particulier en ce sens que le fonds culturel des Celtes y est toujours présent et qu’il suffit d’y puiser pour retrouver un certain état d’esprit.

    Certes, des historiens objectifs vous expliqueront à juste titre que les Celtes sont les vaincus de l’histoire et qu’ils n’ont pu nous transmettre l’essence de ce que l’on subodore de l’âme celte. Il n’empêche que nous en avons connaissance aujourd’hui, et nous pouvons nous la réapproprier, en ces temps troublés de perte d’identité, de perte de sens, et de vagabondage culturel.

    N’est-il pas étrange, si l’on y réfléchit, qu’un Européen cultivé n’ignore rien de l’histoire, de la littérature, de la mythologie des anciens Grecs et Romains, mais n’éprouve aucune honte à ne rien connaître des Celtes, alors que les deux tiers de l’Europe ont été celtiques. L’incroyable ignorance de leurs propres ancêtres par les gens cultivés trouve son excuse dans les manuels d’histoire : nos ancêtres les Gaulois étaient des barbares sauvages, et ce sont les Romains qui sont venus leur apporter les lumières de la civilisation, alors que ces conquérants n’ont atteint un haut niveau qu’en copiant leurs voisins, Étrusques, Grecs ou Celtes.

    Brocéliande, légendes et mythes

    Venons-en à Brocéliande, en quoi est-ce un haut-lieu pour nous autres Européens, et en quoi nous inspire-t-il ? En effet, si on parle d’histoire, concernant Brocéliande, on peut sans exagérer parler d’histoire inventée par des mythes, car les grands événements du monde ne se sont pas déroulés en forêt de Paimpont, mais plutôt du côté de ceux qu’on appelle les Gaulois. L’histoire médiévale a réinscrit cette contrée dans l’histoire européenne avec notre bonne duchesse Anne, mais c’est déjà un autre monde. En revanche, ce qui forge aussi une âme en matière d’histoire, ce sont les légendes d’un côté et les mythes de l’autre. Pour autant, à défaut d’histoire, c’est d’abord un haut-lieu en ceci qu’il nous relie à notre filiation celte.

    La forêt de Paimpont, puisque c’est son nom administratif, fut toujours habitée par les Celtes. Celtes qui sont un rameau de la famille indo-européenne, et sont passés en Europe en étendant leurs colonies sur le vaste territoire qui deviendra la Gaule, jusqu’à l’Armorique, sylve sauvage impénétrable de l’extrême occident. Habitée ensuite au sens noble par les druides qui, lors des grandes migrations des Ve et VIe siècles, sous la poussée des hordes anglo-saxonnes, bien que christianisés, n’ont pas rompu avec la tradition celtique druidique, et sont des anachorètes sanctifiés et révérés par le peuple. Ce sont ces druides qui fondent la principauté BroWaroch, qui donnera la Bretagne. Plus tard, au Moyen Âge, le massif acquiert sa réputation de forêt légendaire et c’est au XIIe siècle que Brocéliande prend rang dans « les mythiques forêts enchantées » grâce à Chrétien de Troyes, notamment. Les légendes arthuriennes païennes réinvestissent ce lieu en pleine période médiévale chrétienne. Le décor est planté pour toujours.

    Brocéliande est un haut-lieu qui nous inspire également parce que les légendes qui y sont attachées trouvent à la fois un écho au tréfonds de notre esprit européen pour les valeurs qu’elles véhiculent et une certaine esthétique de l’âme. Nous examinerons le sens du sacré dans la société celtique, la quête du Graal, la place de la femme, l’esprit de clan, l’organisation trifonctionnelle, la forêt.

    Une société qui a le sens du sacré

    La société celtique ne vit que dans et par le sacré. La classe sacerdotale est prééminente, très hiérarchisée et d’une autorité indiscutée. Les druides sont des initiés qui ont le sacré dans leurs attributions, mais il n’existe pas de différence entre le sacré et le profane : à la fois prêtres et savants, les druides cumulent les fonctions de ministres du culte, devins, conseillers politiques, juges, médecins, penseurs et universitaires. Les études pour parvenir à cet état sont ouvertes à tous, y compris les femmes, et durent 20 ans. Dans la mythologie instinctive initiale, les Forces de la Nature sont déifiées ainsi que les rythmes cycliques, solaire, lunaire et stellaire. Ce sont les druides qui accompliront l’évolution spirituelle ultérieure.

    Une société qui donne naissance à la quête du Graal

    Au centre de la cour arthurienne, la Table Ronde rassemble les meilleurs chevaliers, venus du monde entier briguer l’honneur de servir. Alors commencent les expéditions, entreprises sur un signe, une requête, un récit marqué d’étrangeté. Lorsqu’il prend la route, chaque chevalier devient à lui seul l’honneur de la Table Ronde et la gloire du roi. Il forme l’essence même de la chevalerie arthurienne, affirmant la nécessité de l’errance, le dédain des communes terreurs, la solitude qui ne s’accompagne que d’un cheval et d’une épée. Il ne sait ni le chemin à suivre, ni les épreuves qui l’attendent. Une seule règle, absolue, lui dicte de « prendre les aventures comme elles arrivent, bonnes ou mauvaises ». Il ne se perd pas tant qu’il suit la droite voie, celle de l’honneur, du code de la chevalerie.

    La nécessité de la Quête est partie intégrante du monde arthurien. Au hasard de sa route, le chevalier vient à bout des forces hostiles. Il fait naître l’harmonie, l’âge d’or de la paix arthurienne dans son permanent va-et-vient entre ce monde-ci et l’Autre Monde, car l’aventure où il éprouve sa valeur ne vaut que si elle croise le chemin des Merveilles. Sinon, elle n’est qu’exploit guerrier, bravoure utilitaire. Seul le monde surnaturel qui attend derrière le voile du réel l’attire, et lui seul est qualifiant.

    Les poètes recueillent la Matière de Bretagne vers le XIIe siècle. La société cultivée européenne découvre les légendes des Celtes, un univers culturel d’une étrangeté absolue. Ce roman, nourri de mythes anciens, donne naissance à des mythes nouveaux, Table ronde, Graal, Merlin, etc. Parmi les référents culturels de l’Europe en train de naître, elle s’impose en quelques dizaines d’années, du Portugal à l’Islande, de la Sicile à l’Ecosse. La légende celtique, mêlée d’influences romanes ou germaniques, constitue en effet une composante fondamentale pour l’Europe en quête d’une identité qui transcende les nécessités économiques et politiques. Mais le thème de la quête représente plus fondamentalement un itinéraire proprement spirituel, initiatique ou mystique même. Elle manifeste un besoin d’enracinement, la recherche de valeurs anciennes – prouesse, courtoisie, fidélité, largesse… -, l’aspiration à l’image idéale de ce que nous pourrions être.

    Le roman arthurien n’a pas inventé la quête, mais il lui a donné une couleur et une dimension renouvelées. La quête chevaleresque n’est ni la descente aux enfers d’Orphée ou de Virgile, la fuite d’Enée ou la dérive volontaire d’Ulysse. À travers d’innombrables épreuves, dont on ne sait dans quelle réalité elles se déroulent, elle unit à un voyage qui porte ordre et lumière là où règne le chaos, un cheminement d’abord intérieur, une recherche de perfection et d’absolu.

    Une société qui honore la femme

    Dans les sociétés européennes anciennes, il faut toujours rappeler que la femme tient une place originale, réelle et influente en tant que muse, inspiratrice, créatrice, sans négliger sa mission de mère, d’éducatrice, et de gardienne du foyer. Dans la société celtique en particulier, les femmes jouent un rôle qui n’est ni effacé ni subalterne : libres, maitresses d’elles-mêmes et de leurs biens, entraînées au combat, elles peuvent prétendre à l’égalité avec les hommes.

    Le merveilleux participant pleinement au monde, la femme en est à la fois la médiatrice et l’incarnation. Elle tient une place prépondérante dans les cycles initiatiques. Le but de la fée n’est pas de dominer l’homme, mais de le révéler, de le réveiller. Le partenaire est jaugé pour ses qualités tripartites : ni jalousie, ni crainte, ni avarice. La femme celtique n’est ni intouchable, ni adultérine. Elle reste souveraine. Et force est de constater que la souveraineté celtique vient et tient des femmes. La Dame est triple : visionnaire, reine et productrice. Son sacerdoce n’est pas limité à la prophétie et à la médecine. Le mystère qui entoure les cultes féminins témoigne plus d’un secret initiatique que d’une absence. Rappelons enfin qu’Epona, déesse des cavaliers et de la prospérité, est la seule divinité celtique que les Romains incluront à leur calendrier.

    Une société qui pratique l’esprit de clan

    L’unité sociale des Celtes n’est ni la nation, cette invention de la Révolution, ni la famille comme dans le monde antique. C’est la tribu ou le clan. Dans ce cadre s’épanouit la personnalité, qui est donc collective et non pas individuelle. Le Celte pense « nous » plus que « je ». Et le « nous » est restrictif. Chez les Celtes, leur respect inconditionnel de la coutume est le contrepoids de leurs foucades anarchiques, leur unité culturelle et leurs rassemblements cycliques, le remède à leur dispersion sur le terrain.

    Que la forme de vie celtique, essentiellement spirituelle et pratique, ait disparu avec les premières ambitions de « faire nombre » montre combien la celticité est peu compatible avec la modernité. Elle est d’un temps où la notion moderne de sujet n’existait pas, pas plus que la ville avec ses populations hétérogènes, et où la fusion de tout individu avec une réalité spirituelle englobante avait encore une signification pratique et intellectuelle, autant que sociale.

    Une société qui repose sur le modèle trifonctionnel indo-européen

    Cette tripartition possède chez les Celtes des traits originaux. Le druide qui est à la fois prêtre, juriste, historien, poète, devin, médecin, représente la première fonction. Le roi, de deuxième fonction, ne peut régner sans les conseils d’un druide qui le guide dans toutes ses actions, même dans la guerre. Le druide ne peut ni ne doit exercer le pouvoir lui-même. Le roi est élu par les hommes libres des tribus, parmi ceux que les druides choisissent ou suscitent. Le druide préside à la cérémonie religieuse qui doit ratifier cette élection. Le druide et le roi ont donc deux obligations fondamentales et conjointes : le druide doit dire la vérité, et le roi doit dispenser les richesses.

    Une société qui vit en harmonie avec la nature, dont la forêt est l’archétype

    Brocéliande, c’est avant tout une Forêt avec tout ce que ce mot emporte de symboles et de sens. « D’autres peuples ont élevé à leurs dieux des temples et leurs mythologies mêmes sont des temples. C’est dans la solitude sauvage du Nemeton, du bois sacré, que la tribu celtique rencontre ses dieux, et son monde mythique est une forêt sacrée, sans routes et sans limites. » En Brocéliande, « pays de l’Autre Monde », nous sommes dans l’Argoat, le pays du bois. À Brocéliande, on vient en pèlerinage, pas en balade ; on n’y pénètre pas, c’est la forêt qui entre en nous. Pour vous aider à plonger dans cette atmosphère singulière, un poème d’Hervé Glot : « Échine de roc / émergeant du couvert / au-dessus du val des ombres / labyrinthique chemin noir vers la source des orages, Brocéliande n’existe pas / sans un aveuglement spirituel / une mise en état de l’âme ». Et pour Gilbert Durand : « La forêt est centre d’intimité comme peut l’être la maison, la grotte ou la cathédrale. Le paysage clos de la sylve est constitutif du lieu sacré. Tout lieu sacré commence par le ‘bois sacré’ ».

    C’est pourquoi l’atmosphère particulière qui règne sur cette forêt druidique convient au personnage de Merlin. Peu importe l’authenticité de celui-ci, l’essentiel est qu’il soit l’âme traditionnelle celtique. Merlin, à l’image du druide primitif, est à la charnière de deux mondes. Il joue le rôle d’un druide auprès du roi Arthur qu’il conseille. Il envoie les compagnons de la Table Ronde à la quête du mystérieux Saint Graal. Il pratique la divination ; il a pour compagnon un prêtre, l’ermite Blaise, dont le nom se réfère au breton Bleizh qui signifie loup. Or Merlin commande aux animaux sauvages, et est accompagné d’un loup gris. Dans la légende de Merlin, ce qui importe c’est un retour à un ille tempus des origines, à l’âge d’or.

    Deux étapes à Brocéliande…

    Pénétrons dans la forêt pour deux étapes.

    La Fontaine de Barenton d’abord. C’est une fontaine « qui bout bien qu’elle soit plus froide que le marbre », une fontaine qui fait pleuvoir, et qui guérit de la folie. Elle se trouve aux lisières de la forêt, dans une clairière où règne un étonnant silence. Endroit protégé, donc, en dehors du monde, de l’espace et du temps. Et le nom de Barenton incite à la réflexion, abréviation de Belenos, qualificatif donné à une divinité lumineuse telle que Lug, le Multiple-Artisan.

    Cette clairière est un Nemeton, un sanctuaire non bâti, isolé au milieu des forêts, endroit symbolique où s’opèrent les subtiles fusions entre le Ciel et la Terre, entre la Lumière et l’Ombre, entre le Masculin et le Féminin. Dans le mot Nemeton, il y a nemed qui veut dire « sacré ». Et donc il est normal que Merlin hante cette clairière, lui qui est au milieu, sous l’arbre qu’on appelle Axis Mundi, et c’est de là qu’il répercute le message qu’il reçoit de Dieu et dont il est le dépositaire sacerdotal. Le persifleur qu’il représente est la mauvaise conscience d’une société occidentale, comme l’était Diogène le Cynique chez les Athéniens, chargé de provoquer son seigneur en le mettant en face de ses faiblesses.

    Une étape s’impose aussi à l’église de Tréhorenteuc, qui par la grâce de l’Abbé Gillard a donné un sanctuaire bâti à la Nemeton celtique : en effet, Jésus y côtoie Merlin et il y est rendu un vibrant hommage au cycle arthurien. Sur le mur de l’église, est gravé « la porte est en dedans », c’est-à-dire en nous. Il faut donc franchir cette porte avant que d’aller en forêt.

    En conclusion

    Il s’agissait donc d’évoquer un lieu en rapport avec l’univers esthétique et mental qui est propre aux Européens, où souffle l’esprit, un lieu porteur de sens et de valeurs qui nous sont proches. Brocéliande et le monde celte remplissaient cet office. Cette intervention veut aussi être un hommage à tous ceux des nôtres qui ont si bien su appréhender la poésie, la magie, l’essence du monde de la forêt, attentifs à cet infinitésimal qui renvoie à l’ordre cosmique. Difficile pour nous, hommes des villes entourés de verre et d’acier, où l’on porte le masque et perd le sens du sacré. Pour terminer, dans cette enceinte où les acteurs anciens et modernes du monde celte sont évoqués, non seulement pour l’esthétique, mais pour leur rôle dans la formation et l’approfondissement de notre âme européenne, je citerai Bruno de Cessole, évoquant la façon dont Dominique Venner a choisi de partir, et le replaçant à sa manière dans le Panthéon celtique :

    « En des temps de basses eaux comme les nôtres, où les valeurs d’héroïsme et de sacrifice sont tenues pour de vieilles idoles dévaluées, voilà qui est incompréhensible aux yeux des petits hommes anesthésiés de cette époque, qui ne sauraient admettre qu’un intellectuel choisisse de se tuer pour prouver que la plus haute liberté consiste à ne pas être esclave de la vie, et inciter ses contemporains à renouer avec le destin ».

    Une fois de plus, le Roi Arthur revient. Non pas la figure royale, mais l’univers de liberté et d’imaginaire qu’il convoie. À qui s’interroge sur ces postérités tenaces et ces résurrections insistantes, on peut trouver des raisons diverses et multiples mais la principale, c’est que c’est la plus belle histoire du monde et qu’il suffit de revenir aux récits, à ces mots qui voyagent vers nous depuis plus de huit siècles pour comprendre, comme le souligne Hervé Glot, que les enchantements de Bretagne ne sont pas près de prendre fin. Si avec le mythe de l’éternel retour, le monde médiéval chrétien a connu la résurgence du mythe celte, nul doute qu’à Brocéliande, tôt ou tard, le Roi Arthur reviendra, et pour toujours !

     

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    Éon de l’Étoile, un Robin des Bois breton

    Évocation d'Éon de l’Étoile, un bandit médiéval qui fit trembler le clergé et la noblesse bretonne depuis la forêt de Brocéliande où il s'était retiré. Un modèle pour Robin des Bois ?

    Dans la célébrissime forêt de Brocéliande, située à l’ouest de Rennes, la fiction rejoindrait-elle parfois la réalité ? Si le lieu est réputé pour ses légendes et ses fameux chevaliers de la Table Ronde qui parcourent ses sentes, on ignore très souvent qu’il a été l’antre et le repaire d’une tribu d’hommes en armes sous le contrôle d’un dénommé Éon de l’Étoile. Un fanatique extravagant, hérétique, et surtout fieffé brigand. Pendant huit ans, il a terrorisé les moines des monastères de Bretagne, de Normandie, accumulant un trésor important en forêt de Brocéliande au cœur des ruines d’un vieux prieuré. S’agit-il du fameux Graal tant convoité, cherché et jamais trouvé ? L’énigme demeure.

    Issu d’une famille noble qui compte parmi les plus puissantes de Bretagne, Eudon voit le jour dans la région de la forêt de Loudéac. Rapidement, il transforme son prénom en Éon auquel est rajouté “de l’Étoile”, en rapport avec la comète qui, précisément, traverse le ciel en 1148 (1). En effet, selon les coutumes et croyances, le passage de comètes indique l'apparition de grands hommes : la naissance du Christ ne fut-elle pas marquée de ce signe ?

    Éon débute comme moine de l'Ordre de Saint-Augustin. Mais cette vie collective ne lui convient pas et il s’établit alors comme ermite dans la forêt de Paimpont, connue sous le nom de Brocéliande, à l’ouest de Rennes. Une existence solitaire qui n’est pas sans rappeler celle menée par le druide Merlin, se retirant dans son esplumoir pour prophétiser. Les frondaisons mystérieuses, les étangs et les vallées perdues de Brocéliande constituent au Moyen Âge un repaire idéal pour tous les proscrits. Même si la forêt est plutôt popularisée par ses korrigans, fées et elfes qui la peuplent. Un cadre parfait pour Éon. Et dans son prieuré dit du Moinet, construit à l’emplacement d’un ancien établissement druidique, l’homme commence à défier la chronique et faire parler de lui, donnant naissance à une réputation plutôt sulfureuse…

    Il s'adonne au brigandage et entre en rébellion contre les autorités religieuses et temporelles. Éon de l’Étoile, incarnation de la religion païenne contre le christianisme ? En se retirant dans la forêt, comme le faisaient les druides au sein des nemetons (sanctuaires), Éon devient un personnage rebelle pour les ecclésiastiques. Leurs craintes se trouvent justifiées, car Éon enrôle rapidement de nouveaux membres. En cette époque d'extrême misère, il recrute des compagnons prêts à le suivre, et enthousiastes à l’idée de piller des riches (2). Ce petit peuple, qui en veut à la noblesse et au clergé, trouve en Éon un personnage qui les écoute, sensible à leurs difficultés. Éon de l’Étoile a-t-il inspiré le célèbre Robin des Bois, prince des voleurs de la forêt de Sherwood ? Les coïncidences entre les deux hommes sont troublantes…

    Chloé Chamouton, extrait des Histoires Vraies en Bretagne, Éd. Papillon Rouge, 2012.

    Notule :  Éon de l'Étoile (mort en 1148 env.) — Hérétique, né au début du XIIe siècle, à Loudéac, en Bretagne et mort à Reims. Homme sans lettres, Éon de l'Étoile commença à prêcher dans son pays natal, d'où son mouvement gagna toute la Bretagne. Il se disait Fils de Dieu, appelé à juger les vivants et les morts, le siècle entier ; il fondait sa fonction de juge sur la consonance de son nom (Éon) avec le mot Eum contenu dans la formule liturgique Per Eum qui venturus est judicare. Il propageait une sorte de communisme primitif. Ses disciples (les éonites) pillaient les églises et les couvents, injuriaient les moines. Dans sa secte, Éon établit toute une hiérarchie d'anges et d'apôtres. Il s'était fait une réputation d'enchanteur. Condamné à la prison par le Concile de Reims en 1148, il mourut peu après.  (Édina Bozoky, EU)

    • Note en sus :

    1) « L'hérétique qu'étaient venus combattre Hugues et Albéric étant si bien connu, le détour “astronomique” par la comète de Halley n'était -il pas totalement superflu ? Pas tout à fait si l'on remarque que cet hérétique est mieux connu sous le nom d’Éon de l'Étoile, nom qu'aucun historien, à ma connaissance, n'a examiné de près. Ce que les chroniqueurs désignent comme le nomen de l'hérétique évoque bien, sous sa forme francisée, les éons des théories manichéennes ou plutôt gnostiques, dont on a pu chercher les survivances dans l'hérésie bretonne. Mais quel personnage médiéval a jamais porté nomen pareil ? Et même, est-ce celui que les sources prêtent à l'hérétique ? Elles hésitent entre Eudo, par ailleurs largement attesté, et Eunus, qui ne l'est pas du tout, mais elles tirent toutes le nom de ses sectateurs, les Eunitaev. (Bounoure Gilles, « L'archevêque, l'hérétique et la comète (première partie) », in : Médiévales N°14, 1988).

    2) « De plus, ces fidèles étaient extrêmement nombreux et il semble bien que l'hérésie éoniste ait eu plus d'importance qu'on ne pense. Certains chroniqueurs disent qu'elle se répandit bien au- delà de la forêt de Brocéliande, qu'elle gagna tout le diocèse de Saint-Malo et même qu'elle atteignit la Gascogne » (Jean Markale, Histoire secrète de la Bretagne, Albin Michel, 1977, p.141)

    Broceliande

    Tableau par Karl Rezabeck dans la petite église Sainte-Onenne, à Tréhorenteuc, près de Paimpont (Ille-et-Vilaine). Divisé en quatre parties, il figure le chevalier Yvain versant de l’eau sur le perron de la fontaine, le combat de Ponthus pour conquérir la main de la princesse Sidoine, la fée Viviane ensorcelant Merlin et le moine Éon de l’Étoile devant ses trésors.

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    Éon de l’Étoile, Hérésiarque de Brocéliande

    Vers le milieu du XIIe siècle, de 1145 à 1148, quelqu’un se leva, en Bretagne centrale, aux alentours de Barenton, qui voulut bousculer la lourde chape monothéiste. Certains le considérèrent comme un hérésiarque fanatique, d’autres voulurent en faire un fou criminel : la méthode est bien connue…, et toujours utilisée à notre époque dite éclairée, dans nos sociétés prétendues "de droit". Les sources de l’histoire de cet homme se trouvent chez deux historiens de son époque, son contemporain Guillaume de Neubrige et Othon de Freising (1), qui inspireront tous les auteurs postérieurs.

    Le texte qui suit procède essentiellement, du moins quant au fond, de l’ouvrage de Félix Bellamy, La Forêt de Bréchéliant, t.1, pp. 393 à 462 (libr. Guénégand, 1896). Le druidisme avait été détruit ou tout à fait dénaturé pendant les cinq siècles de la domination romaine sur l’Armorique. Mais il semblerait qu’il fut, après l’expulsion des Romains, momentanément rétabli dans le petit royaume de Domnonée (2) par des Celtes païens, venus sans doute d’Irlande. Ils s’installèrent là probablement parce que s’y trouvaient déjà les membres autochtones de l’Ordre druidique qui n’avaient pas émigré, ni consenti à apostasier. La tradition veut que le chef-lieu de leur gouvernement aurait été Gaël, et que le principal siège de leur culte dans la forêt de Brocéliande, tout à côté. L’un de leurs grands guides spirituels, Merlin, y fut d’ailleurs enterré, ainsi que sa compagne Viviane, vers la fin du Ve siècle. Cette antique sagesse s’y conserva encore longtemps après. Le roi-moine domnonéen Judicaël — catalogué dans les saints bretons — tenta d’éradiquer la présence des druides vers le milieu du VIIe siècle (3).

    Il se pourrait bien qu’au XIIe siècle, des adeptes du druidisme aient été toujours présents. Il est même parfois affirmé qu’ils bénéficièrent de la protection du gouvernement particulier du Prince de Porhoët, à l’époque du duc Conan III (4). En effet, à cette époque, ce prince excita la jalousie conjugale du Duc de Bretagne, qui poussa les choses jusqu’à désavouer Hoël, son fils, héritier présomptif du duché. Pour lors, le Prince de Porhoët, possible amant de la duchesse Édith, devenu suspect à la cour du Duc, se retira dans ses domaines patrimoniaux et y forma un parti composé principalement de ce qui se trouvait encore des sectateurs du druidisme (5). Les barons et seigneurs bretons traitaient alors le pauvre monde d’une façon bien dommageable, la misère régnait, les hivers étaient rudes. Il est probable qu’en ces temps de désordre et d’anarchie, un grand nombre d’hommes pieux et portés à la vie solitaire venaient chercher dans les retraites de Brocéliande, un asile contre les violences du siècle, pour s’y livrer en paix à la prière et à la méditation.

    Éon (6) naquit aux environs de la forêt de Loudéac (selon d’Argentré), vraisemblablement dans un village nommé la Fontaine Yon ou Fontaine Éon, situé dans la paroisse de Saint-Barnabé, à quelques kilomètres au sud-est de Loudéac dont elle était autrefois une trêve. Il était gentilhomme, et appartenait à l’une des principales familles de Bretagne de l’époque ; on a même émis l’hypothèse, mais sans preuve, qu’il était de la famille d’Eudon de Penthièvre qui se fit momentanément reconnaître Duc de Bretagne. La plupart des auteurs le qualifient de Bas-Breton, ce qui semble indiquer qu’il était de langue bretonne (7). On s’accorde à dire qu’il était assez mal doué du côté de l’esprit, qu’il était sans instruction et pauvre d’intelligence (illiteratus et idiota, G. de Neub.). Un auteur anonyme, son contemporain, le donne comme tout à fait ignorant et ne sachant pas même ses lettres (8). Dom Gervaise renchérit encore : « Il joignait à une profonde ignorance, grand nombre d’autres mauvaises qualités : il était grossier, brutal, opiniâtre, et sans autre religion que celle qu’il se faisait à sa mode » (9). Il est probable que ces appréciations sans nuances résultaient de l’incompréhension méprisante de clercs aussi finement érudits que fanatiquement chrétiens, francophones, et latinistes de surcroît, qui voyaient surgir un bretonnant farouche, rustaud, bien calé dans ses solides et simples convictions, et surtout peu enclin à des controverses qu’il jugeait sûrement inutiles.

    Éon commença par être membre de la Communauté des ermites de Saint-Augustin, à la Croix-Richeux, à Concoret près de Mauron, communauté qui fut ensuite transférée à Barenton. C’est en ce dernier lieu que l’esprit de Merlin (10) lui apparut, lui ordonna de se tendre à l’office divin et d’écouter attentivement les paroles qu’on y prononcerait (Guill. de Neub., livre I). L’ermite résista quelque temps à la voix du prophète. Il partit cependant pour le monastère le plus proche, entendit dévotement la messe et les vêpres, et remarqua pour la première fois que le prêtre avait répété les mots : Per eum qui venturus est judicare vivos et mortuos ; per eum qui vivit et regnat. Le sens du conseil de Merlin fut alors dévoilé… (11)

    C’est alors qu’Éon déclara qu’il était le fils de Dieu (12), et que, saisi totalement par l’inspiration de Merlin, décida qu’il en suivrait désormais l’enseignement. Il réprouvait tous les sacrements, toute hiérarchie ecclésiastique, et n’importe quelle autorité, religieuse ou civile. L’abbé de Saint-Méen, dont il dépendait, le livra à Donouald, évêque d’Aleth, pour qu’il fût claustré dans une espèce de pénitencier que le diocèse avait à Barencon, au cœur de la forêt de Paimpont. Éon convertit à ses doctrines tous les habitants de Barenton, les détenus, les geôliers, le prieur même. Donouald leur expédia des hommes d’armes, qui firent évacuer le monastère, et le démolirent, en 1140 (13). Éon et ses gens furent laissés en liberté ; il commença à prêcher et ajouta à son nom le qualificatif de “de l’Étoile” (14).

    Or, il existe en druidisme une mystique étoile de la Connaissance — la déesse Sirona / Stirona — qui est la représentation de la Grande Déesse dans son aspect astral. ; d’un point de vue mystique elle est l’étoile de la Connaissance qui brille, éclatante, au fond du ciel, celle vers laquelle on s’avance sans jamais l’atteindre. Il semble bien que cette appellation ait aussi été renforcée, plus qu'inspirée, par l'apparition concomitante dans le ciel de la comète de Halley, en mai-juin 1145, comme en témoigne Hugues d'Amiens dans une lettre, qui aperçut alors à Nantes une comète glissant sur sa lancée, tête la première, en direction de l'ouest, présage assuré, selon sa réflexion, de la ruine de l'hérésie qui se répandait alors en Armorique… Il n'est pas inutile de mettre en évidence cette dernière portion de phrase de la lettre d'Hugues d'Amiens (qui se répandait alors en Armorique…), laquelle souligne la diffusion de l'influence des exhortations d’Éon.

    Mais ce sont vraisemblablement les restes épars des anciens sectateurs du druidisme qu’il rallia d’abord dans les environs de la forêt de Brocéliande. Éon organisa ses adeptes en trois catégories, les qualifiant, suivant leur degré d’avancement dans sa hiérarchie, de Chérubins, d’Apôtres et de Saints ; il donnait à chacun des noms d’anges et d’apôtres et des dénominations lyriques : il les appelait Science, Domination, Terreur, Sagesse, Jugement, etc. (15). Puis, proclamant la maxime Tout à tous (16), il souleva rapidement les paysans et enthousiasma les citadins d’alentours, regroupant autour de lui une solide cohorte. Enfin, “joignant le geste à la parole”, Éon lança ses partisans à l’assaut des églises, monastères, châteaux et villages qu’ils pillaient et dévastaient, se retirant au fond des bois avec leur butin après chaque expédition. D’autre part, des communautés d’honnêtes gens s’organisaient dans une quantité de villes pour travailler à la propagation de la nouvelle doctrine et aussi veiller à la sécurité et, le cas échéant, au ravitaillement de la bande (17).

    En vérité, si le Christianisme romain régnait en maître quasi absolu, grâce à la subordination, parfois assez rétive des féodaux, le peuple, lui demeurait profondément imprégné de l’antique sagesse, dont il répétait les enseignements vulgarisés sous forme de proverbes et de locutions populaires, de légendes ou de contes fantastiques, de superstitions.

    Les thèmes de l’enseignement d’Éon relèvent clairement du druidisme traditionnel : intégration de l’homme dans la nature, dont il est une composante et non le maître, pluralité des existences, mépris des richesses, respect de l’individu, etc. À la proclamation de ces principes, à l’écoute desquels les Bretons étaient ataviquement réceptifs, se joignait la mise au pilori d’un clergé honni de presque tous pour sa rapacité et sa cupidité, faisant argent de tout : indulgences, sacrements, charges canoniques et dignités ecclésiastiques, mais étayant sa tyrannie sur l’anathème, l’excommunication pour les grands, la geôle, la torture et le bûcher pour les petits (18). (…). L’on dénombra bientôt de très nombreuses communautés étoilistes, à Ploërmel, Josselin, Saint-Malo, Rennes. Mais ce fut à Nantes que l’hérésie — comme disaient les milieux religieux romains — connut le plus grand succès.

    Alertée par sa hiérarchie, la Papauté s’émut et notifia au Duc de Bretagne alors régnant, d’avoir à mettre Éon et ses principaux lieutenants sous les verrous, en quelques obscurs culs de basse-fosse (19). Mais le souverain breton qui ne se sentait pas la vocation de déclencher une révolte religieuse sur ses terres, rangea la bulle papale dans le plus profond et le plus poussiéreux de ses tiroirs (20). En plus de leurs activités “punitives” et “récupératrices”, les étoilistes, que l’on nommait aussi les eunites, pratiquaient un culte qu’il faut bien qualifier de païen, se livrant à des rites, agapes et célébrations nocturnes aux alentours de Barenton, notamment à sa fontaine sacré. Tout cela affola considérablement les autorités, les Chrétiens et l’ensemble des conformistes. Comme en Irlande auparavant, ces tenants de l’ancestrale spiritualité furent vite classés parmi sorciers, magiciens et autres garous ; on se mit à voir démons et spectres errant dans les parages, ce qui contribua à jeter sur ces lieux un mauvais renom, dont les habitants de Concoret, bourgade voisine de la forêt et de Barenton, ont été victimes jusqu’au début du XXe siècle. On les appelait en effet sorciers : “les sorciers de Concoret”. Éon, probablement, n’était pas sans accointances avec les gens de cet endroit. Un village de cette paroisse porte encore le nom de la Rue-Éon, sans doute parce qu’Éon y habita ; il y fit vraisemblablement de bonnes recrues, y forma des initiés et y trouva des compères. Le village de Haligan en Concoret, et à petite distance de Barenton et de la Rue-Éon, était naguère encore, dit-on, repaire de sorciers, héritiers peut-être d’Éon et de ses secrets (21).

    C’était en vain que l’Église fulminait, que par exemple Hugues, archevêque de Rouen, décochait contre l’hérésiarque un traité volumineux, qu’un légat du pape — qui était aussi le cousin d’Eugène III — le cardinal Albéric d’Ostie, accomplissait, en 1145, le voyage de Nantes pour ranimer le courage des orthodoxes (22). Le groupe demeurait insaisissable. Il n’était d’ailleurs pas rare que les troupes refusassent de l’attaquer, Éon et ses amis passant pour protégés par des miracles. On les vit partout en Bretagne, mais aussi — affirme-t-on — dans plusieurs autres provinces, et non seulement dans l’ouest, car on le vit et l’entendit jusqu’en Gascogne et même en Champagne (23). Éon se transportait avec une incroyable rapidité d’un lieu à l’autre et en divers pays, si soudainement, dit d’Argentré qui manifestement a embelli le fait, qu’il était aisé de voir que le diable le portait. Il traversait les mers en une matinée, et les jeudis (24) qui étaient ses jours de voyage, il allait déjeuner en Angleterre, prêcher en Poitou, dîner en Gascogne, et revenait le soir coucher en Bretagne (25) !  En réalité, ces croyances en l'ubiquité d'Eon résultaient probablement de ce que des coteries se réclamant de lui se manifestaient ici et là, parfois avec une virulence certaine.

    Furieux du fiasco, Albéric d’Ostie s’en prit au Duc de Bretagne, et devant le peu d’empressement à obéir manifesté par celui-ci, le légat brandit l’arme décisive : la menace d’excommunication. Ce moyen de coercition fut toujours efficace auprès des souverains. Il faut dire que, dans le pays où le souverain était excommunié, les sujets fidèles au pape étaient dégagés de l’obligation d’obéissance envers le pouvoir légal. S’il ne tenait pas à déclencher une guerre de religion, le Duc tenait encore moins à perdre sa couronne. À contre-cœur, il consentit à faire arrêter Éon et à le remettre aux mains des gens de l’Église, ceux-ci assurant l’entière responsabilité des événements à suivre (26).

    Enfin, au printemps 1148, Conan III profita de ce qu’Éon lui était signalé comme revenu dans la forêt de Paimpont. Il réunit des hommes choisis avec soin, cerna la sylve, tomba sur la bande, que l’on massacra, sauf les chefs, qui furent emmenés à Rennes, puis à Reims, par-delà les frontières du Duché, au Royaume de France, sous puissante escorte. Selon d’autres historiens, Éon fut capturé à Nantes, ville où il avait coutume de circuler en toute quiétude. Le pape Eugène III avait convoqué à Reims, en 1148, un concile général où il présida. Onze cents dignitaires de l’Église y siégèrent : archevêques, évêques et abbés. Plusieurs affaires devaient y être réglées, notamment celle de Gilbert de la Porrée, évêque de Poitiers, qui soutenait certaines déviations doctrinales héritées d’Abélard. L’hérésiarque Éon fut conduit à Reims pour y comparaître dès la première séance du concile, le 22 mars, présenté par un évêque breton. Il se présenta devant le tribunal avec son mémoire de défense (27) tenant à la main un bâton d’une forme inusitée ; il s’agissait d’une fourche sur laquelle étaient tracés des lignes de signes, “cabalistiques” selon les descriptions de l’époque, alors qu’il s’agissait vraisemblablement d’entailles symboliques, comparables aux coelbreni gallois ou aux ogams d’Irlande.

     Le pape lui ayant demandé son nom, il déclara majestueusement qu’il était le fils de Dieu, cet Eum qui doit venir juger les vivants et les morts, et le siècle par le feu. Il n’est pas besoin d’être très connaisseur en spiritualité celtique pour saisir qu’Eon se déclarait ainsi un fidèle du dieu celte Dagodēuos, patron des arts druidiques, divinité de la vie et de la mort, le créateur/destructeur. Ce qu’il confirma encore lorsqu’on le questionna quant à la signification du singulier bâton qu’il portait. « C’est chose de grand mystère — répondit-il — tant que les deux branches regardent le ciel, comme vous le voyez maintenant, Dieu possède les deux tiers du monde et m’en cède la troisième partie. Mais, si les deux pointes du bâton qui sont maintenant en haut touchent la terre, si je dresse vers le haut la partie qui est simple, et maintenant est en bas, je garde pour mois deux tiers du monde et j’en laisse à Dieu le troisième ». Ainsi que l’a écrit le grand druide Kalondan, Éon proclamait d’un seul coup sa croyance en la tripartition druidique de l’individu : corps, âme et esprit, alors que l’Église n’acceptait que la bipartition — corps et âme —, et que, se réservant toujours la tierce part, Dieu ne permettait à qui que ce soit vivant sur terre d’aliéner ce qui se passait dans le ciel. Le camouflet était rude. Eugène l’encaissa sans broncher, mais éclatant de rire — imité d’ailleurs illico par toute l’assemblée — il fit semblant de ne rien avoir compris, taxant l’accusé de folie (28). Si Eon avait été réellement un aliéné, et ses dires un ramassis d’aberrations grossières, indignes même du nom d’hérésie, le concile les aurait méprisés et, par commisération, aurait relâché leur auteur. Il n’en fut rien, ce qui permet de supposer que le clergé savait à quoi s’en tenir quant à l’importance, et au danger potentiel, de cette résurgence spirituelle.

    À la prière de l’évêque breton qui l’avait amené (Auctarium Gemblacence), et aussi en considération de sa naissance, on fit à Éon grâce de la vie et du supplice, en faisant semblant de le considérer comme insensé plutôt que comme hérétique. Le concile ordonna donc que la personne d’Éon fût remise à Suger, abbé de Saint-Denis, qui administrait le royaume pendant que le roi était retenu dans la partie occidentale de la France. Suger, rigide soutien de la foi chrétienne, le fit enfermer dans une tour attenante au palais de l’archevêque de Reims ; d’ailleurs, et jusqu’à sa destruction, à la fin du XVIIe siècle, cet édifice porta le nom de la Tour d’Éon. Selon certains auteurs Éon y périr cinq ans plus tard, à la suite des mauvais traitements de ses geôliers. D’Argentré termine sa biographie par cette affirmation : « ainsi mourut Éon de l’Estoile qui ne mérita pas le nom d’hérétique, mais plutôt d’esprit fanatique et enchanteur » ; allégation intéressante, s’il en est, puisque ces deux derniers qualificatifs ressemblent tout à fait — disons-le encore une fois — à ceux dont on avait chargé les anciens druides.

    Quant aux disciples qu’on avait pris en même temps que leur chef, on ne voulut les considérer qu’en tant qu’enragés et malfaiteurs de vulgaire condition. On les traita avec bien peu d’égards. Exhortés en vain à confesser leur erreur ils furent remis au bras séculier (29) qui les livra au bûcher ; l’exécution eut lieu sur la place du grand marché de Reims (30). Même en marchant au supplice, les condamnés conservaient encore une telle confiance, qu’ils comptaient sur un miracle pour leur délivrance, et menaçaient leurs gardiens d’un châtiment vengeur. « Un homme vénérable qui fut présent à toutes ces affaires — rapporte Guillaume de Neubrige — m’a raconté avoir entendu celui qui s’appelait Le Jugement, répéter à chaque instant pendant qu’on le menait au supplice : “Terre ouvre-toi !” ». On fit subir le même sort à plusieurs autres étoilistes dans le diocèse de Saint-Malo (dont dépendait Concoret jusqu’à la Révolution) ; exécution que l’on doit attribuer au zèle de Jean, surnommé de la Grille, qui était évêque (31).

    Avant d’en terminer avec l’histoire impressionnante d’Éon de l’Étoile et de sa tentative de restauration d’une doctrine inspirée du druidisme, en plein Moyen Âge, il est bon de méditer, durant quelques instants sur l’ampleur que connut ce mouvement. Ampleur que les historiens se sont fait un pieux devoir de celer, mais que l’on peur évaluer d’après certains détails difficilement niables. Cette ampleur peur être évaluée lorsque l’on considère que le Pape déplaça un prince de l’Église, son propre cousin, pour prêcher contre l’Étoilisme, Le danger était grand puisque, d’une part, le Duc refusait d’obéir au Pape, et que, d’autre part, Albéric d’Ostie n’hésita pas à brandir la menace de l’excommunication pour parvenir à ses fins. Enfin, l’on peur juger de la notoriété et de la popularité d’Éon au fait qu’Eugène III se soit déplacé en personne et que l’on ait réuni un concile pour juger le puissant adversaire. Enfin, par crainte de l’accablante argumentation qu’il eût pu développer pour sa défense, on préféra le déclarer fou. Cette politique de camouflage et de conspiration du silence ont été les armes de prédilection pour minorer l’importance des Celtes en général et des Bretons en particulier. Cette arme déloyale fut utilisée par les Romains, puis par l’Église, contre nos lointains prédécesseurs, puis contre leurs émules du Moyen Âge, ainsi que nous venons de le voir. Elle a été utilisée à nouveau, cette même arme, par les gouvernements de Paris à l’encontre de nos aspirations légitimes, et par l’École française, publique ou privée, à l’encontre de la langue bretonne, de l’histoire du peuple breton et de la culture celtique. La mesquinerie, l’hypocrisie et la déloyauté du procédé suffisent à marquer d’infamie ceux qui l’emploient (32). Pour finir, citons l’invocation dite "de fidélité" des liturgies druidisantes :

    « Soyez généreux pour eux,
    en Prospérité, en Victoire et en Vie :
    car ils vous sont restés fidèles à travers les siècles d’obscurité.

    Cluta Esugenu ! (“Klod da Éon !” “Gloire à Éon !”) »

    ► Alain Le Goff, Antaïos n°15, 1999. [version légèrement augmentée d'après l'article paru dans Ordos n°22, 1999]

    Alain Le Goff est l’éditeur de l’excellente Revue d’Études Druidiques Ialon, organe de la Kredenn Geltiek Hollvedel, le premier mouvement druidisant d’Armorique ouvertement païen créé en 1936 par le sculpteur Raffig Tullou, animateur de Breiz Atao dès les années 20, « cabochard et gentil compagnon, (…) qui fonde Kad en 1935, une petite feuille pliée en deux, pour mettre en question le christianisme et retrouver la foi des anciens Celtes ! » (O. Mordrel, Breiz Atao, 1973). Pour tout renseignement : A. Le Goff, Bothuan, F-29450 Commana, en Bretagne. A. Le Goff a collaboré au Dictionnaire critique de l’ésotérisme (PUF, 1998) : articles sur les entrelacs, l’initiation, le triscèle.

    Notes :

    1. Guillaume de Neubrige [ancienne graphie française] (traduction du latin Guillelmus Neubrigensis) (appelé aussi William de Newbury), né en 1136, dans le duché dYork, en Angleterre, et mort en 1208 [?], était chanoine de Saint-Augustin de Cantorbéry. Il est l’auteur du Historia sive Chronica rerum Anglicarum, libris quinque. C’est dans cet ouvrage que l’on trouve l’histoire d’Éon. Othon de Freising (Otto Frisingensis), ainsi nommé parce qu’il fut évêque de Freising (ou Frisingue), petite ville de Bavière à peu de distance de Munich, était d’une illustre origine ; il vint faire ses études à l’Université de Paris et mourut en 1158. C’est aux chapitres LIV et LV du livre I de son histoire, De Gestis Frederici I Caesaris Augusti, qu’il raconte brièvement ce qui concerne Éon.

    2. La Domnonée recouvrait, grosso modo, les actuels Nord-Finistère et Côtes-d’Armor. Ainsi qu’une petite partie du nord de l’Ille-et-Vilaine.

    3. Poignand JCD, Antiquités historiques et monumentales…, Rennes, 1820, p. 89-90.

    4. Conan III dit le Gros (c’est-à-dire le "Balourd"…), 9ème duc de Bretagne ; il régna de 1112 à 1148 et épousa Édith, fille d’Henry Beauclerc.

    5. Poignand, Ibid.

    6. Éon est l’une des formes bretonnes anciennes du prénom Yves. Le Cartulaire de Redon donne les équivalents Eudon, Odo, Eden, Judanau, Even ou Ewen, Evon ou Ewon, Eon, Iounan, Evan et Erven ; toutes ces variantes tirent vraisemblablement leur origine d’un vieux-breton ezwen / ezwon, provenant lui-même du gaulois Esugenos, "fils d’Esus", "de la race d’Esus" (F. Falc’hun, Les noms bretons de saint Yves, 1943), à moins qu'il ne s'agisse d'Iuocatuos "(celui qui) combat par l’if". Par contre, selon Yvan Guehennec (Aux sources de la tradition celtique), le prénom breton Erwan, qui est la seconde traduction bretonne du français Yves, tire son origine d'un celtique ancien Ariomanos "Homme Noble de l’Ethnie", à partir de la racine *ari- "noble, ami (de la même ethnie)" ; ce nom se compare exactement à celui l’ancêtre éponyme des Celtes de l’Eire, Ėremón / Ėremon / Ėremhon (erewon). Dans une lettre de janvier 1981, le regretté L. Fleuriot apportait de son côté les précisions suivantes : a) il y a un vieux-breton Ewon / Ewen écrit Euuon / Euuen qui a dû donner Eun, Eon (Ewn, Eon) au XIIe siècle. Son étymologie n’est ni claire ni assurée ; b) il y a d’autre part Eudon (Ewdon), assez claire, composé de eu- "bon, bien", et don gallois dawn, irl. dan "don, talent" ; c’est de ce mot que vient Euzen, eozen. Ceci dit, il y a eu un mélange inextricable de ces deux formes d’origine entre elles et avec le germanique Eudo, Eudes

    7. La limite-est du breton, à la hauteur de Loudéac, longeait la vallée de l’Oust (jusqu’en 1800).

    8. Auctario gemblacense. Pourtant, et en contradiction avec cette affirmation, il sera précisé plus loin qu’Éon présenta un mémoire écrit résumant ses thèses et sa défense, lors de son procès.

    9. Dom Gervaise, Histoire de Suger…, 1721, t. III, p. 194.

    10. Merlin (Marzin, Myrddyn selon les formes bretonne ou galloise) est le fils d’une vierge et d’un immortel (d’une none et d’un diable selon les versions chrétiennes) ; il parla dès sa naissance ; son nom signifie “forteresse de la mer” (Moridunon en vieux-celtique). Il est druide-démiurge et prophète (c’est-à-dire magicien, enchanteur pour les Chrétiens). Ses traits de caractère double illustrent bien le monisme foncier du druidisme (bien et mal n’existent pas réellement, tout est à la fois bon et mauvais : seul compte la vérité) : il est le fruit d’une humaine fécondée par une déité, il est vieillard sage et enfant espiègle, penseur trompé et nouveau-né savant, riant parmi les pleurs et pleurant parmi les rires. En tant que druide typique, il règle et préside : arrange l’accouplement illégal d’Uther Pendragon et d’Ygerne, consacre Arthur, organise la Table Ronde et lance la Quête du Graal. Il est parfois considéré comme un avatar de Cernunnos ; il est à lui seul « l’âme et l’esprit celtique du XIIe siècle » (voir le Dict. de Mythologie celtique, Jean-Paul Persigout, Le Rocher, p. 214).

    11. « Par celui qui viendra juger les vivants et les morts ; par celui qui est vivant et règne » dit l’oraison catholique. Éon rendait cela en « Par Éon qui viendra juger les vivants et les morts ; par Éon qui est vivant et règne ». Ce qui est tout à fait conforme à la propension celtique bien connue pour les jeux de mots et les télescopages de sens ; druides, vates et bardes excellaient dans cet art que les Brahmanes de leur côté pratiquaient aussi et nommaient çlesha.

    12. Qu’a-t-il affirmé réellement ? Remarquons tout d’abord qu’il n’a pas prétendu être Jésus, ou le Christ, mais le fils de Dieu (ou du Dieu) : et quel est — du moins dans une optique druidisante — l’être vivant qui n’est pas enfant du Dieu de la vie, cette essence commune à toutes choses, cette âme universelle dont les êtres ne sont qu’une parcelle, à laquelle ils doivent un jour retourner, la très multiforme, par définition infiniment puissante — quoique inconsciente — et éternelle Énergie ?

    13. A. Chaboseau, Histoire de la Bretagne avant le XIIIe siècle, 1926, p. 197.

    14. Le nom d’Éon de l’Étoile se traduit Eowen an Sterenn en breton, mais Esugenos Stironas en vieux-celtique. 

    15. On retrouve là l’ordonnance habituelle, à trois niveaux, des sociétés initiatiques, pythagoriciennes, druidiques et maçonniques, entre autres, ainsi que leur usage d’utiliser les pseudonymes symboliques pour les membres reconnus. L’auteur anonyme de l’Auctarium gemblacence, en affirmant qu’« il [Éon] sacrait pour sa secte des évêques, et même des archevêques, et faisait nombre de choses abominables et contraires aux lois divines » traduit, du point de vue partisan d’un catholique romain, le faite que les étoilistes effectuaient des cérémonies d’accession aux différents degrés.

    16. Levot, Biographie Bretonne, art. « Éon ».

    17. J. Chaboseau, ibid., p. 198.

    18. Le “religieusement correct”, le “politiquement correct”, sont de toutes les époques…

    19. Ce pauvre Conan III, assez niais il faut le reconnaître, avait pourtant bien d’autres soucis avec féodaux et prélats de la péninsule.

    20. Kalondan, Grand Druide, Neved n°7, sept. 1976, p. 2.

    21. On prétend encore aujourd’hui que les gens, qui passaient pour s’adonner à la sorcellerie dans certains villages de Concoret, possédaient des livres où ils apprenaient leur art et leurs pratiques. On ne sait pas trop d’où ils leur venaient, me racontait une femme ; ils venaient sans doute du démon. Ce n’est pas que ces sorciers fusent méchants et fissent du mal ; mais ils en auraient pu faire beaucoup avec leur savoir s’ils avaient voulu. C’est pourquoi on s’efforçait de détruire leurs livres. Il y a, à la Chauvelaie, un puits où on a jeté un grand nombre et qu’on a comblé, et aujourd’hui on ne sait même pas où il est (voir Dict. d’Ogée Marteville,1848, art. « Carentoir »). D’autres livres auraient aussi été enfouis dans un terrain dit le Four-Mignon, à présent jardin et situé près de la Rue-Éon, hameau de Concoret. Pendant longtemps, les habitants de Concoret eurent le même goût que le bizarre Éon, et au lieu de s’adresser à Dieu et à ses saints dans leurs maladies, ils en cherchaient le remèdes dans la fontaine de Barenton, soit en la priant à la mode des Gaulois, soit en buvant de ses eaux (Chanoine Mahé, Antiquité du Morbihan, p. 427, art. « Concoret »).

    22. J. Chaboseau, ibid., p. 198.

    23. J. Chaboseau, ibid., p. 197 et 198.

    24. Cette mention des “jeudis” est à relever ; car ce jour de la semaine était celui consacré, chez les pré-chrétiens, au maître-dieu, c’est-à-dire à Jupiter chez les Latins (d’où le Jovis Dies), et Deuos Atir chez les Celtes. Ce jour, celui des “meilleurs prodiges”, était vraisemblablement férié (c’était le “dimanche” des temps anciens…) ; l’ancien jour de congé scolaire en à été la dernière trace.

    25. Vérusmor, Voyage en Basse-Bretagne, p. 15.

    26. J. Chaboseau, ibid., p. 198.

    27. Productus fuit Eon cum scriptulis suis (Éon fut amené devant le concile avec ses écrits) : cette phrase prouve qu’Éon n’était pas l’illettré qu’on aurait voulu qu’il soit ; il était capable d’écrire, de rédiger sa défense et de présenter ses thèses.

    28. Kalondan, ibid., p. 4.

    29. Fleury, Hist. ecclésiast., année 1148.

    30. Dom Gervaise, Vie de Suger, t. III. — Moreri.

    31. L’obstination des adeptes d’Éon, tout autant que l’acharnement impitoyable de l’évêque Jean de la Grille (en breton Yann ar Grilh, “Jean le Gril”…) contre les Éoniens de bas étage, montrent que la doctrine du chef consistait en autre chose que de méprisables et absurdes extravagances.

    32. Kalondan, ibid., p. 4 et 5.

     


    « Bernard RioPowys »
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