• Twain

    TwainMark Twain, de son vrai nom Samuel Langhorne Clement, né le 30 novembre 1835 à Florida (dans le Missouri), décédé le 21 avril 1910 à Redding (dans le Connecticut), est un grand écrivain, essayiste et humoriste américain. Orphelin de père à l’âge de douze ans, il exerce diverses activités : apprenti typographe, rédacteur d’articles dans le journal de son frère, pilote de bateau à vapeur sur le Mississippi (c'est de cette époque que vient son pseudonyme : alors qu'il tire la corde de sondage pour vérifier la profondeur du fleuve, son capitaine lui criait : “Mark Twain !, Mark Twain !”, c'est-à-dire : “Marque deux sondes !”. Cela signifie “profondeur suffisante”, en anglais “safe water”. Mark Twain expliquait de manière plus profonde son choix du pseudonyme [Twain est une prononciation américaine de Twin, jumeau] par le fait qu’à sa naissance sa mère attendait des jumeaux. « Oui, disait-il, je me demande qui, de mon frère jumeau ou de moi, est mort à la naissance, nous nous ressemblions tellement. » Voir aussi sa nouvelle : La tragédie de Pudd’nhead Wilson et la comédie des deux jumeaux extraordinaires, 1894). Ne voulant pas se battre  aux côtés des sudistes pour le maintien de l’esclavage, il s’enfuit vers les montagnes du Névada et devient chercheur d’or. À partir de 1864, il exerce l’activité de reporter à San Francisco et se déplace en Europe en tant que correspondant de presse. Après son mariage avec Olivia Langdon en 1870, il s’installe à Hartford (Connecticut). Il eut 4 enfants dont 3 filles (Susan, Clara et Jeanne) et un fils mort prématurément. Dans ses premiers romans, il évoque ses voyages en Europe et en Polynésie  en se moquant des préjugés  et de la conduite de ses compatriotes ainsi que sa période de chercheur d’or.  C’est grâce à ses deux romans Les aventures de Tom Sawyer et les Aventures de Hucklebery Finn qu’il acquiert la célébrité comme écrivain humoriste. Marc Twain a écrit cependant, dans la seconde partie de son œuvre, des textes plus graves dénonçant avec pessimisme les excès de la civilisation et l’immoralité érigée en morale. La fin de sa vie est assombrie par des ennuis financiers ainsi que par la mort de l’une de ses filles (noyée dans sa baignoire suite à une crise d’épilepsie), puis de sa femme. Décrivant avec réalisme et sévérité la société américaine, Mark Twain est l’un des premiers auteurs à utiliser la langue parlée authentique des États du Sud et de l’Ouest. Souvent comparé à Stevenson et Dickens, il excelle particulièrement dans une peinture régionaliste de l’Amérique, c’est-à-dire réalisée par un  “natif” parfaitement  imprégné du vécu de l’endroit qu’il décrit. Mais Mark Twain est aussi un pamphlétaire virulent et irrévérencieux rétif aux grégarismes et au capitalisme.

     



     

    TwainMark Twain, critique de l’impérialisme américain

    [Ci-contre : ill. par Jody Hewgill]

    Beaucoup d’écrivains ont écrit plusieurs livres mais ne sont véritablement devenus célèbres que grâce à un seul de leurs ouvrages. Mark Twain est né sous le nom de Samuel Langhorne Clemens le 30 novembre 1835 dans le Missouri et est mort, il y a tout juste cent ans, le 21 avril 1910 dans le Connecticut. Il a acquis la célébrité sous son pseudonyme de Mark Twain. Il avait quatre ans lorsque sa famille emménagea dans la petite ville d’Hannibal sur les rives du Mississippi, lieu qui devint plus tard le théâtre des aventures de Huckleberry Finn. En 1847, le père de Mark Twain meurt ; celui-ci commence alors à apprendre le métier de typographe. Son frère achète ensuite la feuille locale et c’est dans ce support-là que notre auteur écrira ses premiers et brefs articles. Après avoir atteint l’âge de dix-huit ans, il quitte Hannibal et devient timonier sur l’un de ces grands bateaux fluviaux qui assurent la navigation sur le Mississippi et sur le Missouri. Quand éclate la guerre civile américaine, cette navigation est interrompue sur les deux grands fleuves. Mark Twain devient soldat dans les armées confédérées mais abandonne son service dans la cavalerie au bout de deux semaines et décide de partir vers l’Ouest. Après un examen de conscience, il finit par adhérer intellectuellement au camp “yankee”. En 1862, il se trouve à Virginia City dans le Nevada où il exerce le métier de journaliste. En 1863, il se manifeste pour la première fois sous le pseudonyme de Mark Twain. Son itinéraire le mène toujours plus à l’Ouest, toujours plus loin de la guerre. En 1864, il s’installe à San Francisco. Dans les années 70 du XIXe siècle, il se rend pour la première fois en Europe et au Proche-Orient et séjourne longtemps en Allemagne, pays qu’il adorait. En 1891, lors de sa seconde tournée en Europe, le dernier empereur d’Allemagne, Guillaume II, l’invite à déjeuner avec lui. En 1870, il avait épousé Olivia Langdon et s’était installé, dans le Nord, dans le Connecticut. Sa voisine était Harriet Beecher-Stowe qui le conforta dans son attitude hostile à l’esclavage.

    Une étude comparative de ces deux auteurs et de leurs principaux ouvrages mérite d’être faite. En 1876, Mark Twain écrit Tom Sawyer et en 1883, Les aventures de Huckleberry Finn. Ces deux ouvrages sont devenus des classiques de la littérature pour la jeunesse, tout en contestant, à l’époque, la teneur de la littérature conventionnelle pour les jeunes qui ne présentait que des gamins modèles ou des petites filles sages. À l’époque, Twain avait fait scandale en campant un héros, Tom Sawyer, qui fait l’école buissonnière et qui, au lieu de mobiliser ses efforts pour atteindre l’idéal du bien-être matériel, s’acoquine avec un paria de village sans le sou, qu’il admire de surcroît, mais finit quand même par devenir riche.

    Les bonnes consciences politiquement correctes estiment aujourd’hui que Les aventures de Huckleberry Finn méritent de sévères critiques car l’esclave de la Veuve Douglas, est appelé “Nigger Jim” dans le livre. Le terme “nègre”, au départ utilisé sans le moindre jugement de valeur, et a fortiori sans intention insultante, pour désigner les personnes de race à pigmentation foncée, est aujourd’hui considéré comme un vocable à connotation “raciste”, alors que le terme “nigger”, devenu, lui, une injure classique dans le vocabulaire dénigrant du racisme, demeure assez peu connu comme tel chez les non anglophones. Les bonnes consciences s’en offusquent, incapables qu’elles sont de resituer correctement une œuvre littéraire dans le contexte de son époque. Les deux romans destinés à la jeunesse sont effectivement le reflet de la société américaine à l’époque de Mark Twain qui ne s’empêchait nullement d’en faire la critique. L’hypocrisie religieuse, le monde des pauvres, des strates sociales déshéritées, le désir pathologique d’atteindre la puissance pour la  puissance et l’âpreté au lucre — la maladie  emblématique de l’Amérique pour Twain — et l’esclavage dans les États du Sud ont tous fait l’objet de critiques sévères dans l’œuvre de notre auteur. Ses flèches les plus acérées, il tentait toujours de les décocher en s’aidant de l’humour et de la satire. Le temps qu’il avait passé sur les rives du Mississippi et ses expériences personnelles, qu’il a manifestement travaillées pour en faire la matière première de son œuvre littéraire, ont fait de lui un chroniqueur crédible. Le destin de “Nigger Jim”, pour pitoyable qu’il ait été, est décrit tout en laissant transparaître malgré tout une certaine joie de vivre.

    L’ouvrage principal de sa voisine Harriet Beecher-Stowe est tout différent. Elle a tenté, avec succès, dans La case de l’oncle Tom, d’inciter les masses de l’Union à haïr les Confédérés et à les pousser à la guerre alors qu’elle ne s’était jamais rendue dans le Sud, comme on s’en est aperçu ultérieurement. La description du planteur avare, esclavagiste, vicieux et maniant le fouet, une caricature de la réalité, avait pour but de dépeindre une figure inhumaine qui méritait bien d’être exterminée. Des jeunes gens, après avoir lu ce livre, se sont joyeusement engagés dans les troupes nordistes pour partir dans une guerre atroce et aller mourir dans les espaces en friche de la Virginie ou à Cold Harbour, tout en croyant combattre pour une cause juste et bonne. Contrairement au scénario mis en place par Harriet Beecher-Stowe, qui justifie à l’avance le meurtre et le lynchage, et même la guerre, comme seuls moyens de prêcher la libération, Mark Twain, lui, met en scène la libération de son “Nigger Jim” de manière pacifique. La propagande de guerre, toute ruisselante de haine, n’était nullement la tasse de thé de Mark Twain.

    Dans les années 90 du XIXe siècle, il fut l’une des figures du mouvement anti-impérialiste aux États-Unis et fustigea à coups de commentaires caustiques les guerres que menait son pays contre l’Espagne, les Philippines, contre l’annexion de Puerto Rico et des Îles Mariannes. En 1891, comme nous venons de le dire, il entama sa seconde tournée en Europe et se choisit Berlin comme ville de résidence. C’est à partir de la capitale du nouveau Reich bismarckien qu’il  commençait ses tournées de conférences, afin de payer ses dettes. Il resta neuf ans dans le “Vieux Monde”. La langue allemande, qui, comme à bien d’autres, lui paraissait compliquée, fut souvent la cible de son humour et donna lieu à beaucoup de jeu de mots (comme la confusion entre : “Festgäste” – Commensaux et “fresst feste” – “bouffez fêtes”).

    Plus tard, il envoya ses filles étudier en Allemagne. Twain rédigea enfin un biographie du général le plus célèbre de l’armée “yankee”, plus tard élu Président des États-Unis, Ulysses S. Grant. Il appartenait à une loge maçonnique. En 1901, l’Université de Yale lui octroya un diplôme de docteur honoris causa.

    ► Anton Schmitt, zur Zeit n°16/2010. (tr. fr. : RS)

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    ◘ Ressources :

    Mark Twain Project

    • « Les Rencontres de la France et de l’Amérique dans l’œuvre de Mark Twain » (D. Louis, 2008)

    • « C’est Mark Twain qu’il ressuscite » (entretien avec le traducteur Bernard Hoepffner, 2008)

    • « La retraduction de Huckleberry Finn : Huck a-t-il (enfin) trouvé sa voix ? » (C. Wecksteen, 2011)

    The Adventures of Tom Sawyer au  pays de la retraduction - Enjeux et évolution (V. Morard Charvet, 2011)

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    Twain• sur l'anti-impérialisme de Twain, on se reportera au recueil de textes politiques La Prodigieuse Procession & autres charges (Agone, 2011) [recension] [recension 2] [recension 3] [recension 4]. Recension 5 &6 :

    Libre Mark Twain — Le père de Tom Sawyer et d'Huckleberry Finn, ces "romans pour enfants pour adultes", selon le mot de Mark Twain lui-même (1835-1910), fut tour à tour typographe, aventurier et journaliste. Il donna de nombreux articles et conférences à travers les États-Unis sur des sujets aussi peu enfantins que le racisme antichinois en Californie, les lynchages des Noirs, un massacre de Philippins — hommes, femmes, enfants — par l'armée américaine en 1904 ou les 15 millions de morts du roi Léopold au Congo. Partout ce constat : "Le massacre pacifie mieux que tout" ! Dénonçant les "voleurs titrés" et l'impérialisme hypocrite, Twain excelle ici dans l'ironie cinglante ; chez lui, la farce littéraire est mise au service de la liberté des peuples opprimés par cette "prodigieuse procession" des nations dont il imagine le défilé grotesque. Leurs méfaits en bandoulière, chaperonnées par la chrétienté, elles se sont installées derrière un XXe siècle dont la maxime est : "Prenez ce que vous pouvez, gardez ce que vous avez pris". (Gilles Bastin, Le Monde des livres, 01.09.2011)

    L'essai du mois — « Il doit exister deux Amériques  : l’une qui libère le captif, et l’autre qui enlève sa nouvelle liberté à l’ancien captif avant de lui chercher querelle sans le moindre fondement ; puis elle le tue pour s’emparer de ses terres ». Il y eut sans doute aussi deux Mark Twain (1835-1910), le “père du roman américain” avec Tom Sawyer (1876) et Huckleberry Finn (1885), et celui que révèle ce volume et qui mérite tout autant d’être connu, avec cette bonne vingtaine de “charges” inédites en français, et qu’il refusa souvent de laisser publier avant sa mort, tant elles étaient virulentes et le restent aujourd’hui. Mis en contact, par son mariage avec Olivia Langdon (1870), avec les milieux socialistes, féministes et athées de la côte Est, il allait peu à peu faire sien « le droit de l’individu à s’opposer au drapeau et au pays », spécialement à l’occasion de grandes “opérations extérieures” américaines qu’il allait dénoncer de plus en plus fermement. Et c’est ce qui ferait presque distinguer deux livres dans ce volume, l’un qui serait d’histoire et l’autre de méthode. Le premier rappelle par quelle politique impérialiste de plus en plus éhontée (dont la préface de Thierry Discepolo énumère utilement les grandes étapes, Amérique latine, Angola, Hawaï, Cuba, Philippines, Chine) les États-Unis se hissèrent au rang de grande puissance, mais aussi au prix de quels renoncements et de quels crimes, comme s’en indignait Twain. Mais il ne se préoccupait pas moins de la manière d’en parler et de faire partager ses vues anti-impérialistes, et c’est l’autre intérêt majeur de ces textes combinant ses talents de journaliste et d’humoriste. Quant à leur actualité, qu’on se souvienne seulement que la création de Guantanamo remonte au débarquement des Américains dans cette baie du sud-est de Cuba pour « libérer le captif » du joug colonial de l’Espagne, en 1898, avant de lui « enlever sa nouvelle liberté », etc. (Gilles Bounoure, Tout est à nous n°121, 2011)

    ◘ Extrait : « Vous me demandez ce que signifie l’impérialisme. Eh bien, j’ai quelques idées sur la question. J’ai le désavantage de ne pas savoir si notre peuple est pour ou contre notre déploiement à la surface du monde. Je serai désolé d’apprendre qu’il le désire, car je ne pense pas que ce soit là une évolution sage ou nécessaire. Quant à la Chine, j’aurais tendance à approuver la décision de notre gouvernement de se libérer de cette complication. Il se retire, comme je le comprends, parce qu’ils ont terminé ce qu’ils entendaient faire. C’est très bien. Nous n’avons pas plus de raison d’être en Chine que dans tout autre pays qui n’est pas à nous. Il y a aussi l’affaire des Philippines. J’ai fait de gros efforts et pourtant je ne comprends absolument pas comment nous nous sommes lancés dans cette pagaille. Peut-être n’aurions-nous pas pu l’éviter – peut-être était-ce inévitable que nous finissions par nous battre contre les indigènes de ces îles –, mais je ne le comprends pas, et je ne suis jamais parvenu à découvrir le fin fond de l’origine de notre hostilité envers les indigènes. Je pensais que nous pourrions devenir leur protecteurs – pas essayer de les écraser sous nos talons. Nous étions supposés les délivrer de la tyrannie espagnole afin qu’ils puissent mettre en place leur propre gouvernement, et nous devions rester à proximité afin de vérifier qu’il avait toute ses chances. Ce ne devait pas être un gouvernement conforme à nos idées mais un gouvernement qui représentait les sentiments de la majorité des Philippins, un gouvernement conforme aux idées philippines. Ce qui aurait été une mission digne des États-Unis. Mais maintenant – eh bien, nous avons mis notre doigt dans l’engrenage, dans un bourbier où à chaque nouveau pas il devient plus difficile encore de nous en extirper. J’aimerais beaucoup, c’est certain, savoir ce que nous pouvons en espérer, et ce que cela signifie pour nous en tant que nation. » (Mark Twain)

    ◘ Pour contextualiser les guerres impérialistes américaines évoquées, se reporter aux entrées : « Guerre hispano-américaine et Philippines [« On se souvient, à ce propos, de la réflexion de Mark Twain, qui, dans ses essais anticapitalistes restés trop longtemps ignorés, se voyait dans l’impossibilité de faire la satire de l’un des responsables du massacre des Philippines : “Aucune satire de Funston ne pourrait atteindre la perfection, car Funston lui-même est une caricature vivante” » (Noam Chomsky, in : Responsabilité des intellectuels)]

     

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    Twain“Tom Sawyer” censuré aux États-Unis

    Levée de boucliers contre le “politiquement correct”

    [Ci-contre : couverture d'une édition abrégée, Dean & Son, Londres, v. 1963]

    Montgomery (Alabama) : Les esprits critiques viennent de réagir vivement en apprenant la prochaine sortie de presse d’une version « politiquement correcte » des Aventures de Tow Sawyer et d’Huckleberry Finn, le célèbre ouvrage de Mark Twain. Le New York Times, dans un éditorial, fustige le fait que le célèbre livre subira des « dégâts irréparables » dans cette nouvelle version “politiquement correcte”. Le principal quotidien des États-Unis écrit : « Ce n’est plus Twain ».

    Répondant aux questions du magazine à sensation et à gros tirages, USA Today, Jeff Nichols, le directeur du Musée Mark Twain de Hartford (Connecticut), déclare au sujet de l’élimination du terme “Nigger” dans la version expurgée du livre : « Ce mot peut certes être terrible, il peut meurtrir, mais il y a une raison pour laquelle il se trouve écrit là ». Finalement, l’auteur voulait dresser un tableau exact de la vie des années 40 du XIXe siècle dans l’État américain du Missouri. Le professeur de droit Randall Kennedy, de l’Université de Harvard, a déclaré, à propos de l’élimination du “N-word”, du “mot-qui-commence-par-N” (*), qu’il « était fondamentalement erroné de vouloir éradiquer un mot qui appartient à notre histoire ».

    Mark Twain sera-t-il exclu de la liste des livres à lire pour l’école ?

    Dans cette nouvelle version du roman de l’écrivain américain Mark Twain, Les aventures de Tom Sawyer et d’Huckleberry Finn, le terme “Nigger”, très usité à l’époque, est remplacé par le mot “slave” (esclave) ; de même le terme “Injun”, jugé désormais injurieux, est remplacé par “Indian” (Indien) (**). Or le roman restitue l’atmosphère qui régnait dans les États du Sud des États-Unis à l’époque où subsistait encore l’esclavage.

    Comment la petite maison d’édition “New South Books” justifie-t-elle son alignement sur le “politiquement correct”, dans le cas du livre de Mark Twain qui paraîtra, expurgé, en février 2011 ? Elle estime qu’elle est contrainte à pratiquer cette politique d’expurgation en ôtant du livre tous les termes qui pourraient aujourd’hui choquer parce que les établissements d’enseignement américains menacent de censurer le livre et de ne plus le donner à lire aux enfants. Sans l’élimination des termes qui choquent, le livre de Mark Twain disparaîtrait tout bonnement des listes de lectures obligatoires ou du contenu des cours de littérature américaine. Non seulement dans les écoles mais aussi dans les universités. Tels sont les arguments de la maison d’édition de Montgomery/Alabama. Les dirigeants de celle-ci étaient si mal assurés qu’ils n’ont même pas écrit noir sur blanc, dans leur communiqué à la presse, les termes qu’ils entendent remplacer par des « vocables moins blessants ».

    Junge Freiheit, 10 janvier 2011.

    Notes :

    (*) L’utilisation de l’expression “N-word” est calquée sur celle, déjà ancienne, de “F-word”, pour “fuck”. Dans l’ambiance souvent puritaine du monde anglo-saxon, le terme “fuck”, équivalent de l’allemand “ficken”, a posé problème au moment de sa vulgarisation généralisée à partir des années 50 du XXe siècle.

    (**) Le terme “Injun” est simplement une graphie simplifiée et purement phonétique du terme “Indian”, tel qu’il était prononcé par les colons anglophones du territoire nord-américain. De même, « Cajun », désignant les francophones catholiques de la région de la Nouvelle Orléans, est aussi une transcription phonétique de la prononciation écornée du terme “Acadian”, soit “Acadien”. Les francophones de la Nouvelle Orléans étaient partiellement originaires de l’Acadie, région jouxtant le Canada français. Arrivés en Louisiane, suite à leur expulsion par les fondamentalistes protestants, ils ont reçu le nom de “Cajuns”, dès qu’ils se sont déclarés “Acadiens”, en prononçant ce mot de surcroît avec l’accent que l’on dit aujourd’hui “québécois”. Il ne viendrait à aucun représentant de la “francité” l’idée saugrenue de vouloir purger tous les livres américains où figure le terme de “cajun”. Au contraire, il est perçu comme l’expression d’une spécificité francophone originale.

    ♦ Lire la réaction de B. Hoepffner.

     

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    TwainMark Twain : ironia e libertà

    [Mark Twain (1835–1910) : Della compagnia del grande scrittore Mark Twain, morto cento anni fa (il 21 aprile del 1910) a Redding nel Connecticut, avremmo bisogno tutt’oggi. Ed è per questo che ne parliamo ancora. Del suo senso dell’humor in primo luogo, della sua critica al conformismo, delle prese in giro, delle denunzie dei falsi miti e di tutte le glorie (che così ovviamente non furono), dei più classici “tempi che furono”. La sua vita fu insieme uno sberleffo e una ribellione contro quel qualcosa di difficilmente classificabile, a metà fra storia e sentimento, che non faceva parte dello spirito americano o meglio del suo di spirito, fatto di avventura e di semplice ricerca della verità]

    Twain fu scrittore anche molto scomodo, così in anticipo sui tempi da essere volontariamente ignorato per quello che scriveva (soprattutto nel campo del giornalismo) ; i parenti furono costretti a bruciare molti dei suoi manoscritti perché pericolosi per le comunità dei religiosi. Twain rispose alla “censura” in modo bonario, con uno dei tanti aforismi per i quali sarà universalmente noto : « solo ai morti è permesso di dire la verità ». Oltretutto aveva con la professione di giornalista uno strano rapporto di amore (senz’altro) e di generosa avversione grazie a una filosofia del buon gusto e del saper vivere insieme : « Per prima cosa dovete avere ben chiari i fatti ; così potete distorcerli come vi pare », diceva.

    Per questo strano feeling con la “verità” (perfino nelle comuni espressioni) e per essersi trovato ben più in là da certo anonimo quotidiano, Mark Twain venne classificato come il più americano fra gli scrittori d’America e per questo qualcuno affermò anche che « tutta la letteratura moderna statunitense viene da un libro di Mark Twain, Huckleberry Finn. Tutti gli scritti americani derivano da quello. Non c’era niente prima. Non c’era stato niente di così buono in precedenza ». A pensarla così nientemeno che Ernest Hemingway in compagnia di William Faulkner.

    Si potrebbe cominciare dal suo nome allora che non era come forse alcuni sapranno Mark Twain, ma Samuel Langhorne Clemens ; lo pseudonimo che lo ha reso famoso in tutto il mondo ha origini marinare come ricordano gli esperti di narrativa fantastica Gianni Pilo e Sebastiano Fusco : « “Mark Twain ! Segna due braccia !”, gridavano, nel dialetto del Sud, gli scandagliatori sui battelli che percorrevano il Mississippi, segnalando al timoniere la profondità del fondale, ad evitare il rischio di incagliarsi sulle secche. Il giovane Samuel Longhorne Clemens, che su quei battelli aveva trascorso infanzia e giovinezza, quando cominciò a scrivere e pubblicare, volle scegliersi proprio quel grido come pseudonimo ».

    Si potrebbe cominciare così, per comprendere la sua personalità di uomo libero, concreto quanto basta, innamorato delle scienze fisiche, libertario per sé e soprattutto per gli altri (fece parte della “American anti imperialism league”, lega contraria all’annessione delle Filippine da parte statunitense). Twain era aperto al mondo come ci si sarebbe atteso solo da un grande americano della sua generazione (era nato nel 1835), abbandonò presto gli studi a causa della morte del padre e fece mille mestieri, fu tipografo (apprendista), mercante, scrittore umorista, marinaio sui battelli, soldato nella Guerra Civile dalla parte dei Confederati, poi cercatore d’oro, reporter, viaggiatore instancabile e conferenziere nelle università. Conobbe e visitò non solo l’America ma il mondo intero in lungo e in largo e si fece conoscere a trent’anni grazie al racconto Il Ranocchio saltatore ; aveva “solo” quarant’anni invece quando divenne uno degli uomini più famosi d’America.

    Per comprendere la sua modernità – che avrebbe riversato negli scritti – si deve pensare a Mark Twain come un uomo che sarebbe arrivato primo degli altri in tanti piccoli-grandi gesti del quotidiano e della vita professionale. Lasciamo la parola a Pilo e Fusco allora : « Diceva di essere legato allo spirito paesano del “Profondo Sud”, ma in realtà era il più moderno degli scrittori. Fu il primo ad usare la macchina da scrivere e la stilografica, e a dettare un libro al grammofono. Scrisse i testi di alcune canzonette che divennero enormemente popolari. Fece dell’editoria un’industria da grandi cifre : rimase celebre l’anticipo di duecentomila dollari (di allora) da lui pagato per assicurarsi in esclusiva le memorie del generale Grant ». Fu dunque un uomo molto ricco e famoso ma non sempre fortunato negli affari e nel privato. Passò la vecchiaia fra crisi e lutti familiari.

    Gli studiosi raccontano quanto la vita di Mark Twain sia stata complicata (quasi fossero esistite più persone in una), sfaccettata, colma di lezioni e di contraddizioni riversate anch’esse nelle opere. E naturalmente hanno ragione. Due in particolare le più note e lette da generazioni di giovani (anche se, soprattutto la seconda delle due è tutt’altro che un libro per ragazzi perché venne perfino radiato dalle biblioteche) : Le avventure di Tom Sawyer (1876) e Le avventure di Huckleberry Finn (1884). Detti libri altro non sarebbero (nell’immaginazione dei teorici) se non le diverse parti – almeno tre – della stessa vita dello scrittore. « Se alla fine di quella che abbiamo definito la prima fase della sua vita Clemens assomiglia in un certo senso a Tom Sawyer », scrive Guido Carboni autore per Mursia di un invito “alla lettura” dello scrittore americano, « è cioè una sorta di adolescente in fondo romantico e soprattutto desideroso di attrarre l’attenzione del mondo raccontando storie, più o meno abbellite nel ricordo e nella elaborazione narrativa delle proprie avventure, alla fine della seconda fase potremmo dire che assomiglia di più ad Huck, nonostante i suoi 50 anni. Come Huck ha accumulato molta esperienza della vita e degli uomini, anche se sembra molto meno disposto di Huck a perdonare i loro difetti, e una discreta ricchezza. Come Huck continua a dire di volersi distaccare al mondo di cui è entrato a far parte, di voler “scappare di casa” verso più liberi territori, ma resta a casa cercando un equilibrio nella doppia identità di rispettabile cittadino convinto del proprio ruolo di Pierino ribelle, fustigatore della stupidità del mondo che lo circonda. Solo che in Clemens queste tensioni non sembrano veramente trovare un accettabile equilibrio ».

    The Adventures of Huckleberry Finn è probabilmente il capolavoro di Twain ed è il seguito di “Tom Sawyer” (dove il personaggio di Huck che vive in un barile era già apparso). È il romanzo di un giovane figlio di un ubriacone « senza casa, senza famiglia, senza educazione, ozioso, sfrenato, malvagio ». Malgrado tutto – o forse proprio per la sua personalità ribelle – divenuto « beniamino » dei giovanissimi del villaggio. La storia è quella di un ragazzo che non vuol cedere alla mancanza di libertà ; la fama del romanzo è dovuta in primo luogo allo “scontro interno” fra civiltà e natura selvaggia ; corruttrice la prima, roussoianamente buona la seconda. Il punto di vista dal quale Twain racconta la storia (come per esempio il successivo nostro Giornalino di Gian Burrasca di Vamba o Il Barone rampante di Italo Calvino), è però quello del protagonista ribelle, nel libro manca infatti una morale perbenista – e vittoriana – in grado di far pendere la storia dal lato della cosiddetta civiltà e della ragione degli educatori.

    Nel libro è assente la « “correzione” di una morale finale che dimostri come la disobbedienza, i “vizi”, la mancanza di decoro siano negativi e portino chi li pratica ad una brutta fine », probabilmente perché Twain da grande narratore autobiografico aveva presente la differenza fra un’esistenza vissuta nel rischio e il suo esatto contrario. Non sempre poi, per lui, quel mondo reale messo su nel tempo, mattone su mattone, rispondeva a un armonico disegno di libertà e verità. Per questo, per l’autore dell’ironico Un americano alla corte di re Artù occorreva una gran dose d’avventura per battere i “tiranni” del tempo, e con essa naturalmente alcuni preziosissimi aforismi : « Non abbandonare le tue illusioni. Se le lascerai, continuerai ad esistere, ma cesserai di vivere ». Ecco : tanto basta per ricordarci di lui.

    ► Marco Iacona, Secolo d’Italia, 22 aprile 2010.

     

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    TwainMark Twain, la vraie nouveauté de la rentrée

    Recension : L'Autobiographie de Mark Twain, M. Twain, Tristram, 2012. [lire autre recension] [entretien vidéo avec le traducteur]

    Faut-il s'étonner si le premier volume de l'autobiographie de Mark Twain — intégralement publiée en 2010 aux États-Unis par les Presses universitaires de Californie à un tirage confidentiel — finit par atteindre le total mirifique de 275 000 exemplaires vendus en un an ?

    Plus que par la place privilégiée occupée par cet auteur dans les lettres américaines, ce succès s'explique par son génie pour, de tout, faire littérature. Sous sa plume, le récit de la publication des Mémoires du général Grant devient une aventure morale ; l'histoire des corrections imbéciles infligées à sa préface d'une édition des procès de Jeanne d'Arc tourne au roman comique et à la leçon de stylistique (Twain à son correcteur : « Vous avez un irrespect magnifiquement aristocratique pour l'anglais clair et sans prétentions »). L'histoire d'un plagiat involontaire s'épand en pensée de l'intertextualité (« toutes nos constructions verbales sont des ombres spiritualisées projetées à l'infini »). Il est fascinant de voir Twain se prendre lui-même comme objet. D'autant que cela se passe au fond d'un lit, depuis lequel l'auteur dicte ses souvenirs à une sténographe. On songe à la composeuse automatique, ancêtre de nos rotatives et sujet d'un des premiers textes. Mais cette composeuse, destinée aux premiers journaux, ne moud que le réel. La machine Twain, elle, n'exclut pas l'invention : Twain s'avoue capable de se représenter aussi clairement tout ce dont il se souvient que tout ce dont il ne se souvient pas…

    Un mot sur la structure : avant de trouver une méthode (la dictée au fil de ses pensées), Twain avait rédigé une quarantaine de débuts, écrit et publié des chapitres à part ; et l'ouvrage suit cette histoire agitée. Après les « Manuscrits et dictées préliminaires » (sur Londres, sur Jeanne d'Arc, sur les mésaventures du jeune Twain quand il faisait l'ours) viennent les « Extraits pris au hasard » formant le corps de l'autobiographie. Celle-ci commence comme un roman : « Mes parents partirent pour le […] Tennessee. C'est là que naquit leur première moisson d'enfants mais, comme j'appartiens à une récolte plus tardive, je ne me souviens de rien. Je fus ajourné au Missouri. Le Missouri était un État nouveau et inconnu et avait besoin de distractions ». Tout dans ce texte est de la même eau vive. Et celle-ci charrie évidemment des trésors propres à satisfaire le fétichisme biographique des lecteurs : comment Twain grandit dans la perspective d'une richesse indéfiniment repoussée, son portrait de Stevenson, son goût pour les conférences, ses ruses avec les éditeurs, les origines du colonel Sellers et celles de la grotte où meurt Joe l'Indien…

    ► Alexis Brocas, Magazine littéraire n°524, 2012.

     

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