• Écosse

    L’Écosse deviendra-t-elle indépendante ?

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    Un chapitre nouveau dans une longue lutte pour l’indépendance et la liberté !

     

    scotla10.jpgL’histoire ne fait jamais de sur-place. On le constate en observant les efforts que font actuellement les Écossais pour devenir plus indépendants de l’État britannique et pour se poser comme une entité autonome en des domaines de plus en plus diversifiés.

    Pour comprendre les événements qui secouent aujourd’hui l’Écosse, il faut se livrer à une brève rétrospective : le 1er mai 1707, l’Écosse et l’Angleterre fusionnent pour former le Royaume-Uni, dont la capitale, Londres, devient le centre d’où émanent tous les pouvoirs. Depuis les Romains, on avait l’habitude de considérer les deux pays comme deux îles distinctes, dotées de quelques “ponts de terre ferme”. À partir de 1707, ces deux “îles” et ces 2 peuples, désormais fusionnés, seront considérés comme un bloc uni à tous les points de vue : formel, juridique, administratif et territorial. L’histoire de l’Écosse avait commencé pendant les “siècles obscurs”, entre 400 et 800 de l’ère chrétienne, où elle avait subi diverses attaques ennemies comme le reste de la Grande-Bretagne, pendant l’époque romaine et après le départ des légions de l’Urbs. L’Écosse, au VIIe siècle avait été partagée entre 4 royaumes, souvent en querelle pour des questions territoriales ou pour savoir lequel jouirait d’une supériorité sur les autres. Finalement, les divers peuples qui composaient l’Écosse de ces “siècles obscurs” vont fusionner pour former, en bout de course, un royaume unique d’Écosse. Les étapes suivantes sont mieux connues : on se souvient tous de la lutte de l’Écosse pour conserver sa liberté, sous l’égide de William Wallace qui s’était opposé avec énergie à la rude mainmise anglaise sur le pays.

    L’Écosse : mise hors jeu par des techniques raffinées

    Au XVIIe siècle, la voie vers l’unité de la Grande-Bretagne semblait déjà tracée avec les Stuarts qui étaient rois d’Angleterre et, par union personnelle, aussi rois d’Écosse. Cependant, après les Stuarts, l’annexion de l’Écosse par l’Angleterre allait se faire par des techniques raffinées, mettant hors jeu les Écossais. D’abord, les Anglais menacent de proclamer l’Alien Act, par lequel tous les Écossais vivant en dehors d’Angleterre auraient été considérés comme étrangers et exclus de tout commerce avec l’Angleterre et ses colonies. Ensuite, les Anglais appliquent une technique financière, en créant la Company of Scotland, une société commerciale écossaise, laquelle était flanquée d’un projet, dit “Projet Darien” ; dans le cadre de cette société, on envisageait de créer une colonie exclusivement écossaise à Panama. Le projet échoua de manière catastrophique et ruina complètement les finances du royaume d’Écosse. Acculés à la misère et à la banqueroute, les Écossais n’avaient plus qu’une issue, pour redonner de la stabilité à leur pays : accepter l’Union complète, l’ Act of Union.

    Depuis lors, plus de 300 ans se sont passés et voilà que les héritiers de Wallace remettent en question ce “mariage de raison” entre les deux pays. Il y a déjà de nombreuses années que le processus d’émancipation vis-à-vis du « grand frère anglais » est en cours et constitue un objet de querelle entre les « époux », avec pour corollaire, que la partie écossaise du contrat matrimonial revendique de plus en plus souvent un franc divorce. Fer de lance de cette revendication, le SNP (Scottish National Party) d’Alex Salmond avait fait de celle-ci le point numéro 1 de son programme électoral de 2007. Tony Blair avait senti passer le vent du boulet, en perdant des voix dans une Écosse traditionnellement travailliste, sans compter le ressac qu’il avait subi pour avoir trop manifestement soutenu la politique belliciste américaine en Irak. La défaite de Blair et le pacifisme écossais ont donc contribué à renforcer toutes les tendances favorables à l’indépendantisme en Écosse.

    Les tirades de Blair

    McConnell, un des leaders du parti travailliste en Écosse, avait pourtant adopté un profil fort différent de celui de Blair lors de la campagne électorale calédonienne, mais avait tout de même émis l’opinion que l’Écosse retirait d’énormes avantages de son union avec l’Angleterre. Blair, lui, lança force tirades pour démontrer que les Écossais devraient payer leur éventuelle indépendance fort cher. Mais ni les admonestations de McConnell ni les tirades de Blair n’ont pu modifier l’opinion des Écossais. Taylor, journaliste de la BBC, a commenté la victoire du SNP : « La plupart des Écossais veulent que leur fierté nationale et leur identité se reflètent dans les structures politiques. Beaucoup d’entre eux traduisent ce désir par une volonté d’indépendance ».

    La marche vers l’indépendance a commencé en 1999, lors de la fameuse « dévolution », qui a permis aux Écossais d’avoir leur propre parlement. Les compétences dont bénéficie ce parlement écossais comprennent, pour l’essentiel, tous les aspects de la “domestic policy” (politique intérieure). Dont, notamment, les politiques de l’enseignement, de l’environnement, du transport, du tourisme et de la région proprement dite. Le 30 novembre 2009, exactement le jour de la fête nationale écossaise, ce parlement présente enfin le “livre blanc”, qui résume les desiderata des Écossais, cherchant à obtenir l’indépendance vis-à-vis de toutes les autres composantes du Royaume-Uni. Ce “livre blanc” recadre le processus d’indépendance, tel que l’envisage le SNP, dans un contexte plus vaste, et avance quatre options :

    • 1. Le statu quo.
    • 2. Un élargissement des droits et compétences de l’actuel parlement régional écossais.
    • 3. Une forme d’autonomie qui laisserait aux Écossais presque toutes les compétences d’un État normal, y compris la souveraineté financière et monétaire, à l’exception de la défense et de la sécurité. En avançant ce projet d’autonomie, les Écossais parlent de « dévolution max » (le maximum en matière de dévolution) ou d’ « indépendance light » (“l'indépendance light”).
    • 4. Se détacher complètement de la Grande-Bretagne. Dans ce dernier cas, le SNP veut conserver la monarchie et la livre sterling.


    Le problème : la crise financière

    Le processus vers l’indépendance est toutefois freiné en Écosse aujourd’hui parce que le gouvernement d’Alex Salmond est minoritaire. Toutefois en janvier prochain, un projet de loi sera présenté au parlement écossais, visant l’organisation d’un référendum sur la constitution future de l’Écosse. Deuxième frein au processus d’indépendance : la récession actuelle et la situation financière tendue. Dans ce contexte économique peu favorable, les sondages les plus récents montrent qu’une bonne part de la population écossaise craint que la puissance financière d’une Écosse indépendante, détachée du Royaume-Uni, serait battue en brèche. Ainsi, en 2008, deux grandes banques, la Royal Bank of Scotland (RBS) et la Halifax Bank of Scotland n’ont pu être sauvées que par des injections de capitaux fournis par le trésor britannique.

    Avec cette situation financière considérablement fragilisée pour arrière-plan, on assiste en Écosse aujourd’hui à l’émergence d’une dualité politique. On peut ainsi tracer un parallèle avec la situation d’il y a 300 ans. À l’époque, l’Écosse s’était embarquée dans une aventure financière à Panama, où les risques financiers étaient considérables. La suite ne s’est pas fait attendre : les finances du royaume ont été mises en banqueroute complète. La seule issue avait donc été de s’unir à l’Angleterre. Aujourd’hui, nous devons constater que les finances sont à nouveau ébranlées, conséquence de la crise financière et bancaire mondiale, dans le déclenchement de laquelle la City londonienne porte une très lourde responsabilité. C’est pourquoi beaucoup d’Écossais, même s’ils ont un jour aspiré à un maximum d’autonomie voire à l’indépendance, voient leur salut dans un maintien de l’union avec l’Angleterre. Les conservateurs écossais, par ex., dans les eaux troubles de l’omniprésente crise financière, préfèrent encore et toujours naviguer sous pavillon britannique.

    Malgré cette réticence sur fond de crise, les “dévolutionnistes” ne baissent pas les bras. La majorité des Écossais ne cessera pas de vouloir bientôt vivre le vieux rêve de l’indépendance. Sur le long terme, les angoisses générées par la crise financière ne pourront pas faire taire les aspirations d’un peuple à la liberté. La voie vers l’indépendance de l’Écosse est tracée et rien, me semble-t-il, ne pourra plus l’arrêter.

    ► Dr. Petersen (article paru dans DNZ n°51/2009 ; tr. fr. : RS).

    L'héritage des Clans en Écosse

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    Grâce à Sir Walter Scott et à toute l'armée de ses héritiers, depuis la Reine Victoria jusqu'aux millionnaires texans du pétrole se réclamant d'une vague ascendance calédonienne, le système écossais des clans est généralement perçu aujourd'hui en termes de tartans, de kilts et de chefs vivant à Dallas. Mais le système des clans est davantage que tout ce folklore : il incarne l'idée d'un modèle de relations entre les hommes, entre égaux, entre les égaux et les chefs qu'ils se désignent et entre égaux et le pays qu'ils habitent et enrichissent. Cette idée demeure aussi valable et pertinente aujourd'hui qu'il y a mille ans.

    Car le clan écossais était davantage qu'une simple association d'hommes vêtus de plaid et partageant un même nom. Avant que les romantiques de l'ère victorienne ne l'imaginent, il n'existait rien de semblable au "tartan clanique". Le clan constituait une entité sociale très rare dans l'Europe d'alors : il était une association d'hommes libres, possédant leurs propres terres et élisant leurs chefs.

    Les terres du clan n'étaient pas possédées par un seigneur, ou par le chef du clan, mais par la to­talité de ses membres. Seul le clan en tant que tout pouvait vendre ou céder les terres qui lui appartenaient. Ces terres étaient partagées entre tous les membres par l'assemblée du clan pour le bénéfice de toute la collectivité. Une partie était allouée au chef et à son administration ; une autre aux prêtres (d'abord païens, ensuite chrétiens de rite celtique) ; une autre partie était travaillée en commun et, enfin, une dernière partie était tenue en réserve pour subvenir aux besoins des pauvres, des vieillards et des infirmes. Le reste était partagé de façon telle que chaque membre du clan puisse disposer de son propre lopin à cultiver.

    Solidarité clanique et éligibilité des rois

    clansman.gifChacun des membres du clan payait des impôts au clan de façon à soutenir la communauté et de soutenir les pauvres, les vieux, les malades et les orphelins. Lorsqu'un membre du clan tom­bait malade, il ou elle avait droit, légalement, à de la nourriture et un traitement médical gra­tuits, payés par le clan. Se doter de provisions pour le bien-être de tous les membres du clan, telle était la fonction même de l'institution cla­nique, codifiée dans l'ancienne loi écossaise.

    Le chef du clan n'était pas un suzerain héréditaire mais un chef élu, choisi habituellement mais non nécessairement dans une famille de chefs, lors de l'assemblée de tout le clan. Le chef en titré nommait et formait généralement son successeur, le tanist (du gaélique tanaiste, « second »), qui n'était pas son fils aîné mais la personne qu'il jugeait la plus capable de lui succéder. L'assemblée du clan n'était pas tenue d'entériner ce choix.

    Le même système de tanistry, ou de chefferie élective, se retrouvait à plus grande échelle dans le gouvernement de l'Écosse entière. Cha­cune des six provinces ou mhaorine (intendance) de l'Écosse du haut moyen-âge était gouvernée par un mormaer (mor-mhaer ou Grand Intendant) élu par les chefs des clans de sa province. Il était issu généralement d'une vieille famille d'intendants. Tous les chefs de clan du pays, conjointement aux mormaer et aux évêques de rite celtique, avaient le droit d'élire et de déposer le Ard Righ na h-Alba ou le Grand Roi d'Écosse au cours d'une grande assemblée tenue selon la coutume dans l'ancienne capitale Scone. Les Grands Rois étaient généralement choisis dans les maisons royales de Moray et Atholl mais la dignité de roi n'avait rien d'héréditaire et ne se transmettait pas de père à fils aîné.

    Les hommes et les femmes d'un clan, même humbles, n'étaient nullement serfs et leur chef n'était jamais un despote féodal. Chaque membre du clan avait son mot à dire dans l'élection du chef et détenait une part de propriété dans les terres collectives du clan. Il ou elle disposait de droits clairement définis par l'ancienne et complexe loi celtique. Les querelles étaient réglées par arbitrage devant un breithaemh professionnel, un juge. La peine de mort était rarement prononcée et, le cas échéant, uniquement pour des crimes monstrueux. Les femmes ne l'encouraient jamais. Les jugements barbares par ordalie, les punitions entraînant des mutilations, pratiquées dans toute l'Europe avec la bénédiction de l'Église officielle, étaient inconnues dans la vieille Écosse. La punition la plus terrible et la plus crainte était le bannissement.

    Le christianisme sape le système clanique

    Les femmes détenaient une place élevée dans la société clanique, contrairement à la position subordonnée (« bien meuble » ou « instrument ») que leur assignait l'idéologie chrétienne domi­nante. Toute femme pouvait être élue chef de clan et même conduire son clan à la bataille. Elle demeurait propriétaire de tous les biens qu'elle avait amenés lors de son mariage. Elle pouvait exercer une fonction à égalité avec un homme et elle jouissait de nombreux droits non octroyés ailleurs dans le « monde chrétien ».

    Ce système celtique, unique en son genre, atteignit son apogée vers la moitié du XIe siècle, sous le règne sage et éclairé de MacBeth MacFindlaech, mis en scène plus tard par Shakespeare. La chute de MacBeth en 1057, dont la position fut usurpée par le roi­-marionnette Malcolm Canmore, mis sur le trône d'Écosse par une armée anglaise, enclencha le processus de déclin des clans.

    Ce déclin a eu pour base l'Église chrétienne. Tout comme en Scandinavie, en Écosse, l'Église apporta dans le sillage de ses missions la fin de la liberté et la mort des anciennes et vénérables traditions, apanages d'une nation fière et indépendante. L'Église imposa à l'esprit des hommes une tyrannie totalitaire, à l'ombre du chevalet de torture et des bûchers. L'Église détestait le système clanique parce qu'il interdisait la transmission de terres aux ecclésiastiques et parce qu'il subordonnait la hiérarchie ecclésiale à sa structure propre, chaque espace clanique devant constituer un diocèse dont les membres intervenaient dans la nomination des évêques. Rome suspectait ainsi l'Église celtique d'Écosse de servir de havre à des idées indépendantes et « hérétiques ».

    En Écosse, l'Église, comme une calamité, s'abattit sur le peuple par les intrigues de Mar­garet, l'épouse fanatique et religieuse de Mal­colm Canmore, le roi laquais des Anglais. Ses fils continuèrent son travail de sape. Trois d'entre eux régnèrent sur l'Écosse. Ils importèrent des prêtres et des moines anglais, ce qui contribua à mettre l'Église celtique à genoux.

    Des conceptions étrangères à l'Écosse, comme la primogéniture (l'hérédité du pouvoir et des terres par le fils aîné, indépendamment de ses compétences) et, surtout, l'idée que les terres ne sont pas un héritage collectif inaliénable, appartenant au peuple dans son ensemble, mais une simple propriété qui peut être vendue ou achetée. Dans cette conception, les hommes ne sont plus eux-mêmes que des « biens meubles » et doivent être traités en conséquence (servage et féodalisme). Voilà quelques-uns des principes pervers que l'Église a imposé à la vieille Écosse.

    Les Highlands restent libres…

    Sous le règne des fils de Margaret (et surtout sous David Ier), qui s'emparèrent du pouvoir illégalement, soit par “héritage” tout en déposant le roi élu Donald Ban, des chevaliers normands furent introduits dans le pays pour défendre le roi contre le peuple. Ceux-ci reçurent en octroi des terres écossaises en remerciement de leurs services. Le Roi, selon la loi traditionnelle, n'avait pas le droit de les donner…

    Dans la partie méridionale de l'Écosse, la culture autochtone celtique, avec son système de clan, fut annihilée par une religion étrangère, un système politique étranger, des soldats étrangers et une langue étrangère. L'Église encouragea l'usage de l'anglais à la place du gaélique parce que cette langue était celle des “hérétiques” du rite celtique. L'ère des hommes libres, régis par des lois correctes, fut supplantée par la domination âpre de seigneurs en armures et à cheval, de prêtres étrangers en robe soutenus par une police tonsurée des esprits, sur leurs serfs.

    Seuls les Highlands demeurèrent libres. En 1411, sur le champ sanglant de Red Harlaw, les Highlanders furent sur le point de libérer l'Écosse entière. Hélas, ils connurent l'échec. Un jour humide d'avril 1746, les Highlands finirent par ployer le genou. Les derniers restes du système clanique succombèrent avec eux. La loi étrangère et féodale de la possession personnelle des terres fut imposée au Nord, transformant les chefs de clan en seigneurs héréditaires et leurs clansmen en manants.

    Les mérites des deux systèmes sociaux peuvent se jauger à la lumière de ce qui se passa après. Comme le Dr. Johnson put le prévoir avec justesse, la nouvelle loi transforma les chefs patriarcaux en seigneurs rapaces. Pendant plus de mille ans, sous l'ancien système, les clansmen des Highlands avaient vécu en toute sécurité sur la terre de leurs ancêtres. Après moins de cent ans sous la nouvelle loi, les collines étaient désertées de leurs habitants, chassés par les héritiers non élus de leurs anciens chefs, de façon à faire de la place pour les moutons, décrétés « plus rentables ». Le lien immémorial entre la terre et le peuple venait de se briser. L'ancienne culture et l'ancienne langue furent houspillés, au bord de l'annihilation.

    ► Freiceadan nan Gaidheal, Vouloir n°56-58, 1989.

    (source : The Dragon n°1, 1987, revue éditée par Julie O'Loughlin)

     

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    Écosse“Braveheart” : Un plaidoyer pour une Écosse libre

    « Le courage est le vent qui nous porte vers les rivages les plus lointains ; c’est la clef de tous les trésors, le marteau qui forge les vastes empires, le bouclier sans lequel aucune civilisation ne saurait durer. Le courage, c’est l’enjeu illimité de sa propre personne, c’est l’assaut que l’idée livre à la matière sans se soucier des conséquences. Être courageux, c’est être prêt à se faire crucifier pour une conviction, c’est affirmer, même dans le dernier frémissement des nerfs, même dans le dernier soupir, l’idée dont on vivait et pour laquelle on meurt. Maudit soit le temps qui méprise le courage et les hommes courageux ! » (Ernst Jünger, La guerre, notre mère).

    En 1286, Alexandre III d’Écosse meurt sans héritier. Le pays passe rapidement sous domination anglaise, même si l’immense majorité du peuple écossais s’en insurge en silence. Dix ans plus tard, à la suite de la bataille de Dunbar en 1296 qui conduira à la déposition du roi John Balliol, Edouard Ier d’Angleterre annexe — croit-on définitivement — l’Écosse à l’Angleterre. Mais un homme, William Wallace, interprété par Mel Gibson, va se dresser contre le Roi, et par son courage et son acharnement, changer le cours de l’histoire… Prenant la tête d’une armée de patriotes écossais, il remporte la bataille de Stirling en 1297 et rétablit la souveraineté écossaise. Devenu le héros de tout un peuple, William Wallace sera néanmoins trahi par les nobles écossais et exécuté à Londres en 1304.

    Après Rob Roy [1995], incarné par Liam Neeson, l’Écosse est une nouvelle fois à l’honneur avec une saga pleine de bruits et de fureur. Tournées en Écosse et en Irlande, les scènes époustouflantes de Braveheart nous transportent dans un Moyen-Âge celtique où l’histoire s’accélère par l’inébranlable détermination d’un rebelle. Les scènes de bataille d’une extrême violence sont minutieusement orchestrées. La liberté est au bout de l’honneur et d’une épée à deux mains. Les guerriers-paysans font fi des flèches anglaises et partent à l’assaut aux sons des tambours et des cornemuses.

    En se sacrifiant pour la terre de ses pères, Wallace devient une Figure, celle du Rebelle, du Hors la Loi, du Réprouvé, du Partisan… Il accepte son destin tragique et sauvage avec panache. En devenant une figure atemporelle, il permet à son peuple de se reconnaître en lui à n’importe quelle époque. Wallace est l’homme qui donne le signal de la révolte, qui traque et est traqué. Toujours aux aguets, tel un loup, il emporte sa meute rousse au devant de la mort. « Quelle gloire meilleure pour vous de ne jamais sortir de la mêlée, sinon couverts de lauriers ? Mais est-il une gloire plus haute que de gagner sur le champ de bataille une couronne immortelle ? » (Bernard de Clairvaux s’adressant aux Templiers).

    La renaissance celtique est bien présente. La musique et l’image en sont les supports. Point de longs discours que personne n’écoute mais un souffle vivifiant qui vient vous flatter l’âme. Faut-il mourir, quand il le faut, pour un idéal, ou du “Produit National Brut”. Braveheart, assurément, ne déplaira pas aux militants du Scottish National Party, luttant depuis 1934, pour une Écosse libre et indépendante. « Les images du mythe doivent être les anges gardiens invisibles mais omniprésents sous la protection desquels la Jeune âme grandit, sous le signe desquels l’homme donne un sens à sa vie et à ses luttes » (Nietzsche).

    ► Stéphane Fouquet, Nouvelles de Synergies Européennes n°14, 1995.

     

     

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    L'église monacale irlando-écossaise, concurrente nord-européenne de Rome

     

    cross10.gifNos contemporains savent, généralement, que le christianisme nous est venu du sud, de Rome ; et aussi que des moines-missionnaires sont venus d'Irlande à partir de la fin du VIe siècle. On connait également le nom de quelques-uns de ces moines, comme Patrick, Colomban et Winfrith-Boniface ; de même que le nom de quelques monastères, comme celui de Bangor, près de Belfast, d'Iona et de Lindisfarne sur les côtes occidentales et orientales de l'Écosse. En revanche, on sait moins, aujourd'hui, que tout un réseau de petites communautés monastiques irlandaises s'était installé en Europe du Nord et aussi en Europe centrale ; et on ne sait pas trop comment le christianisme est arrivé en Irlande ni qui l'y a apporté. Ce n'est que depuis quelques années que l'on a commencé des recherches sérieuses, précises et scientifiques pour attester les indices ou les suppositions des archéologues qui nous ont précédés.

    On admet généralement que c'est Saint Patrick qui a apporté le christianisme en Irlande. Or, lors de son premier séjour dans la Verte Eirinn, en 412, il rencontre déjà des chrétiens. Dans le plus ancien manuscrit de sa Vita, on trouve cette phrase : « Je ne cherche pas à m'approprier le travail de mes prédécesseurs ».

    Pelagius contre Augustin

    Vers 400, un jeune érudit irlandais, Pelagius, enseignait et prêchait à Rome. On sait qu'il s'est rendu à Carthage, sans doute pour y rencontrer Augustin, et puis, on perd sa trace. Dans sa théologie, il avait osé contredire le Père de l'Église, Augustin. Il enseignait que les hommes n'avaient pas tous été corrompus et perdus par la chute d'Adam, qui avait entraîné le péché originel. Pour Pelagius, le péché trouve plutôt son origine dans la volonté humaine, de même que le bien, la bonté. L'homme est donc libre et responsable de suivre ou l'exemple d'Adam ou celui du Christ. La cas de Pelagius prouve qu'en Irlande, on se préoccupait intensément de théologie chrétienne et qu'on y avait déjà fondé des écoles où l'on débattait de ces questions. Pelagius était certes un “marginal” ; ses attaques contre l'Église de Rome ont provoqué la dite “dispute pélagienne” qui s'est poursuivie jusqu'en 529, d'abord avec virulence, ensuite sur un ton atténué. Rome en est sortie victorieuse.

    Autre indice tendant à prouver que le christianisme avait acquis des formes fixes en Irlande dès la moitié du IVe siècle : l'œuvre de Saint Ninian. Né vers 360 en Bretagne (= Angleterre actuelle), Saint Ninian passa quelque quinze années à Rome, où il fut sacré évêque. Après un séjour à Tours, sur les rives de la Loire, il retourna dans son pays et fonda le monastère Candida Casa sur la presqu'île britannique de Withorn, juste en face de Belfast en Irlande. Ce monastère se trouvait donc dans une région de l'actuelle Écosse qui était celtique et picte et se trouvait bien au-delà de la frontière septentrionale du territoire britannique occupé par les Romains. Ninian était fidèle à l’Église de Rome. Son monastère, le premier de ce genre dans la région, exerça une profonde influence sur le pays, comme l'attestent les sources, et aussi sur l'Ouest, c'est-à-dire sur l'Irlande. Mais, réciproquement, la future Angleterre reçut d'Irlande bon nombre d'influences fécondes ; la règle des monastères s'y imposa, alors qu'auparavant, elle était inconnue en Angleterre ; de même, de nombreuses particularités liturgiques et de règles simples, ayant trait à la vie quotidienne. Le monastère Candida Casa devint ainsi une sorte de base irlandaise sur le territoire britannique. On y formait des prêtres et des clercs, qui essaimèrent pendant cent ans et fondèrent d'autres monastères.

    Un monachisme d'origine égyptienne ?

    Le christianisme s'est répandu en Irlande par l'essaimage de communautés monastiques. Comme le pays est petit, ces communautés furent rapidement connues de tous et les moines n'eurent plus besoin de sillonner le pays pour missionner le peuple. Bientôt, chaque clan avait son monastère et les moines accomplissaient toutes les tâches dévolues aux hommes d'Église. C'est la raison pour laquelle on parle d'une église monacale irlandaise. Reste la question : comment ces moines sont-ils venus en Irlande ?

    Aux débuts du monachisme chrétien, nous trouvons le monachisme égyptien, né vers le milieu du IIIe siècle. Croyant que la fin du monde était proche, que le Jugement de Dieu était imminent, certains chrétiens avaient décidé de vivre une vie ascétique, de fuir le monde, moins par souci du salut personnel que par volonté de servir d'exemple pour la communauté toute entière et la représenter ainsi, pauvre et détachée des biens terrestres, devant Dieu. Ce monachisme présentait, dès ses débuts, deux tendances, le monachisme individuel, érémitique, et le monachisme communautaire, soumis à des règles très strictes de vie en commun. Le tout premier monastère, celui de Tabenisi, a été fondé en 320 sur une île du Nil. De là, sans cesse, des équipes de sept moines partaient pour fonder ailleurs une nouvelle communauté monastique. Cette conception du monachisme est arrivée en Occident à la fin du IVe siècle ; elle a aussitôt été combattue avec vigueur, ce qui l'a obligée à subir de multiples transformations.

    Rôle primordial de l'Abbé

    Curieusement, le monachisme irlandais présente des caractéristiques, perdues ailleurs en Occident, au cours de la transformation / altération des règles égyptiennes-orientales dans l'orbite romaine-occidentale. Seulement en Irlande, l'Abbé détient la plus haute dignité : les évêques consacrés lui sont subordonnés. Ensuite, dans l'art des enluminures, apanage des monastères irlandais, nous retrouvons des motifs issus du monachisme égyptien, des scènes de la vie de Saint Antoine, qui distribue ses biens et s'en va dans le désert pour mener une vie d'ermite, des éléments décoratifs typiquement coptes, comme les paupières des personnages peintes en noir ou des manières coptes de lire les textes bibliques. L'Évangile de Jean joue en Irlande un rôle important, comme en Orient, tandis qu'à l'Ouest, les Évangiles synoptiques sont mis à l'avant-plan. Quand on examine les légendes, on découvre le récit de sept moines égyptiens qui fondent un monastère, puis périssent martyrs, ce qui expliquent qu'on les ait représentés sur le socle d'une haute croix.

    Tous ces éléments, ajoutés à d'autres encore, nous permettent d'avancer l'hypothèse d'une christianisation de l'Irlande et d'une constitution d'une église monacale irlandaise par des moines venus d'Orient, qui auraient contourné le continent. Ces moines seraient arrivés directement par mer, en empruntant des navires marchands, venus en Irlande pour y chercher de l'or, du cuivre ou de l'étain.

    Le monachisme irlandais, une christianisation du druidisme ?

    Ce qui étonne, c'est que cette christianisation de l'Irlande n'a pas coûté de martyrs. Sans résistance, les Irlandais passaient au christianisme ou restaient païens. Les prêtres celtiques, c'est-à-dire les druides, les grands sages, se convertissaient, ce qui est en somme bien compréhensible, puisqu'ils auraient été une secte, venue, elle aussi, d'Orient. Les Druides connaissaient aussi la coutume de quitter leur communauté initiale à sept pour aller officier en un autre lieu sacré. En passant au christianisme monacal oriental, les Irlandais ne devaient pas abjurer leurs dieux et leurs déesses celtiques ni abandonner leurs coutumes : il leur suffisait de les intégrer. Divinités et coutumes celtiques ont été assimilées à des coutumes ou des saints chrétiens ; dans leurs prophéties et leurs visions, les Druides les plus élevés dans la hiérarchie, comparent leurs lieux sacrés (bosquets, bois, sources, etc.) à ceux de la Terre Sainte, comme si la religiosité celtique avait précédé la religiosité chrétienne !

    Cette tolérance a fait que pendant plusieurs siècles, les moines ont recopié, dans les monastères irlandais, les vieux mythes et les anciennes légendes celtiques. C'est ainsi que nous avons pu les conserver. Il est également intéressant de noter que la coiffure des druides l'avant du crâne rasé et l'arrière de la chevelure longue et pendante  a été adoptée par les moines irlandais.

    Saint Patrick, personnage moins important qu'on ne l'a cru ?

    L'église monacale irlandaise s'est développée très vite et Rome n'a pas pu s'y opposer. Raison pour laquelle, plus tard, elle a monté en épingle la personnalité de Saint Patrick et lui a attribué la christianisation de l'Irlande. De Saint Patrick, nous savons qu'il est né en 390 en Bretagne romaine et que, pendant ses jeunes années, il a été enlevé par des pirates et amené en Irlande. C'est à cette époque qu'il semble s'être tourné vers le christianisme. Il s'enfuit ensuite en Gaule, poursuit sans doute son voyage vers l'Italie, où il reçoit sa formation de prêtre. En 432, il débarque en Irlande, plus précisément en Ulster, dans le Nord-Est de l'île. Dans cette région, se trouve la colline de Tara, où l'ensemble des clans celtiques avait coutume de se rassembler. Patrick entame sa mission au nom de l'église de Rome, mais, apparemment, sans succès. Il n'aurait réussi qu'à se gagner les faveurs du Grand Roi d'Armagh, car dans le livre d'Armagh, nous trouvons sa Vita. Autrement, rien ne rappelle son souvenir. Il n'a pas réussi à fonder de monastère ni de communauté chrétienne. Et il n'a pas eu de successeur. Dans sa Vita, on raconte qu'il a étendu le christianisme "jusqu'à la limite au-delà de laquelle plus aucun homme ne vit". Selon toute vraisemblance, cela ne peut concerner que l'île d'Eirinn (Hibernia). Patrick meurt en 462.

    Brendan en Amérique ?

    Dans un écrit du VIIIe siècle, le Catalogus Sanctorum Hiberniae, dans lequel on trouve beaucoup de détails concernant l'église monacale irlandaise, on parle des monastères et de leurs fondateurs. L'Ile était recouverte de monastères, dont beaucoup étaient des écoles de haute spiritualité. En concordance avec la culture celtique-chrétienne, ce serait Sainte Brigit qui aurait fondé le célèbre monastère féminin de Kildare au Ve siècle. À proximité, se trouvait un monastère masculin ; elle les dirigeaient tous les deux en tant qu'Abbesse vers 500. Au même moment, Saint Brendan fonde Clonfert. Celui-ci nous a laissé le récit d'un long voyage sur l'océan, que l'on avait toujours pris pour de la pure fantaisie, jusqu'au moment où l'on s'est aperçu qu'il contenait des observations et des descriptions très précises en matières de navigation et de géographie. Cette précision atteste que des moines irlandais, sans doute à la recherche du pays des Bienheureux, ont sans doute atteint l'Amérique, en passant par l'Islande et le Groenland.

    Puisque la christianisation de l'Irlande a été le fait de moines qui s'y sont fixés en communautés monastiques, les chrétiens qui habitaient les villages environnants appartenaient également au monastère. Dans les villes seulement, on devait célébrer des offices ailleurs que dans les monastères. Selon les vieilles règles coutumières et claniques des Celtes, l'Abbé ou l'Abbesse était propriétaire des terres et de la fortune du monastère. Or le territoire couvert par un monastère pouvait souvent avoir la taille d'une principauté. C'était les chefs de tribus qui confiaient leurs terres ou une partie de leurs terres aux moines. Raison pour laquelle ils réclamaient pour eux-mêmes la dignité d'Abbé, et la transmettaient de génération en génération. Les moines devaient obéissance à leur Abbé ou à leur Abbesse, comme les simples membres d'un clan à leur chef.

    La configuration des monastères variait selon son importance ou selon la région où il se trouvait. Au centre du complexe architectural, il y avait toujours le bâtiment où l'on célébrait les offices religieux. Autour de celui-ci se regroupaient sans ordre précis les cellules monacales et les habitations. Parfois, toute la petite agglomération est entourée d'une palissade ou d'un mur de protection. Généralement, il y a également une tour, pourvue de cloches. Les bâtiments sont en bois ou en torchis (branchages recouverts de terre séchée). Le cimetière est hors les murs et toujours entouré d'une palissade ou d'un mur. Le chemin qui y mène est entouré de croix de bois ou de pierre.

    On entre au monastère entre l'âge de 15 et 17 ans. On y passe d'abord 3 années de probation. Les moines prennent en charge l'éducation et l'enseignement. L'idéal ascétique des moines égyptiens ne s'est pas imposé d'emblée. Le célibat, par ex., ne s'est imposé qu'après de longues disputes vers la fin du VIIe siècle. À partir de cette époque, les contraventions aux règles monacales sont punies de lourdes peines ; dans les locaux du monastère, les moines doivent garder le silence absolu.

    Le pain est la nourriture principale. L'eau, la seule boisson tolérée. Ce n'est qu'après de longues décennies de querelles que des règles nouvelles acceptent la bière et, plus rarement, le vin. Pendant les périodes de jeûne, la nourriture est encore plus chiche. Mais, en contrepartie, les moines, y compris leur Abbé, doivent être autonomes et produire eux-mêmes leur nourriture. Les moines doivent donc travailler la terre et élever du bétail, filer et tisser, confectionner leurs vêtements, fabriquer des meubles et des outils. On ne sait pas grand'chose des règles du culte à cette époque, sauf que le jeudi saint, les moines se lavaient mutuellement les pieds et qu'au jour de Pâques, on pratiquait le vieux rite de bouter le feu au “bûcher pascal”. Enfin, comme chaque tribu ou clan avait son propre monastère, chaque monastère avait ses propres coutumes et ses propres fêtes religieuses.

    Textes antiques et légendes celtiques

    Le travail intellectuel qui s'effectuait dans les monastères irlandais, consistait à approfondir les éléments de la foi chrétienne mais aussi et surtout à transmettre le savoir de l'antiquité classique, sur base des manuscrits disponibles, ainsi qu'à transcrire l'héritage oral des Celtes. Dans les enluminures, qui sont parmi les plus belles du monde, nous retrouvons des symboles de la vieille Irlande celtique et de l'Orient. Dans les arts plastiques, ces symboles sont également très présents (Croix ; grandes croix irlandaises ou celtiques). Le latin est langue d'église, de science et d'écriture ; la langue quotidienne celtique, elle, n'a jamais été éradiquée.

    Columcille et Iona

    L'expansion vers l'Est de l'église monacale celtique-irlandaise a commencé à partir d'Iona en Écosse. Ce monastère avait été fondé par Columcille, que l'on appelle aussi Colomban l'Ancien. Columcille descendait d'une famille illustre ; il est né en 521 et, dès l'âge de 15 ans, reçoit une formation dans plusieurs monastères. Les chroniques le décrivent comme un homme de haute stature, de grande intelligence, animé par un fougueux enthousiasme pour sa foi, comme un excellent poète et un bon copiste de textes anciens. Vers l'âge de 30 ans, il quitte son monastère avec sept compagnons pour fonder de nouveaux monastères en Irlande. Là-bas, il eut une idée audacieuse qu'il mit aussitôt en pratique : en 563, il traverse la mer en direction de l'île de Hy (hy = île), située en face de la grande île de Mull sur la côte occidentale de l'Écosse. Pour Columcille, Hy était la porte vers la Bretagne ex-romaine et le Continent, tout en étant suffisamment isolée pour pouvoir y servir Dieu dans la paix et la sérénité. Dans d'autres chroniques, on apprend qu'il aurait été mêlé à un bain de sang, perpétré par un roi irlandais, et que c'est la raison principale de sa fuite.

    Imitation de Saint Antoine

    Pour comprendre cette attitude, il faut savoir que l'une des caractéristiques essentielles du monachisme irlandais est de suivre l'exemple de Saint Antoine, qui consiste à partir dans le désert, s'éloigner de sa patrie, de tout ce que l'on aime et de tout ce qui est familier, pour expier ses péchés et pour ne plus se consacrer qu'à Dieu ; mais aussi, dans la foulée, à convaincre d'autres personnes d'imiter cet exemple et de mener une vie de sainteté. Dans ce sens, les moines doués étaient sollicités par deux appels contradictoires : partir vers un pays lointain mais demeurer à l'abri du monde, sur une île par ex., et d'y fonder un monastère tout en militant pour la conversion des autres. Derrière cette pratique religieuse, nous retrouvons l'antique coutume d'exclure les malfaiteurs ou ceux qui ont, par leurs actes ou par leurs omissions, jeté le discrédit sur la communauté ou entaché son honneur ; les “bannis” sont ainsi envoyés vers des contrées inhabitées. Columcille, bien sûr, n'était pas un malfaiteur, car son départ n'a pas été secret et s'est fait avec l'appui de sa communauté. Mais il se sentait coupable. À l'île qu'il s'est choisie, il donne le nom d'Iona, mot hébreu signifiant la colombe. Son nom “Columcille” signifie en langue celtique “colombe de l'Église” ; ce n'est pas son nom d'origine, mais celui qu'il a acquis et légué à la postérité.

    Columcille et ses moines ont rendu l'île fertile et habitable ; ils y ont construit une église en bois ; puis des bâteaux avec l'aide d'habitants du pays. Les moines assurent par la suite l'éducation des enfants et prodiguent des soins aux malades. L'île, désormais habitable, attire des colons. La vie du monastère s'épanouit. Mot d'ordre : le travail est prière et la prière est travail. Les missionnaires issus d'Iona partent chez les Pictes, qui ne connaissaient encore rien du christianisme, puis vers les Orkneys et les Shetlands, vers l'Islande. En 583, Columcille couronne le premier roi des tribus pictes unifiées. Iona hérite du savoir de la “Candida Casa” de Withorn et devient de la sorte le berceau de la chrétienté écossaise. Raison pour laquelle on parle d'“église monacale” irlando-écossaise. Quand Columcille meurt en 597, après 34 années de travail, des monastères ont été fondés dans le sud de l'Angleterre ; sa réputation a atteint les Francs de Gaule, les Wisigoths d'Espagne et les Lombards.

    Destruction et reconstruction d'Iona

    Après la mort de Columcille, son œuvre est poursuivie par des moines issus d'Irlande, jusqu'en 806 où l'île est attaquée par les Vikings qui détruisent le monastère. L'île sacrée devient alors une île des morts : en souvenir de son importance capitale, le premier roi du Royaume-Uni des Pictes d'Écosse s'y fait inhumer en 860. Par la suite, Iona, pendant plus de 200 ans, devient le cimetière des rois de cette contrée septentrionale d'Europe. Dans ce cimetière royal, le Reilig Odhrain, nous trouvons les tombes de 48 rois écossais, 4 rois irlandais et 8 rois norvégiens ; parmi eux : Duncan et son meurtrier Macbeth. Quand, au début du XIIIe siècle, s'établissent à Iona une abbaye bénédictine et un couvent de pères augustins, c'en est fini de la tradition irlandaise. Mais en 1938, quelque 150 hommes et femmes fondent la Iona Community sous l'égide du prêtre-ouvrier Macleod de Glasgow, qui, grâce à des dons, a entrepris de reconstruire l'Abbaye de Columcille.

    ► Johanna Beck, Combat païen n°20, 1992.

    (texte issu de Mensch und Maß n°4/XXVII [23.2.1987])

     


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