• US Army

    US ArmyMutations et transformations dans l’armée américaine

    D’importantes transformations s’annoncent au sein de l’armée américaine. C’est le New York Times qui nous en informe, en faisant référence à des officiels du Pentagone, dont le journal ne révèle évidemment pas les noms. D’après ces informations le ministre de la défense Chuck Hagel est en train de planifier une réduction importante du personnel de l’US Army. Les effectifs seraient ainsi réduits à 490.000 militaires, au lieu du maximum de 570.000 hommes que l’armée avait comptés immédiatement après les attentats du 11 septembre 2001. En 2011, la moyenne avait été de 560.000. Pour l’avenir, Hagel souhaiterait encore une réduction, pour tomber à 450.000 ou 440.000 soldats : ces chiffres seraient les plus bas depuis 1940. Le ministère de la défense viserait essentiellement, par son plan d’épargne, les forces aériennes. Le budget général des forces armées américaines est de 600 milliards de dollars. Dans ce cadre, la mise en œuvre d’une flotte d’avions de combat A-10 serait définitivement arrêtée.

    Mais malgré cette réduction très importante du personnel militaire, les forces armées américaines resteraient parfaitement opérationnelles. Cependant, en cas de maintien de longue durée sur de multiples terrains d’opération, comme l’Afghanistan ou l’Irak, l’armée buterait rapidement sur des limites. “Il faut toujours être bien équipé mais cela n’a aucun sens de conserver d’importantes forces au sol si l’on ne mène pas une guerre sur le terrain”, écrit le New York Times, en citant un représentant du Pentagone. Il n’y aura cependant aucune modification dans la flotte des porte-avions (onze bâtiments), qui sera toujours prête à assumer des missions à l’étranger.

    Le projet de Hagel reflète la ré-orientation de la politique de défense américaine après les guerres d’Afghanistan et d’Irak qui n’ont pas été de francs succès. C’est la raison pour laquelle, écrit le New York Times, il faut dorénavant “amorcer une nouvelle voie américaine”, qui pariera de plus en plus sur les forces spéciales et sur la guerre électronique. Barack Obama, a parié déjà depuis longtemps, depuis son accession à la présidence, sur l’utilisation de drones, surtout en Afghanistan, au Pakistan et au Yémen. Cette évolution spécifique dans l’art de la guerre se poursuivra dans les années à venir. De même, on assistera, de plus en plus souvent, à des opérations subversives menées par les forces spéciales de l’US Army dans des pays comme la Syrie ou l’Iran.

    ► Bernhard Tomaschitz, zur Zeit n°9/2014.

     

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    US ArmyLa nouvelle stratégie du Pentagone

    Le secrétaire américain à la Défense, Léon Panetta, retire deux des quatre brigades américaines d’Europe et se prépare à les transférer vers la zone du Pacifique

    Le gouvernement d’Obama va retirer deux des quatre brigades de l’armée américaine déployées en Europe. Le but de ce retrait est évident : épargner quelque 487 milliards de dollars sur le budget de la défense au cours des dix prochaines années, en demandant aux Européens de payer la différence, comme dans le cas du bouclier anti-missiles que Washington a imposé au Vieux Continent, tout en déplaçant les troupes américaines vers la région d’Asie-Pacifique. 

    La nouvelle a été annoncée par le secrétaire à la Défense, Léon Panetta, qui a également fait connaître la décision américaine de retirer environ 7.000 militaires sur les 81.000 hommes que comptent les forces d’occupation en Europe, tout cela dans le cadre de la nouvelle stratégie de la défense et dans celui des mesures d’austérité qui frappent aussi le budget du Pentagone.

    « Lors des colloques que nous avons eus avec les Européens, nous avons expliqué qu’il s’agira dorénavant d’une présence américaine selon un principe de rotation, par lequel on mènera les futures manœuvres », — a précisé le chef du Pentagone, qui se faisait interviewer à Fort Bliss au Texas. « En réalité — a-t-il ajouté — nous ne verrons plus beaucoup de soldats américains en Europe, vu les dispositions prises dans le cadre de la nouvelle stratégie, parce que les brigades qui y sont en principe casernées combattent en réalité en Afghanistan et ne sont donc pas présentes. Nous aurons donc 2 brigades complètes en Europe, plus une présence plus importante mais selon le principe de la rotation ». D’après ce que nous rapporte le New York Times, les États-Unis retireront encore une autre brigade d’Allemagne, au fur et à mesure que se concrétisera la nouvelle stratégie et que les opérations se focaliseront sur la zone de l’Asie-Pacifique. Déjà en 2004, le gouvernement de Bush avait demandé à ce que le nombre de brigades de combat en Europe soit réduit à deux mais, l’an dernier, le gouvernement d’Obama avait décidé tout de même d’en maintenir trois. 

    Obama est donc revenu en quelque sorte sur ses pas et a décidé de ne plus laisser qu’une seule brigade en Allemagne et une autre en Italie, notamment la 173ème Brigade aéroportée, basée à Vicenza.

    Le redimensionnement des brigades américaines installées en Europe s’inscrit bel et bien dans le plan du Pentagone de réduire l’armée : des 560.000 militaires qu’elle compte actuellement, elle devra n’en conserver que 490.000, selon les dispositions prises par la nouvelle stratégie de la défense qui requiert des forces plus réduites, plus rapides et plus agiles ; en outre, on sait déjà que les forces armées américaines, dans un futur imminent, focaliseront leurs efforts sur les régions asiatiques pour contrebalancer une Chine en croissance rapide et constante, une Chine qui est en train d’investir dans les sous-marins, les avions de chasse et les missiles de précision. Le redimensionnement des deux brigades conduira à une réduction d’environ dix à 15.000 hommes sur les 80.000 présents actuellement, tous services compris, sur le théâtre européen. Le gouvernement d’Obama, souligne le Washington Post, a choisi cette option parce qu’elle est susceptible de générer moins de protestations au Congrès que si l’on avait opté pour une réduction des bases militaires aux États-Unis mêmes, car cela aurait eu des répercussions sur les économies locales qui se sont développées autour des bases. 

    Panetta n’a toutefois pas mentionné lesquelles des 4 brigades, actuellement déployées en Europe, le Pentagone allait réellement retirer mais, dans le passé, les autorités militaires américaines avaient élaboré des plans pour que soient retirées les 170ème et 172ème brigades d’infanterie, casernées en Allemagne à Baumholder et Grafenwöhr. Le responsable de la Défense n’a pas davantage parlé du calendrier de ce redéploiement ni expliqué si les unités rappelées d’Europe rentreraient dans les bases américaines ou seraient complètement rendues inactives. 

    Le Général Mike Hertling, commandant l’armée américaine en Europe, a précisé « qu’il y aura davantage de possibilités pour ces forces de recevoir leur instruction et de participer à des manœuvres communes avec nos alliés européens ». Le général a ensuite déclaré être « optimiste », et qu’il croyait que « la nouvelle approche contribuera à renforcer les alliances et les forces ». Mais il n’a pas spécifié quelles unités de l’armée seront impliquées dans le changement.

    La nouvelle stratégie de Washington paraît fort semblable à celle décidée en 2001 par le Président républicain de l’époque, George W. Bush, pour pouvoir mener à bien les invasions de l’Afghanistan et de l’Irak. Mais avec une différence : à l’époque, Bush avait augmenté le budget de la Défense tandis qu’Obama a l’intention de le réduire. Toutefois le retrait des troupes américaines annoncé par Obama s’inscrit dans le plan qu’avait exposé Hillary Rodham Clinton au courant du mois d’octobre dernier dans les pages de la revue Foreign Policy. Il s’agissait de renforcer le contrôle de la région d’Asie-Pacifique dans le but de faire pièce à la croissance économique et militaire du Dragon chinois. Les présidents américains se succèdent au fil du temps mais les finalités de l’Empire “Stars and Stripes” demeurent invariablement les mêmes.

    ► Andrea Perrone, Rinascita, 14 janvier 2012.

     

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    Sur l’état de l’armée américaine

    ◘ Synergies européennes - Bruxelles/Anvers - juillet 2007

    arton110.jpgLa situation militaire internationale ne s’est guère modifiée au cours de ces quelques dernières années. Cependant, certains chiffres nous étonnent, qui sont révélés par les rapports annuels de centres de recherches aussi célèbres et performants que l’Institute for Strategic Studies britannique (IISS) ou le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) suédois. Ainsi, nous apprenons que les États-Unis disposent certes de forces armées dont les effectifs avoisinent le demi-million d’hommes, que seule la Chine aligne des effectifs plus impressionnants, avec 2,3 millions de combattants potentiels. Mais les chiffres absolus ont leurs limites. Lorsque l’on porte en compte bon nombre d’autres facteurs, la supériorité des forces armées américaines s’avère bel et bien une réalité incontournable. Comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement ? À eux seuls, les États-Unis font près de la moitié (45,6 % exactement) de tous les budgets militaires du globe. La seconde puissance dans le classement est la Grande-Bretagne, suivie de près par la France et la Chine. On remarquera tout de suite que ces numéros 2, 3 et 4 dépensent chaque année un budget qui demeure plus ou moins dans le cadre raisonnable de leur produit national brut. Ce n’est évidemment pas le cas des États-Unis qui, en termes de chiffres, dépassent de 60 % la moyenne mondiale des budgets militaires. Voilà pour la théorie.

    En pratique et sur le terrain…

    Que fait-on en pratique avec des forces armées aussi impressionnantes ? Là, en examinant la réalité, on tombe sur un tout autre son de cloche. La situation se révèle plus complexe, et aussi plus nuancée. Bon nombre de fondamentaux y jouent un rôle, tant en politique intérieure qu’en politique extérieure ; ces fondamentaux sont jouets aux mains d’intérêts économiques et donc politiques, mais l’essentiel, toutefois, c’est que les conflits menés en Irak et en Afghanistan exercent une pression énorme sur l’armée américaine. Les États-Unis, constate l’un de nos analystes, « consacrent désormais, en termes absolus, le plus gros montant jamais engagé en matière de défense depuis la seconde guerre mondiale ». Et il poursuit son raisonnement : « Pourtant, malgré cette injection considérable de fonds, il semble que l’armée américaine soit épuisée par l’irruption, sur le terrain, de toutes sortes de révoltés et d’insurgés, qui ne sont armés que d’AK-47, de grenades et de bombes artisanales ». Assertion qui ressemble certes à une boutade. Mais il y a là un fond de vérité, que l’on ne saurait nier. Il n’y pas un jour qui passe, en effet, sans que l’on entende des rapports inquiétants sur la situation en Irak. Il y a quelques jours, les Afghans reprochaient aux Américains leur manière d’intervenir et de régler des problèmes de terrain, sans se soucier des dégâts collatéraux. Les critiques de leurs alliés afghans étaient claires et nettes : « vous n’y allez pas avec le dos de la cuiller et c’est intolérable ». Un grand nombre de victimes civiles venaient en effet de périr lors d’interventions de l’US Army. Force est dès lors de constater que les difficultés d’aujourd’hui sont le résultat de choix pris hier et avant-hier.

    L’ancien ministre américain de la défense, Donald Rumsfeld, était un homme de fortes convictions. Il voulait que l’on investisse dans des armes de haute technologie, dans des systèmes de reconnaissance et dans le traitement de données. La vitesse des interventions, la précision des frappes et l’efficacité générale permettraient, toutes ensemble, d’éviter d’aligner une armée de masse. Mieux : après les attentats du 11 septembre, il y près de six ans, le leadership américain devait assurer sa suprématie en visant le consensus. Qui fut obtenu. On parvint ainsi, avec succès, à chasser les talibans du pouvoir, puis, sans un consensus équivalent, à occuper rapidement l’Irak tout entier. Mais dès le lendemain de ces succès apparemment foudroyants, les problèmes ont commencé à surgir et à se multiplier. Les unités militaires, qui se montrèrent si rapidement victorieuses dans les conflits de haute intensité grâce à leurs technologies de haut vol, s’avérèrent bien incapables d’occuper correctement le terrain conquis. Aujourd’hui, cela saute aux yeux : l’armée américaine est aujourd’hui victime de son propre passé. Après la guerre du Vietnam, elle s’est concentré sur l’éventualité d’un seul « grand conflit », sans vouloir s’imaginer qu’une conflictualité future pouvait prendre le visage d’une multitude de petits conflits, engendrant autant de chaos intenses mais localisés. L’erreur d’appréciation a donc été la suivante : les responsables de l’US Army ont cru que les unités militaires capables de résoudre le « big bang » du « grand conflit » envisagé, alors être ipso facto capables d’intervenir avec autant d’efficacité dans les conflits de basse intensité. Pendant de longues années, les troupes américaines se sont entraînées pour réussir de beaux sprints. Hélas pour elles, elles sont aujourd’hui engagées, malgré elles, dans un long et épuisant marathon.

    Une loi d’airain…

    En dépit de l’entraînement des hommes et des techniques utilisées, il existe une loi d’airain : celle des chiffres. La façon moderne de mener la guerre se concrétise sur base de rapports (de proportions) qui, au préalable, doivent être bien pensés et conçus. Ainsi, sur 50 brigades de combat de l’US Army, en moyenne 17 peuvent être rendues immédiatement opérationnelles (ce qui donne plus ou moins un rapport de 2 :1). Mais depuis l’envoi de 5 brigades supplémentaires en Irak, le nombre de brigades engagées à l’extérieur du pays est de 25. Certaines de ces brigades ne se voient octroyer qu’un repos d’un an, après un « tour of duty » de 15 mois (rapport : 0,8 :1). En comparaison, les Britanniques tiennent à respecter un rapport de 4:1, soit au moins 2 années de repos après un engagement de 6 mois. Les responsables de l’armée britannique estiment que c’est là un minimum absolu. Les Américains subissent donc les effets de leur forcing : le nombre de vétérans qui souffrent de problèmes psychiatriques augmente dans des proportions inquiétantes.

    Quelle est dès lors la morale à tirer de cette histoire ? Les États-Unis ont besoin d’une armée aux effectifs beaucoup plus nombreux qu’actuellement. D’où question : comment réaliser cela en pratique ? Les forces terrestres, composante le plus importante de l’ensemble des forces armées américaines, alignent aujourd’hui 507.000 hommes. En 2001, il y en avait 482.000 et en 1980, 780.000. Augmenter les effectifs en des temps de haute conjoncture n’est pas une sinécure ! Surtout que la réintroduction de la conscription n’est pas considérée comme une option envisageable. Les unités qui restent aux États-Unis manquent de matériels et de moyens, doivent sans cesse se rationner : signe de déséquilibre patent. « Toutes ces lacunes », remarque un expert, « rappellent les canaris qui mourraient dans les mines de charbon : ils annonçaient l’imminence d’une catastrophe ».

    ► M., article paru dans ‘t Pallieterke, 4 juillet 2007.

     

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    Robert Kagan, Charles Krauthammer et Victor D. Hanson,

    Théoriciens actuels de l'impérialisme américain

     

    Les États-Unis, missionnaires de Dieu sur la Terre

    819e2b10.jpgLes nouveaux prophètes d’un néo-darwinisme entre les États sont des historiens, des essayistes et des journalistes. Dans leurs écrits, ils annoncent l’avènement triomphal, en Amérique et dans le monde, de la loi du plus fort. Dans les travaux de Robert Kagan et de Charles Krauthammer, on découvre qu’une euphorie américano-centrée s’affirme tout de go, spéculant sur les retombées du 11 septembre 2001. Le néo-darwinisme en politique internationale est le frère cadet du néo-darwinisme économico-social, déjà bien présent sur la scène internationale. Ses prophètes ? Les intellectuels qui, par leurs écrits, donnent du poids et une dignité théorique à la “brutalité de la praxis”, suggérée par le néo-conservatisme américain actuel. Ce sont des intellectuels de “droite” quand ils le veulent, ou qui ne se posent pas d’emblée comme tels s’ils veulent être plus insidieux. Ils écrivent généralement dans les colonnes du Washington Post. Ces historiens, essayistes et journalistes annoncent l’avènement triomphal, en Amérique et dans le monde, de la loi du plus fort, de celui qui s’adapte au mieux aux lois de la survie. Cette idéologie constitue un virage à 180 degrés par rapport à leurs homologues d’il y a une quinzaine d’années qui débattaient d’un possible déclin de l’Amérique.

    L’une des coryphées du néo-darwinisme est sans conteste possible Robert Kagan, dont l’ouvrage emblématique le plus récent en langue italienne est Paradiso e potere, America e Europa nel nuovo ordine mondiale (ce livre a été édité chez Mondadori en Italie). Cet essai, désormais célèbre, est en réalité un opuscule assez banal et insignifiant, écrit rapidement, sur base d’un article, préalablement paru dans la revue Policy Review, qui a été beaucoup lu et commenté. Le bagage documentaire de cet opuscule est ridicule, est une compilation de références bibliographiques quasi nulle, de notes prises sur d’autres notes, de comptes-rendus de colloque ou de conférence. Malgré ces lacunes, cet ouvrage fort mince est devenu le plus bel exemple, et même le manifeste, de cette euphorie américano-centrée rampante et néo-darwinienne, qui, depuis l’effritement de l’épouvantail soviétique, a pris graduellement mais inexorablement la tête de beaucoup d’Américains.

    Une vieille Europe émasculée, jalouse de la puissante Amérique

    La “théorie” de Kagan est simple, simpliste même. L’Europe est vieille et émasculée, à cause des bains de sang des 2 guerres mondiales, mais elle se montre envieuse, jalouse, de la puissante Amérique ; son seul désir est dorénavant d’en castrer la puissance militaire, en lui imposant en sous main sa culture morbide et pacifiste de la diplomatie et des négociations : cette culture, l’Europe l’a héritée de l’idéal kantien de la paix perpétuelle — mais notre auteur ne cesse de répéter cette affirmation sans jamais citer directement un seul ouvrage de Kant ou de Hobbes), tandis que Hobbes constituerait la source de la culture belliqueuse et virile de l’Amérique. Par conséquent, l’unique voie à suivre pour l’Amérique est de balancer aux orties cette politique sous-jacente de pacifisme que cultive l’Europe, un pacifisme qu’ils jugent délétère. En conclusion, les États-Unis souhaitent continuer à asséner les coups de massue, qu’ils distribuent à qui mieux mieux, parce qu’ils sont les plus forts, prétend Kagan sans jamais imaginer, ne fût-ce qu’un seul instant, que le refus européen de ce qu’il appelle le “monde hobbesien” pourrait être un choix de civilisation, une hypothèse sur l’évolution des rapports futurs entre les nations.

    Il se sent toutefois obligé de rassurer ses lecteurs et de leur dire que les raisons de l’Amérique ne sont pas aveugles et égoïstes mais visent également le bien de l’Europe et du reste du monde, dans la mesure où le monde entier aussi veut « faire avancer les principes de la civilisation et de l’ordre mondial libéral ». Selon Kagan et ses amis, donc, l’Amérique s’auto-investit d’une fonction, celle d’être l’unique interprète et l’unique garante du progrès, de la justice planétaire et de la paix. L’Amérique rêve donc d’un État (mondial) parfait, de devenir la puissance patronesse du monde, et sa tutrice, comme l’avait annoncé en son temps un Reinhold Niebuhr, nous rappelle Kagan (“la responsabilité de l’Amérique, c’est de résoudre les problèmes du monde”). Ou encore Benjamin Franklin : « La cause de l’Amérique est la cause de l’humanité tout entière ». Effectuons un saut en arrière et revenons à la Russie des années 20 du XXe siècle et rappelons-nous la figure du grand “Bienfaiteur”, le chef absolu du vaste État planétaire, sinistre et mielleux, qui, dans le roman de Zamiatine, Nous autres, explique, sur un ton paternaliste, que le devoir de son État parfait, est de « faire courber l’échine des êtres ignorants qui peuplent les autres planètes pour que s’exerce le jeu bénéfique de la raison ». Et « s’ils ne comprennent pas que nous leur apportons un bonheur mathématiquement exact”, alors “nous les obligerons à être heureux ».

    Ne pas observer les règles du droit international, pratiquer la guerre préventive

    Dans un long article paru dans le numéro 70 de The National Interest, le journaliste du Washington Post, Prix Pulitzer, Charles Krauthammer, après avoir rappellé que, déjà dans la lointaine année 1990, à rebours des prévisions sur le déclin des États-Unis, il avait préconisé, pour l’avenir, une unipolarité américaine, et relevé, avec orgueil, que « le budget militaire américain dépassait ceux, additionnés, des vingt pays suivants », et qu’il n’y avait donc aucun signe réellement tangible de déclin. En plus de cette supériorité militaire, l’Amérique, ajoutait-il, détenait la primauté économique, technologique, linguistique et culturelle. Son triomphalisme, fruit d’une faculté typiquement américaine de transformer toute défaite en un contre-récit optimiste (c’est là une faculté que nous appellerons "l’élaboration euphorique du deuil”), repose sur une tragédie, en apparence peu “triomphale”, celle du 11 septembre. Il transforme, avec la magie d’un alchimiste, le coup le plus grave jamais porté sur le sol américain, en un mythe sur l’invulnérabilité de l’Amérique. Il observe avec cynisme : « S’il n’y avait pas eu le 11 septembre, le géant serait resté endormi […] Grâce au fait qu’il ait pu démontrer ses capacités de récupérer […] Le sens de l’invulnérabilité a acquis, au sein de la population, une dimension nouvelle ». Toujours à la suite des événements fatidiques du 11 septembre, Krauthammer se donne un alibi pour légitimer moralement la nouvelle politique américaine, celle de ne pas observer les règles du droit international et de pratiquer la guerre préventive : « Le 11 septembre a servi de catalyseur et a fait émerger la conscience […] que la première mission des États-Unis est de se prémunir contre de telles armes ».

    Après avoir pointé du doigt la “sinistre” politique des Lilliputiens européens, qui consiste à immobiliser le Gulliver américain « à l’aide d’une myriade de ficelles qui réduisent sa puissance », Krauthammer conclut : au fond, dit-il, les États-Unis, en poursuivant leurs propres intérêts, poursuivent aussi ceux des Européens ingrats, surtout quand il s’agit d’apporter la paix au monde.

    L’histoire militaire occidentale selon Hanson

    Dans un livre substantiel et bien documenté, intitulé Carnage and Culture, le célèbre historien militaire Victor Davis Hanson effectue un travail d’anamnèse historique en profondeur et part, dans sa démonstration, de la Bataille de Salamine. Son livre est sérieux, très scientifique, mais, face au petit opuscule de Kagan et aux essais de Krauthammer, il constitue une arme bien plus insidieuse et effilée dans le dispositif néo-darwiniste. Hanson analyse toutes les batailles qui ont fait date, comme Salamine (480 av. JC), Gaugamèle (331 av JC), Canne (216 av. JC), Poitiers (732), Tenochtitlàn (1520), Midway (1942), Tet (1968). Hanson donne corps, ainsi, à la théorie d’un Occident qui a la primauté méconnue, depuis fort longtemps, d’être le plus “létal” quand il fait la guerre (Brutal Western lethality, pour reprendre ses paroles), une brutalité qui dérive directement du primat que possède, de fait, sa culture. Que ce soit les Grecs ou les Romains, les Macédoniens d’Alexandre ou les Espagnols de Cortès, ou encore les Américains dans le Pacifique, tous ont obtenu des victoires écrasantes sur des “non occidentaux” (Non Westerners), soit, en l’occurrence des Noirs, des Jaunes ou tous autres peuples qui ne sont pas parfaitement blancs. Ces victoires ne sont pas nécessairement dues à la supériorité de leur organisation ou de leur technologie (par ex. la poudre à canon). Ces victoires, ils les doivent à une “plus-value” civile, faite de discipline, de démocratie, de liberté, d’esprit d’initiative et d’individualisme.

    Quant aux inévitables pages sombres de l’histoire occidentale, Hanson — en utilisant cette capacité d’ 'euphoriser' le travail de deuil que nous avions déjà observé chez Krauthammer — parvient à transformer ces défaites occidentales (de la bataille de Cannae à Wounded Knee et à l’offensive du Tet) en victoires de fond, car, explique-t-il, les non occidentaux n’ont obtenu la victoire que dans la mesure où ils se sont approprié les armes, les technologies et les idées de l’Occident. Les jeux sont faits. En allongeant et en étirant quelque peu sa théorie sur les triomphes de l’Occident, Hanson parvient à interpréter la défaite américaine au Vietnam de façon telle qu’il en fait une victoire. La bataille de Khesanh, par ex., il explique avec un orgueil mal dissimulé, est certes une défaite américaine, mais aussi une victoire à la Pyrrhus des Vietnamiens, en ce sens que la supériorité matérielle des Américains a fait que le nombre de leurs morts est resté très réduit : un mort américain pour 50 morts vietnamiens. Ces proportions équivalent plus ou moins aux pertes des espagnols de Cortès devant les Aztèques. Désolé, Hanson confesse toutefois que la victoire américaine s’est muée en défaite, par masochisme, à cause de l’hystérie et des distorsions de la presse, de la télévision et de la gauche américaine.

    En raisonnant de la sorte, Hanson rappelle la guerre du Vietnam et la sanctifie (toujours en utilisant, malgré tout, des termes dépréciatifs, comme horrendous slaughter [horribles massacres], “blood bath” [bains de sang], etc.), mais, simultanément, et de manière tacite, il ramène le primat guerrier et civil de l’Occident à l’actuelle supériorité militaire (et aussi civile) des États-Unis.

    Sortir l’Amérique du syndrome vietnamien

    En outre, son livre s’inscrit, mine de rien, dans ce vaste ensemble de narrations réécrites qui visent à sortir l’Amérique de la dépression qui a suivi l’aventure vietnamienne et qui, malgré de fréquentes déclarations contraires, continue à souffrir d’une intolérance génétique vis-à-vis de toutes formes de défaite, d’échec, de deuil. Ces “réécritures” relèvent, notamment, de ce célèbre récit national et populaire qui a pour personnage Rambo, porteur du mythe de la trahison du soldat américain héroïque, poignardé dans le dos par l’odieuse bureaucratie politique, militaire et médiatique.

    Terminons en évoquant une voix qui n’appartient en aucune façon à cet aréopage de néo-darwinistes et qui s’exprime dans une publication très sérieuse, qui, elle, n’hésite pas à critiquer l’Amérique et sa politique. Cette voix, pourtant, contribue au triomphalisme ambiant de manière subtile. Il s’agit d’un article paru en mai 2003 dans les colonnes de l’Atlantic Monthly, dû à la plume de David Brooks, l’auteur, entre nombreux autres ouvrages, d’une “cover story” de grande ampleur, très complète (12 pages denses) portant sur les différences entre l’Amérique rouge et l’Amérique bleue. Dans son article, Brooks se réfère au livre Democratic Vistas de Walt Whitman (écrit en 1871), et rappelle que le grand poète — à rebours des anti-américains obtus d’aujourd’hui — avait bien compris que l’Amérique était (et reste) un pays fort diversifié et varié, composé d’hommes bons et moins bons, et que sa force consistait (et consiste) à ne pas dévier du chemin qu’elle avait décidé d’emprunter, c’est-à-dire celui de sa “mission historique”, qui est de se poser comme le guide du monde, même dans les moments où le leadership est médiocre (Woods fait directement allusion à Bush). À la lecture de cet article de Woods, on se laisse, à son insu, prendre aux ardeurs nationalistes et messianiques du poète de New York. Woods le rappelle avec nostalgie son blâme adressé aux Américains : « Whitman avait un sens subtil du caractère unique de la mission historique de l’Amérique (America's unique historical mission), que Dieu lui-même ou le destin ont assigné à ce pays, pour qu’il diffuse la démocratie dans le monde et qu’il promeuve partout la liberté ».

    En avançant de tels arguments, Brooks rejette l’hypothèse d’une Amérique différente, alors qu’il venait lui-même de l’énoncer, et donne, sans doute sans le vouloir vraiment, la main aux Kagan, Krauthammer et Hanson. Il apporte, sûrement malgré lui, une contribution involontaire à la rupture générale qu’annoncent ce “bushisme” militant et l’Amérique, rupture du pacte qui unit théoriquement les peuples au sein des “Nations Unies” et postule la parité démocratique entre les nations. Brooks, avec sa vision de l’Amérique, aussi sympathique qu’elle puisse sembler, rejoint ainsi ceux qui affirment, haut et clair, que l’Amérique a une mission planétaire, légitimée par sa prépondérance militaire, renforcée par sa conscience messianique retrouvée.

    ► Francesco Dragosei, article tiré du blog materiali resistenti (août 2003).

     

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    Une armée très secrète aux ordres d’Obama

    8834623580387898.jpgLe Washington Post révèle quelles ont été les opérations menées par le “Joint Special Operation Command”, une unité de combat qui a reçu l’autorisation de tuer et qui n’est aux ordres que du seul Président

    Mardi 6 septembre 2011, le général américain David Petraeus a pris officiellement la direction de la CIA, en succédant à Leon Panetta, devenu, lui, secrétaire à la défense. La nomination de l’ancien commandant des forces américaines en Irak puis de la coalition internationale en Afghanistan est considérée par bon nombre d’observateurs comme un pas de plus vers la “militarisation” de l’agence de renseignement américaine.

    Ce dangereux glissement vient d’être confirmé par un article récent du Washington Post, dans lequel l’auteur démontre que, depuis l’attaque du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles, la CIA est devenue de plus en plus “un groupe paramilitaire, sans pour autant avoir le devoir de responsabilité et de transparence que l’armée est tenue de garantir”. C’est là, pour d’aucuns, un véritable “retournement mortel”, qui a transformé les renseignements américains en une agence d’espionnage et en une “incroyable machine à produire la mort”, pour paraphraser un ancien agent secret. Il suffit de penser que de 2001 à aujourd’hui les bombardements par drones ont tué un peu moins de 3.000 personnes. 

    Mais le Washington Post rappelle quelques aspects plus particuliers encore de cette évolution : la guerre secrète détient actuellement une portée bien plus vaste et la lutte contre le terrorisme, telle qu’elle est envisagée par la Maison Blanche, est désormais soustraite à tout contrôle de l’opinion publique et, surtout, du Congrès. En citant un extrait du livre, récemment publié, de 2 journalistes, Dana Priest et William M. Arkin, intitulé Top Secret America : The Rise of the New American Security State, le quotidien explique comment s’organise depuis quelques années le Joint Special Operation Command (JSOC), une unité militaire d’élite, ultra-secrète, qui opère au-delà de toutes les obligations qui incombent normalement à la CIA elle-même. Il s’agit d’une véritable armée parallèle aux effectifs de 25.000 hommes, dotés de leurs propres drones, de leurs propres avions de reconnaissance et même de leurs propres satellites. Et surtout, il ne faut pas oublier ceci : ils ont le droit de tuer. Le Président — l’unique personne, mis à part le chef du Pentagone, à laquelle ils doivent rendre des comptes — a autorisé les hommes du JSOC de sélectionner des particuliers dans la liste noire qu’ils ont reçue et de les tuer (inutile de préciser : sans aucune autre forme de procès et sans justification de la moindre preuve).

    C’est donc ce qui s’est passé en mai dernier, lorsque ces hommes ont pénétré sur le territoire pakistanais pour éliminer Ousama Ben Laden. Ou encore en avril 2006, quand ils ont tué le chef d’al-Qaeda en Irak, Abou Moussab al-Zarqawi. De plus, grâce au caractère secret de leurs missions, ils ont pu mener des actions dans des pays qui ne sont pas en guerre avec les États-Unis, comme le Yémen, la Somalie, les Philippines, le Nigéria et, finalement, la Syrie.

    « Nous sommes la matière obscure. Nous sommes la force qui meut l’univers, mais que l’on ne peut pas voir », a dit, en se vantant, un membre du Corps d’élite des Navy Seals. Et cet homme ajoute : « La CIA n’a ni les dimensions ni l’autorité requise pour faire les choses que nous, nous faisons ».

    En effet, les 2 journalistes du Washington Post notent dans leur livre que si la CIA, avec ses propres drones et forces paramilitaires, a tué des milliers de personnes, chefs d’Al-Qaeda et moudjahiddins de cette mouvance, la JSOC en a tué beaucoup plus. Ainsi, si la CIA a capturé et interrogé avec des “méthodes peu orthodoxes” une centaine de “suspects de terrorisme”, la JSOC en a capturé et interrogé “dix fois plus”.

    ► Ferdinando Calda, Rinascita du 9 septembre 2011. 

     

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    Obama a adopté la “Doctrine Nixon”

    Bombardements aériens, opérations secrètes et vietnamisation du conflit : c’est ainsi que les Etats-Unis étaient sortis du conflit vietnamien !

    La comparaison qui s’impose entre le conflit qui secoue aujourd’hui l’Afghanistan et la guerre du Vietnam a été faite à maintes reprises au cours de ces dernières années. Souvent, cette comparaison a été émise de manière inflationnaire et hors de propos, dans les descriptions que faisaient les observateurs du bourbier sanglant dans lequel les États-Unis semblent empêtrés depuis peu. Quoi qu’il en soit, Barack Obama lui-même, dans son discours tenu à la fin de l’année 2009 à l’Académie militaire de West Point, a bien dû reconnaître qu’il y avait plus d’un parallèle à tracer entre les 2 conflits.

    Il est tout aussi vrai que les différences entre les 2 guerres sont nombreuses ; d’abord, parce que l’époque n’est plus la même et parce que les équilibres internationaux et les acteurs en jeu ont changé. On demeure dès lors stupéfait de constater que les stratégies adoptées par les locataires successifs de la Maison Blanche sont fort similaires. Cette similitude frappe d’autant plus que nous avons, d’une part, le démocrate Barack Obama, Prix Nobel de la Paix, et d’autre part, le républicain Richard Nixon, considéré comme le président belliciste par excellence.

    Nixon avait hérité de son prédécesseur démocrate Lyndon B. Johnson (qui avait accédé à la Maison Blanche après l’assassinat de John F. Kennedy) une guerre toujours plus coûteuse et impopulaire. Nixon avait donc élaboré la fameuse “Doctrine Nixon” pour tenter d’obtenir en bout de course une “paix honorable”, permettant aux États-Unis de se “désengager” sans perdre la face. La nouvelle stratégie visait à réduire les pertes en hommes, toujours mal acceptées par l’opinion publique, en recourant massivement à l’utilisation des forces aériennes, y compris pour bombarder des pays voisins comme le Laos ou le Cambodge (ce qui n’a jamais été reconnu officiellement ; le scandale a éclaté ultérieurement à la suite de la publication des Pentagon Papers). Parallèlement aux bombardements, la “Doctrine Nixon” prévoyait des opérations secrètes dirigées contre des objectifs stratégiques et doublées d’une vaste opération de renseignement pour identifier et frapper les combattants du Vietcong (c’est ce que l’on avait appelé le “Programme Phoenix”).

    Dans le Quadriennal Defence Review, le rapport du Pentagone qui paraît tous les 4 ans, le ministre de la défense américain Robert Gates présentait, début février 2010, les principales lignes directrices de la nouvelle stratégie de guerre, annonçait l’augmentation du financement des opérations spéciales et secrètes et un recours croissant aux bombardements par drones (avions sans pilote). Ces avions sans pilote ont mené à bien des centaines d’attaques “non officielles” en territoire pakistanais. Toutes ces manœuvres ont été flanquées d’un renforcement général des appareils destinés à glaner du renseignement.

    Mais les analogies entre la “Doctrine Nixon” et l’“exit strategy” d’Obama ne s’arrêtent pas là. Il y a aussi la tentative d’acheter le soutien de la population par l’intermédiaire de “projets de développement”, comme l’était le Civil Operations and Rural Development Support (CORD = Opérations civiles et soutien au développement rural) au Vietnam et comme l’est actuellement son équivalent afghan, le Provincial Reconstruction Team (PRT = Équipe de reconstruction des provinces). On constate aussi que se déroulent des tractations secrètes avec le parti ennemi (ou, du moins, des tentatives de dialogue), qui se font en dehors de toutes les rencontres officielles. Il y a ensuite et surtout le programme mis en œuvre pour un retrait graduel qui implique de transférer les missions proprement militaires à l’armée du “gouvernement local”.

    Selon la stratégie vietnamienne élaborée en son temps par le Secrétaire d’État Henry Kissinger, le renforcement de l’armée sud-vietnamienne et la vietnamisation du conflit devaient assurer aux États-Unis un “espace-temps satisfaisant”, un “decent interval”, entre le retrait américain et l’inévitable victoire du Vietcong ; ou, pour reprendre les paroles mêmes de H. Kissinger : « avant que le destin du Sud-Vietnam ne s’accomplisse ». Tout cela était mis en scène pour que le retrait américain ne ressemble pas trop à une défaite. Comme prévu, l’armée nord-vietnamienne est entrée à Saïgon, 4 années après le départ des troupes américaines.

    Aujourd’hui cependant, Obama doit se contenter d’une armée afghane à peine capable de tenir pendant le “decent interval” envisagé, c’est-à-dire pendant l’espace-temps entre le retrait définitif des troupes américaines et la rechute terrible et prévisible de l’Afghanistan dans une guerre civile où s’entre-déchireront les diverses ethnies qui composent le pays.

    ► Ferdinando Calda, Rinascita du 27 mai 2011.

     

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    US Strategic Concepts Since the End of the Cold War

    From Leader of the Free World to Predating Superpower

    The foundations of US foreign policy in the aftermath of the Cold War were laid on three simple criteria : "containment" of the USSR ; preventing or delaying further spread of "communism" around the world ; promoting economic growth of the so-called "Free World" under the aegis of America. Since the fall of the Berlin wall, a new phase is under way, marked by a plurality of possible strategic concepts. These can be conventionally grouped into three guiding principles, which US strategician defined as triumphant internationalism, neo-isolationism or disengagement, and selective neo-interventionism.

    1. Triumphant internationalism gathers all doctrinary options which express continuity with the traditional foreign policy of the 1945-1989 period. A continuity which is - at least in some cases - modified by the urgency of "catching the favourable moment", exploiting the current position as the only world superpower.

    A key concept in this way of thinking is the celebrated "New World Order" - first coined by president George Bush at the time of the Desert Storm campaign against Iraq in 1990, it came thereafter to define the new role and "responsibilities" of the US. This concept does not in itself express anything quite new with respect to the preceding phase : care for stability, preserving the statu quo, acknowledging US "global leadership". It is more interesting to assess the concrete meaning of the concept, as shown during the conflict in the Persian Gulf. Here one finds the justification of preemptive war as a means of preserving world order, but at the same time - being apparent in the gap between the deployed military power and its results, in terms of securing lastly peace - a divergence between military power and political responsibilities ; a divergence - it has been asserted - that policies followed in Somalia and Bosnia fully confirm.

    But if political leaders seem rather unable to substantiate the concept of NWO, military leaders supply with much enthusiasm !

    In 1992, one of the many "guided scoops" brings to the publication on the New York Times of a "secret" report from the Pentagon (Defense Planning Guidance, whose directing editor is Paul Wolfowitz, defence undersecretary for political affairs) where "new world order" is interpreted as US will of preserving their status of only remaining superpower mainly with the use of military force - even unilaterally, if necessary. In this view, NATO is the vehicle of US interests in Europe, and the major guarantor of European security.

    We owe journalist Charles Krauthammer the significant concept of unipolar moment, describing the character both absolute and temporary of US supremacy : in two or three decades new rivals could be strong enough to challenge it. Unipolarity also implies concentricity around a single pole - so that at the centre of the world is a Western confederation (G7, the Group of Seven, being a sort of prefiguration), and at the centre of this, the US. A structure of concentrical circles, where the distance from the centre is proportional to loss of sovereignity. The final goal is the formation of the world common market suggested by Francis Fukuyama in his End of History. But the primary goal - and the first task to be completed - is unifying the economically advanced West.

    A pioneer in this direction was Robert Strausz-Hupé. Since 1957 he had been championing the need to unify the world under the star-spangled banner "in the course of one generation" (!) and - a champion of mondialism ante litteram! - condemning the idea of "national State" as a hateful french ideological invention and "the most retrograde force in the twentieth century". Strausz-Hupé world federalist dream (with NATO as the founding block) invested the US with the mission of being "architects of an empire without imperialism" - where Anglo-saxon civilisation is the bridge between ancient civilisations and the new emerging world civilisation. Poor as it might seem, this doctrine still gains new zealotes ; among these, Strobe Talbott, presently number two in Clinton's State Department.

    Joseph Nye points instead at the "soft" side of internationalist thinking. It is clear from the Persian Gulf war that economic power is no substitute for military power. US primacy stems from being on top both in terms of hard power (coercition) and soft power (persuasion). This last aspect leads to the many transnational institutions which the US must exert a firm control upon - albeit as leaders of last resort : the World Trade Organization (former GATT), the IMF, the Nuclear Non-Proliferation Treaty, and so on. This "delirium of omnipotence" describes America's possible role as the world "great organizer", as comparable to England in the XVIII end XIX centuries, to Austria between 1812 and 1818, to the Pope in the XII and the XIII centuries, back to Athens before the Peloponnesian war.

    There is a "spenglierian" echo - our apologies to Oswald Spengler ! - in the appeal Ben Wattenberg (director of Radio Free Europe) sent to the American people to acknowledge his "new manifest destiny" in the challenge of promoting "American democracy" all over the world. Here culture has a primary function, and the US are best equipped even in this field : show business, mass media, english language, turism, university education (sic !) and informational systems - not forgetting the entertainment business. That is : Coca-Cola, Bill Gates & Pamela Anderson at the service of the US-dominated unipolar world.

    Some others do not exitate in recycling terms nowadays being shunned by puritans obsessed with political correctness. Assault conservative Irving Kristol (Wall Street Journal, August 1997) hails the day when the American people will acquire full consciousness of being an imperial nation : a great power can be insensibly led to assume responsibilities even without explicitly committing itself.

    Greater soberness - at least at first sight - reigns among neo-isolationist thinkers. They seem to realise that America is not anymore capable of an efficient management of internationalist foreign policy, both economically and militarly. Among the factors standing against it : a defence budget next to 300 billion dollars in the 90's, growing domestic debt, a savings rate among the lowest in the world, a bankrupt educational system (praised be truthfulness !) and a scarce propensity to reinvest capital from the financial bubble back to production.

    Still isolationism does note mean - and never in US history did mean - a willingness for isolation. As a political doctrine, it does not rule out developing rich economic relations with the outside world. It states, though, a preference for disengagement - for keeping America's hands untied on behalf of freedom of policy choice. A traditional stronghold of Republican thinking, heightened after the defeat suffered in Vietnam, neo-isolationism acquires a "national-populist" taste with Patrick Buchanan. The once aidee of Nixon and Reagan pleads for a total withdrawal of US forces from Europe and from Asia, but stands against disarmament. US supremacy must be mainained at sea, on air and in space. Intervention is not excluded, as long as it does not imply war on land (such is the nature of the compromise reached with the Clinton administration in the case of US aggression against Jugoslavia). This sort of re-edition of the Monroe doctrine is shared and even radicalised by Ted Carpenter, director of the Cato Institute. Carpenter favours an independent strategy, free from heavy and obsolete engagements ; US "vital interests" must to be rigorously circumscribed and all-round (360 degrees) interventionism is to be rejected ; local conflicts (including those in Europe) must not be regarded as a threat to the above mentioned "interests". "What are America's vital interests ?" asks Edwin Feulner, president of the Heritage Foundation. He lists five criteria : safeguarding national security (territory, borders, airspace) ; preventing a threat from a competing power in Europe, in the Far East and in the Persian Gulf (with reference to Russia, North Korea and Iran and Iraq, respectively) ; preserving US accessibility to foreign markets ; protecting American people from "terrorism and international crime" ; preserving accessibility to strategic resources.

    As a corollary to his theses, Carpenter prompts a clear judgement about US present alliances and about NATO - a vestige from the past, to be ridden of quickly. Here "pessimism of reason" shows his hand : the unipolar moment is not going to last. Barbara Conray, also from the Cato Institute, denies that pursuing political and military leadership should be the founding block of American foreign policy. If you want to play the World's Policeman, you will soon find that risks outweigh rewards.

    This assumption is shared by a large number of authors who do not believe that US hegemony can outlive the Cold War. Not only no new superpowers will be born, but regional crises will lead to a growing fragmentation of power. The US must therefore act to "segment" this regional instability without any active intervention. Forty years of Cold War attributed too much importance to foreign policy, says former ambassador to the UN Jeane Kirkpatrick : it is time for America to look after her own backyard. Because today power essentially means economic power, and such will be the playground for the real game. The mondialist option will not be rewarded with a world united around American values. And America's sociocultural domestic troubles call for an urgent interior renewal.

    3. Between the extremes of internationalism and isolationism stands neo-internationalism or practical internationalism - according to Richard Gardner, presently among Clinton's adivsers. The key concept guiding most foreign policy initiatives of the Clinton administration is multilateral security - generally identified with adjoint secretary of State Tarnoff. A strict interpretation of this doctrine wants the US to limit their resort to force to a multilateral context, except for limited cases when some vital interests are being put in jeopardy. But widespread criticism of the way the administration failed to master crises in Bosnia and Somalia lead to a shift towards a more loose concept of multilateral security - in this view, multerality is a medium and not a goal in itself, and unilateral action cannot be excluded once for all.

    A strictly related concept to multilateral security is strategic independance. If containment doctrine expressed the will to prevent the rise of a competing hegemonic power in Eurasia, now - preserving this strategic achievement - America avoid direct action and look forward instead to an equilibrium of powers, both at the global and regional level. US strategic indepence would consist in being able to exploit rivalities among other powers while benefitting from geopolitical rewards of insularity, distance from war theatres and military and nuclear supremacy. In this re-edition of the equilibrium-of-powers theory, Henry Kissinger states that the US will not be able again to face all potential crises challenges at a time - being selective is the imperative. According to Kissinger's selective interventism, some crises could call for America's unilateral intervention, others could request only multilateral action, others could even be not worth of military intervention whatsoever. In this perspective, the aim of building a new global order upon American interests (the so-called Pax Americana) becomes unfeasible in the new world environment. Americ's role is therefore assimilated to that of England in the XIX century.

    Such a view is shared and emphasized by Zbigniew Brzeszinski. The concept of US global selective commitment acts as a synthesis of the eventuality that US foreign policy interests could not coincide with those of the their traditional allies the principle of preserving the status of first nuclear dissuasion pole the aim of preserving military supremacy (airforce and navy) against allies and others the principle of selective and proportionate commitment to different forms of cooperation on a regional scale (NATO being a typical application).

    This concept (later adopted by the Clinton administration) is associated with that of enlarging the so-called "liberal community". Some authors related to this way of thinking have openly vindicated a primary role to economic supremacy, thus limiting the scope for the imperatives to national security and spreading American values (one may think about rapid restructuring of CIA - or at least of its "official" bodies - to economic and financial espionage). Cold War bipolarity would be replaced by a tripolarity - US, Europe and Japan - of economic superpowers. This concept is functional to the need of keeping foreign markets open to US exporters and investors. Here promoting collective security systems - collective, but under firm US control - is a primary goal, in fault of which Seecretary of state Warren Christopher said in 1992 that "economic security" is the primary goal of Clintonian foreign policy. Adjoint secretary Strobe Talbott in 1994 spoke about "diplomacy for globale competitiveness" - the meaning of which has been illustrated by Strobe Talbott himself : keep alert to prevent new economic regional groupings from formulating aims conflicting with those well known US primary interests. European Union beware !

    America as a Big Corporation that must take advantage of a temporarily strong market position in order to shape it according to its purposes. This is what Richard Haas - maitre-à-penser of the Brookings Institution and former advisor to President Bush - seems to suggest in his The Reluctant Sheriff (1997). The goal of American foreign policy must be to cooperate with those who share their ideas in order to ensure a better functioning of the market and enforcing adherence to its fundamental rules. By persuasion, if possible, otherwise by coercition. So what we have here is not the World's Policemen - 24 hours a day engaged in fighting the many of Evil Empires - but the Sheriff, waiting for the situation to become intolerable and - then only - recruiting volunteers and mercenaries for the punishing expedition. Sounds familiar, does not it ?

    We deliberatley dedicate a full section to Samuel Huntington. His essay about The Clash of Civilizations ? - question mark ! - appeared in the summer '93 issue of Foreign Affairs. The follow-up (no more question mark !) came three years later with the book The Clash of Civilisations and the New World Order. The core of the argumentation - in relation to our theme - is explained at the beginning of chapter 7 :

    “The new order built in the epoch of the Cold War was the result of the leadership of the two superpowers upon their own blocs and of their influence in the Third World. In the new emerging world order, the concept of superpower is obsolete, the global village being but a dream. No country, even the United States, can claim significant security interests on a global scale. The elements of the new international order have to be identified within the different civilisations, and in their interactions. Either the world will be orderer according to civilisations, or it will have no order at all. Leading States of each different civilisation will replace superpowers, will guarantee order within their own civilisation and also, though negotiations with the other leading States, in international relations. … A leading State can exert this role of preserving order, because other member States recognise its cultural affinity. A civilisation is like a big family… Where they do exist, leading States represent the key elements of the new internarionale order based upon civilisations…”

    Now comes the direct reference to Europe. What is "our" civilisation according to Huntington ?

    “During the Cold War, the United States were at the centre of a wide and composite group of countries, bound together by the objective of preventing the further expansione of the Soviet Union. This group – known as “the Free Word”, or “the West”, or “the Allies” – included many, if not all Western countries, Turkey, Greece, Japan, Korea, the Philippines, Israel… After the end of the Cold war, the West is slowly taking a new shape as a new grouping of countries, more or less coinciding with the Western civilisation.”

    Huntington's violence upon geopolitics is functional to the annihilation of any difference between the Anglo-saxon world and the European civilisation into the concept of “Western civilisation”, where the latter disappears into the former. Extavagant as it might seem, this analyis implies a very explicit theorisation of the hegemonic role of the US and their British ally over Europe. When Huntington tries to force reality into his schemes - then the most striking and interesting contradictions do emerge. Having defined as fault-line conflicts those arising between border States which belong to different groups of civilisations living within the same State - as opposed to conflicts between leading States, which involve the main States of the different civilisations - Huntington uses this key for a close examination of main conflicts in the 80s and 90s.

    Let us have a look at the most interesting case : Bosnia. Huntington writes in 1996, still his conclusions perfectly apply to Kosovo. In a fault-line conflict there are three kind of players. First level players (in the Bosnian case, Serbian and Croatian fighters, apart from Bosnians themselves), second level players (the three governments) and third level players, generally the leading countries of the differente civilisations involved - in our case, we have Germany, Austria, the Vatican State, other european Catholic states and groups backing Croatia ; Russia, Greece and other Orthodox countries and groups backing Serbia ; and finally Islamic countries and - surprise ! - the US backing Bosnia.

    Huntington admits it is a "partial exception", an "anomaly" - possibly a mistake of the Clinton administration, even too happy to bow to "strong pressures from his friends in the Islamist world". A strange kind of anomaly indeed - since it repeats itself as a printed screenplay in the Anglo-American aggression against Serbia propitiated by the Kosovo crisis. Such a curious theory is Huntington trying to sell us ! - a quite strange theory which, unfortunately, ends up with demolishing its own bases… or perhaps ? Or perhaps there is again something that nobody was willing to disclose at the time - perhaps that infamous concept of a Third American Empire having in the Balkans their still contended territory - a concept openly stated by Michael Lind and Jacob Heilbrunn (Washington Post, January 1996). Then the picture becomes clear, and it seems reasonable for the US to act as "third level players" - or as mafia godfathers, plainly speaking - on behalf of a pseudo-Islamist entity which is given the task to act as a wedge, in order to prevent the reconstruction of a great European space.

    4. A few words to sum up. It is high time we put reality back on his feet. Isolationism in US foreign policy never really existed : simply as it is, during the period between the two World Wars there was a preference for indirect methods based upon economic coercition and diplomatic manipulation. Therefore any reference to a supposed "neo-isolationism" is nothing but fiction. Similarly, practical selective interventism cannot mean disengagement - when there is America's survival at stake, when chances of reversing a political, economic, diplomatic and miliray decline grow thinner. Behind America's mask as the guarantor of multilateral security and regional balance of powers, hides the deliberate purpose of gobal destabilisation at any level - diplomatic, political, financial and military - starting from the "heart of the world", the Eurasian continent.

    This is the historical meaning of war in Yugoslavia. If a grain of truth is hidden in any lie, then we are debtors to Huntington of a precious lesson. In a coming world where the production of sense will stem from civilisations (in their mutual recognition, respect and cohexistence), as opposed to the nonsense of globalisation - there the US and their British allies are truly an anomaly bound to disappear.

    “Carthago Delenda Est” 15.06.99

     


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