• Scepticisme

    Regard sur le scepticisme : des Grecs au Grand siècle

     

    Le scepticisme est un courant philosophique qui se manifeste toujours postérieurement à la domination de grands systèmes conceptuels, tout comme il pourrait s’opposer aujourd’hui à une idéologie dominante, à des constellations politiques répétées à la suite d’élections-spectacle, à une vulgate imposée et martelée à satiété par les médias.

    Refuser la logique de l’œil unique

    sarah_10.jpgL’étymologie du terme “scepticisme” [du gr. skepsis, enquête] est intéressante, selon Lambros Couloubaritsis. En grec, nous explique-t-il, skeptomai désigne le regard attentif — appréhendeur et curieux — qui porte vers deux ou plusieurs directions possibles et non pas un regard fixe — fixé une fois pour toutes — ne portant que dans une et une seule direction. Nietzsche a retenu cette leçon : la pluralité des regards est nécessaire ; il l’exprime notamment dans Généalogie de la morale. Sarah Kofman [ci-contre] nous le rappelle et l’explique clairement : Nietzsche refuse la logique de l’œil unique (cyclopéen), il veut toujours voir autrement. Celui qui dit “raison pure”, “spiritualité absolue”, “connaissance en soi”, n’a qu’un seul œil, ne jette qu’un seul regard qui ne doit pas avoir de directions (au pluriel !), ne doit pas pivoter sur lui-même, scruter, fouiller l’horizon, changer de perspective. Pour appréhender le monde dans toutes ses facettes, il faut avoir plus d’yeux, autant d’yeux que d’affects, sinon, dit Nietzsche, on châtre l’intelligence (des sceptiques grecs à Nietzsche, la pensée européenne opte pour une approche plurilogique). Dans l’histoire de la philosophie grecque, le scepticisme arrive après 3 étapes majeures :

    1. Celle de Socrate, qui évoque deux possibilités : l’homme raisonne et choisit la meilleure option de l’alternative.
    2. Celle de Platon qui opte pour la dialectique qui débouche sur un seul choix possible.
    3. Celle d’Aristote, qui hérite de la dialectique de Platon, évoque une multiplicité de choix, mais où, finalement, un seul choix est le bon.

    Pyrrhon d’Élis (365-275), premier exposant du scepticisme grec, estime que cette obligation philosophique de déboucher sur un seul choix constitue une fausse route pour la pensée (“A” ou “Non-A”). Pour Pyrrhon, aucun choix tranché n’est finalement pertinent, car, ainsi, on exclut toujours de sa démarche ou de sa spéculation une multitude de pans du réel. On les ignore. On refuse les potentialités qu’ils recèlent en jachère. Un choix tranché est toujours mutilation du réel pour le père de l’école sceptique [le cœur du scepticisme est d'ordre pratique : obtention de la liberté de l'esprit se résolvant en ataraxie]. Le risque d’une telle position est l’indécision. L’avantage qu’elle offre, en revanche, est de pouvoir tenir compte d’un maximum de paramètres, et, partant, de ne pas se laisser surprendre par des paquets d’imprévus, de faits de monde que le dogmatique aurait banni de son horizon. Puis de décider en meilleure connaissance de cause.

    PyrrhoPyrrhon d’Élis en Inde

    [ci-contre : tête en marbre de Pyrrhon, probablement une copie romaine d'un bronze grec du IVe s. av. JC, Musée archéologique de Corfou, Grèce. Victor Brochard note : « Le vrai sceptique n'est pas celui qui doute de propos délibéré et qui réfléchit sur son doute ; ce n'est pas même celui qui ne croit à rien et affirme que rien n'est vrai, autre signification du mot qui a donné lieu à bien des équivoques : c'est celui qui de propos délibéré et pour des raisons générales doute de tout, excepté des phénomènes, et s'en tient au doute ». La radicalisation de l'examen critique philosophique, initiée par Pyrrhon, se développera les siècles suivants en plusieurs courants]

    Pyrrhon d’Élis est en quelque sorte l’héritier des sophistes, qui furent les premiers sceptiques, car ils n’accordaient aucune valeur privilégiée à leur choix, mais optaient pour le choix qui les arrangeaient hic et nunc, sans que ce choix ne revête un statut de vérité. Pyrrhon d’Élis a accompagné Alexandre le Grand jusqu’en Inde. Il a vrai semblablement eu des contacts avec la pensée indienne, plus plastique, plus moulée sur la pluralité intrinsèque du monde. Sa position de base est une méfiance à l’endroit de toute domination de la rhétorique, tout comme notre scepticisme contemporain devrait être une méfiance à l’endroit de tout discours et de toute image médiatique.

    Ensuite, Pyrrhon se méfie des jugements de valeur, car, en les énonçant, le penseur, le locuteur, le médiateur ajoute(nt) derechef un pré­dicat à la chose, qui ne lui appartient pas en propre. La chose est décrétée belle ou laide, juste ou injuste, bonne ou mauvaise, sans que l’on ne puisse fondamentalement prouver qu’elle l’est. La Serbie de Milosevic ou l’Irak de Saddam sont décrétés laid(e), injuste et mauvais(e), sans que ce jugement de valeur, asséné sans interruption, ne puisse être corroboré (dans les médias américains, on parle de Rogue states, en allemand de Schurkenstaten). Pour Pyrrhon, le sage doit suspendre ce type de jugement, pratiquer l’épochè [suspension du jugement]. Un prédicat, aux yeux de Pyrrhon, est toujours subjectif, toujours dérivé de conventions qui me sont propres, qui sont le propre de mon environnement culturel, de mes circonstances, mais qui ne peuvent se greffer sans dégâts sur une réalité autre.

    L’adjonction de prédicats à la chose constitue donc toujours une oblitération. Par le collage de prédicats, le dogmatique affirme qu’une chose possède des attributs, alors qu’elle ne les possède pas en propre. Il nie également, en survalorisant tel ou tel prédicat, la valeur intrinsèque de toutes les autres qualités de la chose (dans les cas aujourd’hui médiatisés de la Serbie et de l’Irak, on focalise l’attention des masses de téléspectateurs ou d’auditeurs sur une définition plaquée, subjective, arbitraire, fabriquée, et non pas sur l’histoire plurimillénaire ou pluriséculaire du pays, sur sa configuration géographique ou hydrographique, etc., c’est-à-dire sur les phénomènes réels et concrets qui le constituent). Conclusion : les jugements de valeur ne rendent pas objectivement compte du réel. Le sage doit donc être indifférent à ces jugements de valeur (adiaphoria [indifférence aux sollicitations externes, absence de réaction à la valeur morale des choses]) et partir du principe de l’équipotence des phénomènes, où les phénomènes sont jaugés avec équité.

    Regard aigu, vitalisme implicite

    Pour l’optique pyrrhonienne, seule la Vie dans son ensemble a du sens. Diogène Laërce dit de Pyrrhon : “Il a pris la vie pour guide”. Le scepticisme est ainsi, non seulement un regard plus aigu porté sur les choses du monde, mais un vitalisme implicite (que nous revendiquons par ailleurs). Le vitalisme pyrrhonien s’oppose à tout dogmatisme car les dogmatiques ne cessent de disserter sur ce que de vraient être les choses en soi, sans jamais percevoir tangiblement cet en soi et en oubliant ce qu’est phénoménalement la chose dans ces multiples facettes. Pyrrhon réclame dès lors un retour délibéré à l’expérience et à la vie (ce qui nous rappelle la Leiblichkeit — la corporéité — de Nietzsche).

    Le pari sur la Vie va de pair avec un pari pour le plaisir. Mais celui-ci ne s’obtient que si l’on s’abstrait de tout trouble, de tout tracas inutile, de toute fausse question. L’épochè sert à se débarrasser de ces troubles et tracas ; il faut suspendre l’impact qu’ils ont sur nous, car sinon nous nous cassons la tête pour résoudre ou concrétiser des chimères intellectuelles. L’absence de trouble se dit en grec : ataraxia, état d’âme optimal, où l’on se détache des fausses querelles, des problèmes sans objet, etc. Face aux variantes politiciennes de l’idéologie dominante contemporaine, nous proposerions également une ataraxia, tout comme Evola, dans le monde en ruines de notre après-guerre, avait proposé une apoliteia, attitude de l’”homme différencié”. Les querelles au sein de la gauche ou de la droite ne résolvent nullement les problèmes de fond de notre société. Ces disputes entre deuxième gauche et troisième gauche, réalos et fundis chez les Verts allemands, belges ou français, etc. trahissent plutôt des problèmes de personnes et non des problèmes concrets.

    Seul un esprit libre sait rire

    Alexis Philonenko nous rappelle la leçon qu’a tirée Nietzsche de sa lecture de Pyrrhon et de Sextus Empiricus : “Se taire et rire”. Le philosophos, cuistre à la pensée rigide et démontrée une fois pour toutes, nous dit, en fronçant les sourcils, que l’on ne peut rire des valeurs intangibles, irréductibles, non renversables (des droits de l’homme, de la République, de la communauté occidentale des valeurs ou de l’OTAN, son bras armé, etc.). Pyrrhon et Nietzsche, au contraire, nous enseignent et nous enjoignent à en rire à gorge déployée, car, à travers le rire, souffle le vent de la liberté. Voilà pourquoi seul un esprit libre sait rire.

    Pyrrhon était originaire d’Élis, d’où était également venu Hippias, illustre sophiste. Hippias était un empiriste absolu : pour lui, il n’y avait pas d’êtres intelligibles en dehors des manifestations sensibles des objets. Pyrrhon avait rencontré Anaxarque, disciple de l’atomiste Démocrite et de Protagoras, pour qui toute théorie de la perception borne toute réalité à la réalité sensible et à la relation phénoménale ; pour Protagoras, il était illusoire de prétendre voir ou saisir la “vraie nature” des choses. Pyrrhon nous a donc enseigné :

    • à discerner le noyau d’une chose (sa phénoménalité au-delà de tous les discours construits) ;
    • à admettre qu’on ne peut l’appréhender in extenso, dans toutes ses facettes, et surtout, dans toutes les potentialités qu’elle recèle. La chose reste toujours obscure (adhla). Je ne peux donc jamais affir mer qu’une chose est telle ou telle, mais nous est seulement connue par le truchement de représentations relatives à la situation, aux circonstances (tropos [modes d'exposition]). Le scepticisme conduit à percevoir la relativité de toute chose.
    • à rechercher quel bénéfice, quel avantage, stratégique ou autre, je puis tirer de ce regard que je pose sur la chose qui m’apparaît sans jamais se révéler entièrement ? Le scepticisme déploie là une stratégie vitale concrète, sereine, libre d’affects incapacitants (apatheia).

    Créons une ataraxie a-médiatique

    Les autres figures du scepticisme antique sont Timon de Phlionte (320-230), dont le penchant pour la dive amphore était légendaire, provoquant une verve endiablée contre les dogmatiques, Ænésidème le Crétois et Sextus Empiricus.

    Ænésidème énonce une théorie de la diversité irréductible du monde et de la relativité de toutes nos perceptions et sensations, vu que les circonstances et les lieux modifient sans cesse les perspectives. Sextus Empiricus (IIe et IIIe siècles ap. JC) a vécu en plein effervescence religieuse du Bas-Empire. Il se proclame disciple de Pyrrhon d’Élis et rédige des “esquisses pyrrhoniennes” ou Hypotyposes pyrrhoniennes. Sextus Empiricus, médecin de son état, explique qu’aucun argument des zélotes religieux n’est valable en soi. Le risque d’une telle position est le conformisme, mais au­jourd’hui un rejet de toutes les lunes médiatiques ne saurait déboucher sur le conformisme. Sans cesse, les médias sollicitent artificiellement nos émotions ; un scepticisme actualisé doit opposer à ces sollicitations une épochè contemporaine [ni au sens husserlien de "mise entre parenthèses" du monde objectivé tributaire d'un Moi transcendental de par sa filiation (polémique) au doute cartésien, ni au sens d'un déni objectiviste du monde ou du pouvoir, mais d'une mise hors-jeu du monde de la représentation, et par là de toute morale du jugement], se fermer à ces discours ineptes, créer une ataraxie a-médiatique.

    Les avatars du scepticisme antique nous lèguent une anecdote significative : en 155 av. JC, Athènes est condamnée à payer une amende à Rome pour avoir pillé la Cité d’Oropos. Les Athéniens envoient une ambassade à Rome pour plaider leur cause ; elle est composée de Carnéade, Critolaos et Diogène de Babylone. Car­néade, philosophe sceptique, montre que la notion de justice est relative, que les arguments des uns et des autres peuvent être valables, sont équipotents, qu’en l’occurrence tant les Athéniens que les Romains ont raison. Carnéade applique la règle du doute universel, démontre que les lois sont des conventions entre les hommes qui peuvent être reconduites, discutées, modifiées, etc. Les 3 ambassadeurs athéniens tiennent ensuite salon dans Rome, introduisent le scepticisme dans les esprits. Caton l’Ancien, très puissant et influent à cette époque, leur donne raison, fait que l’amende est suspendue mais ordonne que les 3 philosophes soient expulsés de Rome. Le scepticisme permet une diplomatie sereine, casse la raison du plus fort (qui n’est pas plus valable que celle du plus faible). Un modèle de négociation, dont auraient pu s’inspirer les Albright et autre Solana, avant de déclencher la dernière guerre du Kosovo.

    La postérité du scepticisme est vaste : elle pourrait englober Descartes, Hume, Kant et l’empirisme logique, Popper, etc. Bornons-nous à citer deux figures du XVIe siècle, Érasme et Montaigne, et une du XVIIe, Gassendi.

    L’Éloge de la folie d’Érasme

    erasmu10.jpgLa notoriété d’Érasme [figure propagatrice de l'humanisme chrétien] a franchi les siècles surtout par l’Éloge de la folie (Stultitiae laus) de 1511. La “folie” chez Érasme revêt un double sens :

    • 1) se dégager des tics et manies des philosophes ; la “folie” est chez lui la gaité, la joie, l’innocence, l’absence de prétention ; elle critique les illusions de la vertu, des cuistres et de la société. Érasme décrit les divers ridicules dans lesquels sombrent les hommes [diatribe]. Érasme prend l’homme tel qu’il est et non pas tel qu’il se prononce dans sa “dignité”, dans les poses et les grimaces sociales qu’il adopte pour se faire valoir. Pour l’auteur de l’Éloge de la folie, l’homme se définit par ce qu’il vit, par les événements qu’il crée ou qu’il subit. Dans les statuts de l’association “Europa”, que nous avons fondée en 1993 à Bruxelles, nous avons introduit le principe de la défense des droits de l’homme, tel qu’il est, dans sa “carnalité” et dans son cadre culturel, dans sa situation spatio-temporelle, et non pas tel que l’ont imaginé de pseudo-philosophes en chambre ou des idéologues fumeux ou des politiciens sans foi ni loi qui manipulent les esprits simples et tirent de ces vilenies toutes sortes de profits sonnants et trébuchants.

    • 2) Mais il y a une deuxième dimension à la “folie” selon Érasme [faisant aussi renvoi allusif à la formule paulinienne pour désigner le christianisme : "scandale pour les Juifs ; folie pour les Grecs"]. Pour lui, la “folie du chrétien” consiste à croire sans spéculation, à ne pas vouloir créer une nouvelle religion. Dans Enchiridion militis chrisitani (Le manuel du militant chrétien, 1504), Érasme accepte le cadre civilisationnel catholique sans chercher à le justifier, car le justifier conduirait à énoncer des théories ou des doctrines réfutables, à engager des discussions sans fin, foncièrement stériles (nous retrouvons là l’horreur de la discussion pour la discussion qu’éprouveront plus tard Donoso Cortès et Carl Schmitt). Érasme nous en­seigne à accepter le cadre spatio-temporel, tel qu’il est, sans pour autant sombrer dans le conformisme, car le conformisme, c’est se fa­briquer une “dignité”, se composer un personnage, prendre des poses, se donner un “look”, et s’y accrocher ridiculement.

    Montaigne, sceptique dans les tourbillons de la vie

    montai10.gifEn 1576, Montaigne termine la rédaction de son Apologie de Raimond Sebond. Dans quel contexte a-t-il rédigé ce maître-ouvrage des lettres françaises du XVIe siècle ? Son père, âgé, mal-voyant, lui avait demandé de traduire les écrits d’un philosophe catalan du XVIe siècle, auteur de la Theologia naturalis sive liber creaturarum. Montaigne, par piété filiale, s’est exécuté, mais a ajouté au texte traduit une foule de commentaires, notamment issus de sa lecture très attentive du De rerum natura de Lucrèce et des Hypotyposes pyrrhoniennes de Sextus Empiricus. Montaigne, contrairement à un préjugé malheureusement assez courant, était un homme actif, en prise directe sur les problèmes de son temps, et non pas un oisif enfermé dans sa tour-bibliothèque. Montaigne était plongé dans les courants tourbillonnants de la vie de son époque mouvementée. Ses commentaires, en marge de la traduction du livre de Raimond Sebond, nous enseignent :

    • que la raison ne peut rien établir de définitif ; elle reflète toujours une étape temporaire de la caducité des choses ; les raisonneurs sont malhonnêtes, ils nuisent au bonheur de nos vies ; ils sont vaniteux et ridicules. « L’homme qui n’est rien, s’il pense être quelque chose se séduit soi-même et se trompe ».
    • que les jugements sont toujours marqués d’incertitude, d’où l’inanité des assertions/affirmations qui se veulent éternelles et universelles.

    Du point de vue politique, Montaigne nous dit que les lois sont la mer flottante des opinions d’un peuple et d’un prince, qui l’un comme l’autre, changeront un jour d’opinion et d’avis. Il dit ainsi clairement qu’il n’y a pas de lois humaines universelles. Ses réflexions nous aident à mieux comprendre l’opposition entre légalité et légitimité (Carl Schmitt) ou entre “pays légal” et “pays réel” (Maurras).

    Gassendi : dégager l’homme de ses liens de mille nœuds

    gassendiPierre Gassendi (1592-1655), autre philosophe intéressant pour notre propos sur les sceptiques, était chanoine à Digne et professeur à Aix. Il fut le correspondant de Galilée et un critique de l’aristotélisme (qu’il considérait comme un “système”), proche des libertins érudits (mais sans oublier ses devoirs d’ecclésiastiques). Gassendi fut un critique de Descartes. Il publia des travaux sur Épicure et se situa entre le libertinisme et l’orthodoxie religieuse. Pour Gassendi, on ne peut enfermer la liberté de l’esprit dans aucune doctrine. Quatre points majeurs de son œuvre doivent retenir notre attention dans le cadre du présent exposé :

    1. Très vite dans la vie de l’homme, l’esprit est ligoté de mille nœuds, les conventions le retiennent dans ses liens.
    2. La philosophie a pour tâche de nous faire retrouver notre liberté.
    3. Bon nombre de philosophes font fausse route en imposant à l’entendement chaînes et entraves. Ces philosophes sont attachés au râtelier comme du vil bétail (Gassendi anticipe ici les travaux de Simmel, Heidegger, Lukacs et Sartre, tous critiques des conventions et pesanteurs institutionnelles).
    4. Le spectacle de la nature peut mener à Dieu. L’harmonie de la nature est la simple preuve de l’existence de Dieu. Le regard qui appréhende ce spectacle est un regard pluriel, un regard jeté par mille yeux (et nous revenons à Nietzsche !).

    Conclusion

    Notre propos était de montrer la trajectoire du scepticisme des Grecs au Grand Siècle [XVIIe siècle]. Cependant il serait injuste de terminer abruptement sans au moins citer David Hume, rénovateur de la veine sceptique, en réhabilitant le rôle des sens dans l’appréhension du monde extérieur. Le recours aux sens corrige ou annule dogmes et abstractions. Mais, l’œuvre de Hume recèle un risque : devenir un positivisme trop étriqué. Ou bien, nouvelle lecture, avec sa volonté de faire confiance aux sens, Hume cherche-t-il à pénétrer les mystères du réel ? Le débat est ouvert. Il est une interpellation de la modernité. Sûrement l’objet d’un prochain débat de notre atelier philosophique.

    ► Robert Steuckers, Nouvelles de Synergies Européennes n°43, 1999. 

    (Communication au Colloque de Synergies Européennes – France, Metz, 26 juin 1999)

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    ◘ Bibliographie :

    • Frédéric BRAHAMI, Le scepticisme de Montaigne, PUF, 1997.
    • Lambros COULOUBARITSIS, Aux origines de la philosophie européenne : De la pensée archaïque au néoplatonisme, De Boeck/Université, Bruxelles, 1994.
    • Manuel de DIÉGUEZ, Rabelais, Seuil, 1960.
    • Hugo FRIEDRICH, Montaigne, Gal./TEL, 1968.
    • Bernard GROETHUYSEN, Anthropologie philosophique, Gal., 1953-80.
    • Klaus-Jürgen GRUNDNER, « Michel de Montaigne 1533-1592 », in Criticón n°66, Juli/August 1981.
    • Lucien JERPHAGNON, Histoire de la pensée : Antiquité et Moyen Âge, Tallandier, 1989.
    • Sarah KOFMAN, Nietzsche et la scène philosophique, UGE 10-18, 1979 (Galilée, 1986).
    • Silvano LONGO, Die Aufdeckung der leiblichen Vernunft bei Friedrich Nietzsche, Königshausen & Naumann, Würzburg, 1987.
    • LUCIEN de SAMOSATE, Sectes à vendre, Mille et Une nuits, 1997. Présentation par Joël GAYRAUD.
    • Ian MACLEAN, Montaigne philosophe, PUF, 1996.
    • Simone MAZAURIC, Gassendi, Pascal et la querelle du vide, PUF, 1998.
    • Daniel MÉNAGER, Présentation des "Essais" de Montaigne, Larousse, 1965
    • Michel de MONTAIGNE, Apologie de Raimond Sebond, Gal., 1962-67. Introduction de Samuel Sylvestre de SACY.
    • Bernard MORICHÈRE (dir.), Philosophes et philosophie : Des origines à Leibniz, tome 1, Nathan, 1992.
    • Emmanuel NAYA, Rabelais : Une anthropologie humaniste des passions, PUF, 1998.
    • Raphaël PANGAUD, Présentation des "Essais" de Montaigne, Larousse, s.d.
    • Brice PARAIN (dir.), Histoire de la philosophie - 1 : Orient, Antiquité, Moyen Âge, Gal./La Pléiade, 1969.
    • Alexis PHILONENKO, Nietzsche : Le rire et le tragique, Livre de Poche/Biblio-Essais, 1995.
    • Andreas PLATTHAUS, « Prinz Güldenkiel. Montaigne erhält den Ritterschlag », in Frankfurter Allgemeine Zeitung, Literaturbeilage, 3. Nov. 1998 (recension de la trad. all. de Michel de Montaigne de Jean Lacouture, Campus, Frankfurt am Main, 1998).
    • Jean-François REVEL, Histoire de la philosophie occidentale : Penseurs grecs et latins, Livre de Poche, 1968.
    • Hélène VÉDRINE, Les philosophies de la Renaissance, PUF, 1971.
    • Hélène VÉDRINE, Philosophie et magie à la Renaissance, Livre de poche/Biblio-Essais, 1996.

    ◘ On pourra aussi consulter :

    * : on se reportera not. dans ce recueil à : « Scepticisme et conservatisme chez Montaigne ou qu’est-ce qu’une politique sceptique ? », Hubert Vincent, p. 132-163.

    ◘ Conseillons pour la période antique, outre l'excellent ouvrage introductif : Le Scepticisme, F. Cossuta, PUF / coll. Que sais-je ?, 1994 (épuisé ; npc avec le titre Les scepticismes par C. Lévy dans cette collection) :

    * : JP Dumont rattache le scepticisme montanien à une veine phénoméniste, avatar tardif du scepticisme antique, contrairement à M. Conche qui le considère comme s'en dégageant par une « philosophie de l'apparence pure » proche du scepticisme originel (renouant avec Pyrrhon) : la mise à l'essai de son être est d'ordre zététique. Pour résumer l'opposition entre les deux lignes d'interprétation du scepticisme antique, F. Cossuta note : « L'écart théorique qui sépare le scepticisme originel de ses dernières formes antiques, est ainsi conforme à celui qui distingue deux modèles d'humanité : l'un, à l'aube de la Grèce hellénistique, encore tout imprégné de l'image â la fois solaire et tragique de la sagesse, l'autre, déjà tourné vers une conception anthropologique de l'homme, que son savoir prépare à la transformation technique du monde ». Le modèle hellénistique, c'est celui qui apparaît quand on étudie le pyrrhonisme sans le prisme de Sextus Empiricus. La conception anthropologique, c'est celle qui apparaît à travers le scepticisme phénoménaliste mis en avant par Sextus Empiricus et Diogène Laërce.

    ♦ Documentation internet : Dossier Encyclopédie de l'Agora

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