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    Nouvelles de Synergies Européennes n°11

    Juin 1995



    ◘ SOMMAIRE :

    ÉDITORIAL :

    • La question du paganisme (G. Syncir) [lire ci-dessous]

    EUROPE :

    • Français et Allemands (P. Monthélie)
    • Le Vatican et la politique européenne (P. Monthélie)
    • Helsinki (Finlande) capitale culturelle de l’Europe en l’an 2000 ? (PM)

    GÉOPOLITIQUE :

    • Le bouleversement du monde (L. Sorel)
    • Balkans : cultures et géopolitique (J. de Bussac)
    • Comprendre les aspirations slaves (R. Steuckers)

    HISTOIRE :

    • Le dernier Dumézil… (P. Canavan)
    • Redécouverte des Gaulois (P. Canavan)
    • Aux origines de Saint-Petersbourg (J. de Bussac)
    • Sanctuaires souterrains aux origines de l’Église en France (P. Monthélie)

    IDÉOLOGIE :

    • Socialisme et occultisme (PM)
    • Histoire de la notion de “Troisième voie” (L. Nannens)
    • Incompatibilité du socialisme et de la Révolution française (RS)

    LITTÉRATURE :

    • Giacomo Leopardi (J. de Bussac)
    • Un nouveau-venu chez les libraires : Quarto (PM)
    • La Place Royale n°36 [avec Henry Montaigu] (PM)
    • Pour une lecture révisionniste d’Ernest Sabato (B. Dietsch)
    • De la notion de roi dans l’œuvre de G. D'Annunzio (X. Cheneseau)

    DOSSIER ARCHITECTURE :

    • Du temple au bureau  (G. Otero)
    • Transparence totalitaire (JJ Esparza)
    • L’espace des grands centres de décision (A. Bernabeu)

    PEUPLES DU MONDE :

    • Le Toit du monde : hors-la-loi et aventuriers au Tibet (J. de Bussac)

    PHILOSOPHIE :

    • Réponse de Kant à l’abbé Sieyès (JdB)
    • La leçon de Leibniz : les monades (RS)
    • Herder : des monades aux peuples (RS)
    • La tradition romantique (RS)

    TRADITIONS :

    • Rites de passage (JdB)
    • Calendrier pyrénéen (JdB)
    • Les fêtes celtiques (P. Canavan)
    • Insurrection solaire [Solaris] (JdB)
    • Actualité du paganisme (P. Canavan)
    • Le symbolisme tel qu’en lui-même (JdB)
    • Dainas : chants traditionnels de Lettonie (JdB)
    • Lumière sur le paganisme antique (P. Monthélie)
    • 8ème Session d’Histoire médiévale [Centre d’Études cathares] (PM)

     

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    ♦ Nota bene :
    Pour ouvrir les liens vers les articles disponibles, cliquer sur la partie rouge de la ligne de présentation.

    Sur notre couverture : rencontre entre la Pythie de Delphes et Oreste.

     

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    NSE 11La question du paganisme

    Synergies est une association qui se rattache à une vue du monde paneuropéenne, où les racines pré-chrétiennes sont considérées comme incontournables, comme constitutives de notre mental, en dépit des éradications de tous ordres qui ont pu être commises et en dépit, aussi, des pseudo-morphoses, c’est-à-dire, pour Oswald Spengler, ces transformations de surface qui n’affectent en rien le fond des choses. En ce sens, Synergies est d’abord une structure d’affirmation identitaire, de défense de notre héritage antique. La religiosité européenne, avant et après la christianisation, est surtout un lien intime et permanent entre l’homme, la nature et le cosmos. Cette religiosité, comme l’a très bien démontré Sigrid Hunke, est unitarienne : pour elle, l’univers est un tout, dont l’homme est une partie. En chacun de nous, se tiennent, tapis, une parcelle d’étoile et un morceau de (notre) terre. Cette filiation entre l’infiniment grand et l’infiniment petit s’exprime par des symboles, des rites, des dieux (et puis des saints…) et à travers une structure religieuse qui organise le sacré. En détruisant cette culture immémoriale, en la remplaçant par une religion schématique, un laïcisme mécaniciste ou un matérialisme historique, les pouvoirs politiques dévoyés qui ont régné sur l’Europe au cours des siècles ont imposé petit à petit un changement de mental. On a biffé le pluriel en nos âmes : sont apparues les vérités uniques, schématiques et imposées par la coercition, l’idée de péché permettant de manipuler les esprits simples, l’idée d’une humilité mal comprise comme négation du corps et de la volonté. Ces notions ont remplacé les rapports féconds des communautés humaines avec des dieux, forces numineuses. Nous nous sommes trouvés en face d’une inversion problématique des valeurs : de sujets en harmonie avec une parcelle précise du cosmos, nous sommes devenus les objets de volontés délocalisées, détachées de toute réalité spatiale, politique et tangible. À partir du XVe et du XVIe siècles, le pouvoir a voulu réduire définitivement les résidus de la véritable religion qui est lien aux lieux. C’était l’heure de l’inquisition, de la chasse aux sorcières, des bûchers. L’Europe entière a subi cette modernisation par le fer et par le feu, jusqu’à ce que les autonomies et les communautés aient perdu tout ressort, plaçant immédiatement les individus devant le pouvoir central, sans corps intermédiaires, sans défense.

    Les bourreaux vainqueurs ont ensuite écrit l’histoire à leur façon. Il s’agissait d’extirper la “sorcellerie”, le “paganisme” ou le “satanisme”, ou, comme dans la version laïque, “l’obscurantisme” et la “superstition”. Vatican II élimine le culte des saints, comme les intellectuels citadins vitupèrent contre les archaïsmes ou les enracinements. Et nous sommes aujourd’hui devant une humanité complètement vidée de substance réelle. Mais, au vu de ce qui paraît chez les éditeurs aujourd’hui — et dont ce numéro rend compte —, il faut croire que l’âme des peuples ne s’arrache ni ne s’achète, car jamais la revendication des identités, en Europe ou ailleurs, ne s’est éteinte.

    Mais si telle est notre version de l’histoire religieuse de l’Europe, nous tenons tout de même à apporter quelques précisions à nos lecteurs :

    • 1) Les modes d’expression du paganisme européen, tel qu’il se pratiquait il y a plus de 800 ans dans nos région de l’Ouest du continent, il y a à peine 300 ans dans le pays baltes, sont désormais inadéquats, incompréhensibles pour la plupart de nos contemporains. Si, sur le plan intellectuel, nous demeurons fidèles à l’esprit de ces religiosités du corps et du lieu, nous n’avons pas la prétention, en pratique, de réinventer un culte, des rites, des processions, démarches qui apparaîtraient assez vite comme carnavalesques. La défense de nos héritages les plus lointains passe par la philologie classique, l’exploration des sources du droit, l’ethnologie, etc. Sans une consolidation académique, rien ne pourra être sauvé. Le travail des séminaires universitaires, les travaux des archéologues, sont les seules démarches possibles.

    • 2) En compénétrant notre culture et notre civilisation, le christianisme, surtout sous sa forme catholique, a certes éradiqué beaucoup de choses essentielle, mais il en a conservées aussi, en les travestissant, en baptisant “saint” le vieux deus loci. Par ailleurs, la mystique, notamment en Flandre et en Rhénanie, a véhiculé des formes essentielles de notre religiosité profonde. Avec un vernis chrétien. Les rites funéraires, les coutumes transmises pour les naissances ou les mariages, pour les grands événements de la vie sont, au fond, un syncrétisme, où trop de choses respectables demeurent. Face justement à ces syncrétismes, nous ne pouvons adopter une attitude de rejet absolu, qui équivaudrait à jeter le bébé avec l’eau du bain. Ensuite, par les attitudes doctrinaires et antipathiques sont totalement inopportunes et il nous semble inutile de se soustraire à des conventions sociales qui, qu’on le veuille ou non, structurent encore assez solidement nos communautés, familiales ou claniques.

    Travail en profondeur sur le plan intellectuel, tri entre le “bon grain” et “l’ivraie” au sein du christianisme européen et du “catholicisme sociologique”, attitude conciliante au sein de nos familles : voilà les attitudes à adopter et à faire adopter.

    ► Gilbert Sincyr.

     

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