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    MonfreidHenry de Monfreid : flibustier de la Mer Rouge

    Philippe Baraduc publie chez Arthaud un bel album sur Henry de Monfreid flibustier de la Mer Rouge. Voici la présentation de l'éditeur : « Henry de Monfreid (1879-1974) est à classer dans la catégorie des “écrivains-aventuriers”. Son père, peintre et ami de Gauguin, lui a lé­gué la passion de la mer. Au début du XXe siècle, l'aventure co­lo­nia­le est à la mode. En 1911, Monfreid débarque à Djibouti, petit comp­toir français sur les bords de la Mer Rouge. Commence alors une vie d'aventures qui se poursuivra jusqu'à la fin de sa vie. En Éthio­pie, il se fond aux indigènes, apprend leur langue et leurs cou­tu­mes et se convertit même à l'Islam. Pour eux, il sera Abd el Hai, “l'es­cla­ve du vivant”. L'appel du large le motive au point qu'il construit lui-mê­me ses bateaux, dont trois boutres qui parcourent les mers, l'Ibn-el-Ba­har, l'Altair et le Moustérieh, et transportent armes, perles et ha­schisch presque toujours à la barbe des Anglais. Une rencontre, celle de Joseph Kessel, le pousse à écrire. Paraissent alors les premiers ré­cits d'aventures vécues et romans pittoresques dont le succès est im­médiat : Les secrets de la Mer Rouge, Pilleurs d'épaves, La Croi­sière du Haschisch, etc. Beaucoup de ces récits sont publiés dans les jour­naux de l'époque. On suit avec intérêt les tribulations de ce “Loti” a­vent­urier, devenu correspondant de guerre dans les années qui voient se préciser le second conflit mondial, et qui se fait le chantre de l'aventure coloniale italienne en Abyssinie, au terme de démêlés vio­lents avec le Négus et les Britanniques. Prisonnier des Anglais et dé­porté au Kenya, il y vivra, une fois libéré, plusieurs années heu­reu­ses, parmi les animaux. De retour en France, il tentera plusieurs fois, à nouveau, l'aventure en mer ». Un beau livre illustré de nombreux do­cuments dont d'étonnantes plaques de verre coloriées par Mon­freid.

    ◊ Philippe Baraduc, Henry de Monfreid flibustier de la Mer Rouge, Arthaud, 1998, 160 p.

    ► Pierre Monthélie, Nouvelles de Synergies Européennes n°42, 1999.

     

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    MonfreidTrop aventurier pour être honnête

    ♦ Recension : Aventures d’Afrique et Aventures en Mer Rouge, Henry de Monfreid, Grasset, 1988.

    Une première et importante question : est-il bien utile de “redécouvrir”, comme on nous le propose à peu près tous les dix ans, Henry de Monfreid ? S’il s’agit de sa légende personnelle — fort entretenue, à l’époque, par feu Joseph Kessel — elle continue à perdurer toute seule, assez vague mais persistante. S’il s’agit de sa qualité d’écrivain, il n’est pas du tout sûr que ce soit un service à lui rendre.

    Les éditions Grasset ont néanmoins renouvelé l’expérience cet été avec une rare bonne volonté, en publiant deux gros volumes très soignés, qui groupent les six œuvres de Monfreid considérées comme “essentielles”, de L’homme à la main coupée aux Secrets de la Mer Rouge. Il est dommage, soit dit en passant, qu’on ait oublié Les guerriers de l’Ogaden, petit livre où Monfreid célébrait en termes déroulédiens les exploits des soldats de Mussolini face aux vilains Éthiopiens. Mais il faut rendre à ’auteur cette justice qu’il n’a, jusqu’au terme de ses quatre-vingt-quinze années d’existence terrestre, jamais caché sa profonde aversion pour le Négus et pour les siens. Il avait, pour cela, des raisons personnelles — et parfois peu avouables, mais le cœur y était.

    Des trafics douteux

    L’ennui, avec des gens comme Monfreid, est qu’on ne sait jamais très bien si l’on doit les considérer comme des auteurs ou comme des personnages. Et, donc, sur quels critères exacts ont doit les juger.

    Pour beaucoup de gens, Monfreid demeure le “portrait de l’aventurier”, encore qu’il ait été oublié dans le malencontreux ouvrage publié sous ce titre par M. Roger Stéphane. Il symbolise également l’aventurier “de droite”, dandy de vieille race reconverti dans le piratage en tous genres, belle tête d’oiseau de proie à peine fatigué et adversaire ostensible des décadences européennes. Mais c’est précisément ici que quelques nuances s’imposent. Il ne faut pas oublier, en effet, qu’une conception de la vie qui se voulait aristocratique ne l’empêcha nullement de se livrer aux trafics les plus douteux, en commençant par ceux de la drogue et des armes. Par quelle extrémité qu’on prenne le personnage, il est fort difficile de faire de lui un héros, d’autant que, dans le récit de ses « exploits », la mythomanie littéraire le dispute souvent au gommage pudique.

    À bien des égards, pour le comparer à des personnages ayant su construire une légende sur des apparences judicieusement entretenues, Henry de Monfreid est moins menteur qu’un André Malraux ou un Ernest Hemingway. Il y a toujours, chez lui, un vieux fond de réalité qui sommeille, même s’il est de deuxième ou troisième main. Monfreid inventait peu, en fait ; il écoutait beaucoup et racontait ensuite, en tirant généreusement à lui la couverture, en passant à sa moulinette personnelle les immuables récits des marchés du Proche-Orient où chaque pelé et chaque tondu se prend un jour ou l’autre pour Shéhérazade.

    Un conteur de marchés

    Et nous en arrivons directement ici aux qualités prétendues de l’écrivain. Il est certain que Monfreid savait raconter, avec la lenteur assassine et les circonlocutions étranges des mendiants payés pour cet office sur les marchés des mers chaudes. De là à dire qu’il savait écrire, il y avait un grand pas, diablement difficile à franchir. On peut se rendre compte à la relecture que sa prose demeurait toujours plate et pompeuse, quel que soit le sujet évoqué. Monfreid suivait pieusement la ligne du récit oriental, mais se révélait incapable de transfigurer celui-ci à un point donné, comme le faisait un Rudyard Kipling, par exemple, avec les histoires de son enfance indienne, marquant en permanence de son ton personnel, de sa cadence personnelle, et, en bref, de son génie personnel l’anecdote recueillie au marché.

    Qui pourrait imaginer une minute Henry de Monfreid écrivant Kim ou L’amendement de Todd ? Il se sera finalement borné à transcrire de façon parfaitement ennuyeuse des affaires qu’avec un peu d’efforts et un peu de mérite, on pourrait subodorer passionnantes.

    À travers le cas de Monfreid, qui nous est perpétuellement remis sous les yeux, on peut mesurer tous les ravages commis par ce qu’on appelle communément le “sainte-beuvisme”, c’est-à-dire la manie de juger les écrivains non pas seulement sur l’œuvre qu’ils nous livrent, mais sur les miettes éparses de leur vie. La critique littéraire américaine connut cet âge ingrat entre les années trente et les années cinquante, époque où il ne faisait pas bon publier un roman aux États-Unis si l’on n’avait pas été successivement scieur de long, ouvrier métallurgiste, agrégé de philosophie et vendeur de savon au porte-à-porte. C’est ainsi que le regrettable Hemingway, déjà cité, construisit toute une carrière, non sur son talent pour le moins obscur, mais sur un tibia d’argent, quelques voyages en Afrique et la vague réputation d’avoir aperçu un taureau dans une arène.

    Puis, les Américains se calmèrent. Il serait bon que les Français en fassent autant. Proust n’avait pas besoin d’être patron de felouque pour être plus intéressant que Monfreid.

    ► Jean Bourdier, Le Choc du Mois n° 12, 1988.

     

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    MonfreidUne biographie d'Henry de Monfreid signée Francis Bergeron…

    Qui suis-je ? Henry de Monfreid par Francis Bergeron, Pardès, 128 p. - 12 €.

    « Le monde des vertueux n'a jamais cessé de m'accabler, on m'a voulu négrier, vendeur de femmes, je fus opiomane, mais moi, contrairement à beaucoup d'autres, devant ma glace, chaque matin, je peux me serrer la main. »

    Henry de Monfreid est, avec Jack London, l'un des seuls authentiques aventuriers-écrivains. L'un tenté par le socialisme, l'autre par le fascisme, tout devrait les opposer, mais leur indifférence au danger et au "qu'en-dira-t-on" les fait se rejoindre dans la quête inassouvie d un absolu individualiste. L'œuvre de Monfreid, très autobiographique, se lit comme un roman. Mais le faux et le vrai se mêlent, surtout quand le héros, lui, a souvent le beau rôle. Ce pourrait être une première raison de ne pas aimer Monfreid. Il y en a mille autres encore : il a vécu du trafic de drogue ; il assure ne pas s' être livré à la traite des noirs, mais, là où il vivait, la frontière était étroite entre esclave et serviteur ; le trafiquant d'armes qu'il fut peut-il garantir n'avoir jamais traité avec l'ennemi ? Toutes ses femmes, européennes ou indigènes, les a-t-il rendu heureuses ?  Les a-t-il même aimé ? Quelle dureté avec certains de ses enfants ! Où sont passés les tableaux de Gauguin ? Combien de ses employeurs Monfreid a-t-il volé ? N'a-t-il pas du sang sur les mains ? Opiomane, converti à l'islam, initié à la franc-maçonnerie, peut-il être érigé en modèle ? Ce Qui suis-je ? Monfreid montre que l'auteur des Secrets de la Mer Rouge symbolise le génie propre à un Européen qui, fût-il seul, plongé dans un univers totalement étranger et hostile, sait triompher. Monfreid donne cette leçon de courage : prison, fortune, prison, fortune, prison ; les séquences se succèdent, mais, toujours, il relève la tête. C'est bien une sorte de héros, malgré tout. Un homme à admirer. Et à lire.

    « Combien aventureux et aventurier fut Monfreid ! Il fallait pour évoquer sa vie et ses fabuleux récits avoir soi-même tâté aussi un peu d'aventure, même fort différente. (…) Un fabuleux destin et quelle allure ! » (Guy Chambarlac, Nouvelle Revue d'Histoire)

    « (…) une excellente synthèse de sa vie, de ses exploits, de ses livres. (…) Grâce à Francis Bergeron le flibustier à la face d'aigle est ressuscité » (Jean-Paul Angelelli, Rivarol)

    « Toute la vie d'Henry de Monfreid a été une insulte à la morale et au politiquement correct. (…). Le bourlingueur de la mer Rouge a “mauvais fond”. Mais c'est tout le sel de ce brillant petit ouvrage (…) que de rappeler cette évidence aux tartuffes contemporains qui ne cessent de gommer les aspects jugés les plus déplaisants de l'auteur de La croisière du haschich pour mieux châtrer son œuvre. (…) On ne fait pas de bonne littérature d'aventures avec de bons sentiments » (Pascal Esseyric, éléments)

    « Monfreid apparaît non seulement comme un voyou — ce dont il était difficile de ne pas se douter — mais aussi comme un assez joli monstre d'égoïsme. (…). N'empêche, on ferme le livre en songeant: quelle vie ! » (Monde et Vie)

    « Francis Bergeron nous retrace fort bien sa vie. (…) un bel hommage et une belle évocation, (…) une excellente invitation au voyage et à la redécouverte de l’œuvre de Monfreid » (Réfléchir et Agir)

     

    Bonnard

     

    Henri de Montfreid

    « Jamais de repos, jamais de halte sur la route brûlante auprès de la source fraîche, seulement une gorgée prise au passage dans le creux de la main… et on reprend la course dans la poussière. » Telle apparaissait la vie pour Henry de Monfreid. Vieille compagne, la mort ne surprit pas, la nuit du 12 au 13 décembre 1974, ce prodigieux vieillard de 95 ans : « Il faut vivre comme si on était éternel ; il n'est pas plus difficile de mourir que de naître ». Mers, soleil, vents l'avaient délivré des rêveries obscures, des conventions et des habitudes, de ce qu'il appelait « le troupeau » pour lui permettre d'écouter tout ce qu'il portait en lui, comme une mère porte un enfant, l'Aventure. Mais se dépouiller du vieil homme n'est pas facile. Un échec à l’École polytechnique, la rupture avec sa famille, de nombreux petits métiers, des amours de passage lui font mesurer « sa veulerie, ses lâchetés, ses faiblesses ». Mentir pour être cru, tricher pour gagner semblent à ce jeune homme les lois d'une cité où « l'homme perd sa propre estime », où il ne connaît plus son tirant d'eau, où aucune épreuve ne lui révèle sa valeur. Aussi fuit-il ce monde faux, non pour s'adonner à des spéculations métaphysiques, mais pour affronter une rude réalité « afin, écrit-il, de fortifier en lui ses éléments combatifs ». Il a 30 ans, trois de plus que Rimbaud, lorsqu'il découvre l’Éthiopie et la mer Rouge en 1910. Pendant trente-huit années, il en recherche les secrets, se battant contre les pirates et les États, vendant des armes, des perles, du hachisch, côtoyant des marchands d'esclaves et des princes, rencontrant aussi bien le Négus que Mussolini, conversant avec Teilhard de Chardin après s'être converti à l’Islam. Contrebandier, pirate, gentilhomme de fortune, il écume les mers d’Orient, devient guide de chasse au Kenya, avant de planter son ancre à terre, en Berry, dans une demeure datant d'Henri IV. Sans jamais avoir failli à sa parole ni à son honneur. Au milieu de ses aquarelles, après avoir écrit une soixantaine d'ouvrages, Henry de Monfreid terminait d'ordonner ses souvenirs : « Je plante un pommier, aimait-il à dire, et n'en mange pas les pommes. Mais je mange celles de l'arbre qu'on a planté avant moi. Et bien d'autres mangeront les pommes que j'ai plantées. Il faut vivre comme cela ». Ivre d'aventures, il tenait à marquer son attachement à la terre d'Europe : terre d'aventures, terre d'aventuriers, toute à son image.

    ► Jean-Louis Voisin, éléments n°8-9, nov. 1974.

     

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