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    Indo-EuropéensL’origine des Indo-Européens

    Les travaux de l’Anglais Colin Renfrew ont apporté une vision nouvelle, proprement révolutionnaire, des sociétés protohistoriques d’Europe, ruinant les mirages de l’ex Oriente Lux. Lothar Kilian se limite au fait indo-européen. Son ouvrage permet de délimiter la patrie originelle du peuple indo-européen primitif. Ce territoire s’étendait, selon toute vraisemblance, de la Frise à la Volga. Au Nord, vivaient les peuples de langues finno-ougriennes ; au Sud, les Méditerranéens. En Afrique du Nord, les peuples hamito-sémitiques.

    ♦ Recension : Lothar Kilian, Zum Ursprung der Indogermanen : Forschungen aus Linguistik, Prähistorie und Anthropologie, Dr. Rudolf Habelt GmbH, Bonn, 1983, 178 p., 66 ill. Traduction française par Felicitas Schuler : De l’origine des Indo-Européens, Labyrinthe, 2001, préf. J. Haudry [consultable ici] [commandable ici]. Présentation éditeur : L'origine paléolithique de l'ethnie indo-européenne, attestée par l'existence, entre - 40 000 et - 15 000, en Europe et dans les régions périphériques du sud, d'une grande unité linguistique — l'européen primitif (Ureuropäisch) — est la thèse que développe cet ouvrage devenu un classique des études indo-européennes.

    ***

    C’est depuis les travaux du linguiste allemand Franz Bopp, en 1816, que l’on a découvert la parenté entre les diverses langues indo-européennes. Au XIXe siècle, une importante quantité de savants, de préhistoriens, d’anthropologues se sont penchés sur la question. Ils cherchaient à savoir s’il avait existé un peuple-locuteur d’une langue-matrice originelle, ancêtre de toutes les langues indo-européennes actuelles. Au départ, la tendance générale était d’affirmer l’existence effective d’un peuple indo-européen. Ensuite, est venu un scepticisme hypercritique. Aujourd’hui, les thèses qui réfutaient l’existence d’une langue commune et, partant, d’un peuple originel, ont été infirmées par les progrès de la recherche. Des congrès universitaires mondiaux, tel celui de Dubrovnik en 1979, rassemblant des savants du monde occidental et du monde soviétique, les travaux d’Émile Benveniste et de Georges Dumézil en France, ceux de Marija Gimbutas, d’Edgar Polomé, de Roger Pearson (co-éditeurs de la revue américaine The Journal of Indo-European Studies) et de beaucoup d’autres aux États-Unis, de Giacomo Devoto en Italie et, enfin, les manuels précis, didactiques et remarquablement synthétiques de Jean Haudry, parus dans la célèbre collection Que sais-je ? des PUF, ont puissamment contribué à démontrer l’existence effective d’un peuple indo-européen originel, d’où sont issus tous les autres.

    KilianLe dernier ouvrage en date sur cette question, complète de cartes qui résument de manière saisissante toute la problématique, nous est dû à la plume de l’historien-archéologue allemand Lothar Kilian [1911-2000]. Celui-ci, dans Zum Ursprung der Indogermanen, nous rappelle l’essentiel des études indo-européennes, à savoir la classification des langues en divers groupes : germanique, italique, celtique, iranique, slave, balte, etc. ; ainsi que les caractéristiques grammaticales et syntaxiques de ces langues. Bien établie, la science linguistique n’est guère contestée dans ses fondements aujourd’hui. Ce qui, en revanche, suscite des polémiques sont 1) la localisation de la patrie originelle des Indo-Européens ; 2) la carte d’identité anthropologique des locuteurs du parler indo-européen originel.

    Pour ce qui concerne la localisation de la patrie originelle, Lothar Kilian énonce dix thèses, déduites de recherches multi-directionnelles, englobant la climatologie, l’archéologie préhistorique, la toponymie, etc.

    ◊ 1) La patrie originelle se situe dans une zone au climat tempéré et frais.

    ◊ 2) Cette patrie comprenait à la fois des zones forestières baignées de cours d’eau et des zones aux forêts clairsemées et presque sans fleuves.

    L’histoire européenne est l’histoire de l’expansion de ces peuples indo-européens qui ont marqué notre continent et sa périphérie à des degrés divers. Slaves, Baltes et Germains constituent, plus ou moins, des peuples indo-européens à part entière. Les autres sont des mélanges d’Indo-Européens avec des Méditerranéens, des Finno-Ougriens ou des Hamito-Sémites. Kilian analyse le processus de formation ethnique des premiers Européens. Son livre est une synthèse brillante de tous les travaux entrepris depuis 1816 sur la question.

    ◊ 3) Les Indo-Européens ont dû se former, en tant que peuple, dès le Néolithique (peut-être même avant) et ont constitué une culture essentiellement paysanne d’agriculteurs et d’éleveurs.

    ◊ 4) Au Néolithique, l’Europe était divisée en diverses zones linguistiques. Au Nord (Scandinavie et Russie septentrionales), la zone des parlers finno-ougriens ; sur la rive nord de la Mer Méditerranée, la zone des langues méditerranéennes ; en Afrique du Nord et en Asie Mineure, la zone hamito-sémitique ; l’Europe occidentale, proche du littoral atlantique, présente, elle aussi, une toponymie non-indo-européenne. Dans le reste du territoire européen, de la Mer du Nord à la Vistule, dans les Alpes, les Balkans et en Ukraine, toute la toponymie est d’origine indo-européenne. Les racines étrangères y sont quasi inexistantes.

    ◊ 5) Cette toponymie strictement indo-européenne amène Kilian à la déduction que les cultures néolithiques centre-européennes étaient déjà indo-européennes.

    ◊ 6) Les parentés lointaines observables entre les parlers finno-ougriens, hamito-sémitiques et méditerranéens supposent l’existence, au Paléolithique, d’une langue européenne unique.

    ◊ 7) Les débuts de l’Indo-Européen doivent se situer vers 10.000 avant notre ère.

    ◊ 8) Le processus de dispersion et de fragmentation de la langue et du peuple indo-européen des origines doit avoir commencé entre 4000 et 5000 avant notre ère.

    ◊ 9) Vers -2000, il existait déjà plusieurs langues indo-européennes distinctes.

    ◊ 10) Tous ces faits linguistiques tentent à prouver la localisation au centre et à l’Est de l’Europe de la patrie originelle des peuples indo-européens. Ils excluent toute hypothèse exclusivement asiatique.

    Kilian, ensuite, nous promène dans le monde complexe des hypothèses en préhistoire et détermine quelles sont les cultures préhistoriques d’Europe qui peuvent être considérées comme indo-européennes. À la suite des chapitres consacrés à l’anthropologie des locuteurs, Kilian propose également dix thèses :

    ◊ 1) Les Indo-Européens étaient très vraisemblablement de type nordique.

    ◊ 2) Il existe plusieurs définitions anthropologiques de la “race nordique”. Kilian se réfère à celle de l’anthropologue allemand Egon von Eickstedt.

    ◊ 3) Il convient de bien distinguer, parmi les ethnies à cheveux et à yeux clairs, les “nordides” et les “dalides”, issus de deux populations paléolithiques distinctes. Les populations hybrides doivent attirer toute l’attention des chercheurs.

    ◊ 4) Kilian ne pose pas l’équation “race nordique = peuple indo-européen originel”, comme cela fut courant qn Allemagne il y a quelques décennies. Les “frontières” raciales n’ont jamais été nettes : on trouve des “Nordides” parmi les peuples voisins des Indo-Européens.

    ◊ 5) Le peuple indo-européen des origines devait être un mélange de “Nordides” et de “Dalides”, avec prédominance des premiers. D’autres composantes, notamment méditerranéenne, ne sont pas à exclure.

    ◊ 6) Les porteurs de la “civilisation de la poterie à bandeaux” (Schnurkeramikkultur / foyer : Autriche, Bohème) sont à prédominance nordiques, sans l’être totalement. Ils ne se distinguent pas essentiellement des porteurs de la civilisation des tragt-baeger (= vases en entonnoir / Trichterbecherkuitur / foyer : plaine du nord de l’Europe, Danemark) et de celle des poteries à impressions de cordes (Bandkeramikkultur / foyer : Ukraine).

    ◊ 7) Rien ne prouve l’origine ouest-sibérienne ou asiatique de la “race nordique”.

    ◊ 8) Cette “race nordique” proviendrait des hommes de Brünn et de Combe-Capelle, émigrés en Europe Centrale au cours de la dernière glaciation.

    ◊ 9) La “race dalide” dériverait, elle, d’un type d’homme de Cro-Magnon du Nord de l’Europe.

    ◊ 10) Pour la patrie originelle, l’hypothèse la plus vraisemblable demeure celle qui la situe dans la partie septentrionale de l’Europe Centrale.

    En conclusion, Kilian présume que la patrie originelle d’Europe Centrale est très probable, mais nullement sûre. Seule une étude intensive des âges paléolithique et mésolithique déterminera avec exactitude si la thèse centre-européenne est définitive ou non. Il faudra par exemple vérifier la toponymie de la région baignée par le cours inférieur de la Volga. Si cette région révèle une toponymie indo-européenne plus ancienne, il faudra réviser la thèse centre-européenne. Toutefois, la masse des documents archéologiques atteste davantage cette dernière thèse.

    Kilian nous convie à l’écoute d’une formidable saga, vieille d’au moins 12.000 ans.

    ► Robert Steuckers, Vouloir n°6, 1984.

    ***

    • pour prolonger : « Indo-Européens : à la recherche du foyer d'origine » (A. de Benoist, Nouvelle École n°49, 1997).

     

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    Le Who's who de la mythologie indo-européenne

     

    « Tous les peuples qui n'ont plus de légendes seront condamnés à mourir de froid » (Patrice de la Tour du Pin)

    Indo-EuropéensL'Europe contemporaine a une dette immense à l'égard de la mythologie païenne, à commencer par son nom. Aimée de Zeus, la belle et blanche Europe, fille d'Agénor, roi de Phénicie, donna son nom à notre continent après avoir fait 3 fils au roi des dieux : Minos, Rhadamante et Sarpédon. Le moindre de nos fleuves, la moindre de nos montagnes portent généralement le nom d'une divinité archaïque. Comme en Europe, toutes les renaissances sont toujours des recours au vieux fonds pré-chrétien (la Renaissance italienne, le Romantisme allemand, etc), on voit que la connaissance de cet héritage ancestral s'impose à quiconque entend construire quelque chose de durable.

    Le mérite principal du beau Dictionnaire des mythologies indo-européennes que les éditions “Faits et Documents” viennent de publier est justement d'offrir au lecteur non spécialiste, à l'homme cultivé d'aujourd'hui, un outil de travail permettant de “surfer” à travers les mythologies, de l'lnde à la Baltique, de l'Écosse à la Mer Noire. C'est la première fois que cet exercice hautement excitant pour l'esprit est possible. Grâce à Jean Vertemont, indianiste et informaticien, collaborateur de la Revue d'Études Polythéistes Antaïos, nous pouvons déambuler au milieu des mythes, des dieux et des héros de nos origines. La structure intelligente de son superbe livre permet, grâce aux renvois systématiques, de faire le lien avec les diverses correspondances. Prenons un exemple : Odhinn, Père de tous, Ase aux corbeaux, renvoie à Varuna, ce que savent les lecteurs de Dumézil, mais pas nécessairement les non spécialistes, les curieux. À lire le Dictionnaire de Vertemont, on se prend vite au jeu fascinant des liens et des correspondances et, surtout, l'unité fondamentale de la Weltanschauung indo-européenne apparaît de façon lumineuse. Le lecteur attentif ressentira rapidement une curiosité, une réelle solidarité pour les mythologies balte, scythe ou irlandaise généralement moins connues.

    Ce dictionnaire est le premier du genre, d'où quelques menues imperfections (coquilles, imprécisions mineures), mais on n'oubliera pas que l'auteur a fait tout le travail en solitaire et qu'il a travaillé près de trente ans à cet ouvrage de référence, déjà incontournable. Dans une préface subtile, Jean Vertemont montre parfaitement l'importance du socle païen dans l'imaginaire européen. Son retour aux sources est une saine réaction contre toutes les monstrueuses idéologies de la table rase, qui sont à la base de tous les totalitarismes, dont l'utopie communiste, sans aucun doute le mythe le plus sanglant du XXe siècle avec ses cent millions de morts. Il est vrai que le libéralisme ploutocratique pratique lui aussi la table rase : en nous faisant oublier nos racines, grâce aux techniques de brouillage mental propres à la modernité (concerts de rock, vidéos irréelles, culte de la consommation et de la performance imbéciles, désinformation systématique, etc), il nous prive de tout avenir. L'abrutissement télévisuel, la censure des médias, la crétinisation de masse via les “loisirs”, tout cela concourt à noyer les identités dans un nouveau chaos, que l'apologie du métissage vient évidemment couronner : c'est la grande partouze planétaire annoncée par Guillaume Faye. Or, la souveraineté authentique, celle que nos ennemis tentent d'annihiler, a pour préalable obligé une claire conscience de son héritage : la Chine, le Japon, l'lnde en sont de bons exemples. Point de longue durée sans mémoire! Qu'attend l'Europe pour reconstituer son axe et pour affirmer sa volonté ? La connaissance approfondie des structures des mythologies indo-européennes n'est donc pas un exercice gratuit réservé à quelques poètes ou à des rêveurs sans prise sur le réel.

    Vertemont montre bien que les mythes archaïques nous enseignent l'essentiel, nous ouvrent des portes sur des domaines inconnus ou refoulés. Par ex., au principe d'exclusion (un mot à la mode !) typique des religions monothéistes et dualistes, les paganismes indo-européens préfèrent le principe d'inclusion, nettement plus riche et harmonieux. Or, la multiplication des maladies dégénératives est clairement liée à une grave rupture avec les rythmes cosmiques, que la modernité, dans son désir fanatique de tout nier, de tout “démystifier”, a ignorés. Vertemont exprime bien une vérité très profonde, à savoir que le paganisme est bien plus qu'un stade primitif de notre conscience, mais bien le stade premier… et qui n'a rien de primaire. Écoutons-le un instant :

    « Le Dieu unique, régnant sur le monde comme un banquier sur ses débiteurs, est devenu le moteur d'une pandémonie égalitaire de l'échange et de l'interchangeabilité, processus qui n'a pas encore atteint son terme. Que le résultat soit un totalitarisme dur ou un totalitarisme mou, il s'agit immanquablement d'une conséquence de la normalisation monothéiste, et de ses corrélats : l'expulsion de l'âme par le désenchantement du monde, l'universalisation par la raison, l'ethnocentrisme, l'homogénéisation par la domestication des âmes, des esprits, et bientôt des corps ».

    Ce somptueux dictionnaire n'est donc pas un livre de plus à ranger religieusement dans sa bibliothèque sans l'avoir réellement lu : il s'agit d'un instrument de travail, non pas un simple travail d'érudition, tout compte fait secondaire, mais bien d'un travail sur soi. Un travail, souvent douloureux, de redécouverte d'une identité première, antérieure à la coupure judéo-chrétienne (l'an “zéro” dont nous fêterons bientôt les 2 millénaires : 2.000 ans d'imposture et de malentendu). Telle est la quête païenne : être païen aujourd'hui ne consiste pas à arborer de volumineux marteaux de Thor ! Mais bien à rentrer en soi, à se reconstruire, étape préalable à toute action sur le monde. Dans un entretien très dense accordé à la revue païenne Antaios (n°12, solstice d'hiver 1997), Jean Vertemont nous propose sa définition des dieux du paganisme moderne : « Les Dieux sont des agencements de symboles qui acquièrent de ce fait la qualité de condensateurs de forces ou d'énergies primordiales. Ces forces sont opératives si l'on dispose des formes correctes pour les appréhender et les mettre en action ». Son beau livre est fondamental pour la renaissance d'un courant païen qui ne se satisfait pas de pitreries ou d'idéologie : Vertemont convie les esprits libres à se retrouver et à créer.

    ◊ Jean Vertemont, Dictionnaire des mythologies indo-européennes, 1997, 224p. (3.600 entrées, cartes et tables), Faits et Documents, BP 254-09, F-75424 Paris cedex 09. « Entretien avec J. Vertemont (Les Dieux des Indo-Européens) », cf. Antaios n°12.

    ► Patrick Canavan, Vouloir n°142/145, 1998.

    • disponible à la librairie parisienne Facta ou en format ebook.

     

     


    « NationalismeParticipation »
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