• Guerre sino-japonaise

    pacifi10.jpg♦ 1937 : les Japonais entrent en Chine

    En Chine, la mémoire collective se souvient aujourd'hui de la guerre qui a opposé l'Empire du Milieu à l'Empire du Soleil Levant. C'était il y a 60 ans. La Seconde Guerre mondiale venait de commencer en Extrême-Orient. La Chine, jadis si puissante, était déchirée par toutes sortes de dissensions intérieures. Les Japonais volaient de victoire en victoire. Le souvenir de cette guerre désastreuse remplit les Chinois de honte. Encore aujourd'hui.

    Même si on ne parle plus au Japon que de “l'incident chinois”, pour minimiser l'événement, à l'époque, la conquête de cette masse territoriale compacte étayait la conception nippone d'un grand-espace est-asiatique. Cette Chine conquise était appelée à devenir, sans doute contre son gré, la pièce centrale de ce dispositif géopolitique. Quel fut le prétexte de cette guerre qui a duré jusqu'en 1940/41 ? Les incidents et les escarmouches provoqués par les militaires japonais contre des unités de l'armée chinoise sur le Pont Marco Polo près de Pékin, dans la nuit du 7 au 8 juillet 1937.

    Le Japon devient une grande puissance du Pacifique

    La préhistoire de ce conflit est toutefois assez ancienne. La guerre qui avait éclaté entre les deux pays en 1894 s'était terminée un an plus tard par la victoire du Japon. Pour les Chinois, cette défaite a été une catastrophe : après les humiliations subies à la suite de la “guerre de l'opium” et de l'imposition par les Occidentaux (plus particulièrement les Anglais) des “traités inégaux”, l'Empire du Milieu devait capituler devant l'armée d'une puissance naine en Asie, insignifiante jusqu'alors. Par sa victoire sur la Russie en 1904/1905, le Japon devient véritablement une grande puissance asiatique.

    Mais l'attitude politique des grandes puissances (surtout anglo-saxonnes) à l'égard de la Chine affaiblie va se modifier totalement après la Première Guerre mondiale. Un Japon trop puissant inquiète sérieusement Londres et Washington, car cette nouvelle donne heurte de plein front les intérêts économiques et géopolitiques des deux thalassocraties. Ainsi, première mesure : les Japonais doivent rendre à la Chine la région de Kiao-Tchéou et participer à un pacte de neuf puissances, garantissant la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Chine. Un autre traité, similaire, que le Japon est contraint de signer, s'applique au Pacifique (surtout au Pacifique-Sud).

    La proclamation de la république en Chine provoqua une situation chaotique. Pendant de longues années, une sanglante guerre civile fit rage, opposant plusieurs “Seigneurs de la guerre” à la tête de leurs armées de mercenaires. Le Chine fut plongée dans une misère noire. Entre 1928 et 1932, Tchang Kaï-chek, en prenant la direction du Kuo-Min-Tang, réussit à unir la Chine sous son autorité. Avec l'aide de conseillers allemands, comme le Général Hans von Seeckt, il met sur pied une armée capable de faire face aux ennemis intérieurs et extérieurs de la Chine. Les énormes problèmes sociaux dans cet immense empire féodal et conservateur fournissaient sans cesse des troupes au parti communiste, apparu sur la scène politique chinoise pour imposer au pays sa volonté révolutionnaire.

    L'Empire du Milieu n'était plus qu'un colosse aux pieds d'argile. Les Japonais le savaient. Tokyo sentait que les fruits de sa victoire de 1918 allaient lui échapper. Le Japon bandait ses muscles pour pouvoir asseoir solidement son hégémonie en Chine. Grâce au développement très rapide de leur démographie et de leur industrie, les Japonais étaient en mesure de développer de redoutables énergies, visant la création d'un grand-espace économique cohérent.

    Au début du siècle, la population japonaise se chiffrait à 43,9 millions d'habitants. En 1937, il en comptait 72 millions. Le Japon avait pu résister à la crise mondiale en pratiquant un dumping et en vendant partout moins cher les mêmes marchandises que les Européens et les Américains. Pourtant, malgré cette politique, à long terme, les Japonais ne pouvaient pas sortir de l'impasse où le développement de leur population et de leur économie les avait conduits. Il leur fallait de vastes débouchés et des colonies pour déverser le trop-plein de leur population.

    Dans les cercles d'officiers, une doctrine finit par s'imposer : celle de la “sphère de co-prospérité grande-asiatique”. Les principaux exposants de cette doctrine étaient les généraux Tanaka et Dohihara. Leur premier objectif était d'établir dans le vaste territoire chinois une pax japonica, prélude à un bloc est-asiatique d'où seraient exclues les anciennes puissances impérialistes de l'Occident et où un nouvel ordre régnerait, organisé par les lois de l'Empire du Soleil Levant.

    La résistance opiniâtre de Tchang Kaï-chek

    Comme les ministres de la guerre et de la marine n'étaient responsables que devant l'Empereur, les plans des militaires pouvaient se réaliser contre ou sans l'assentiment du gouvernement. L'armée de Kuantoung, chargée de protéger la ligne de chemin de fer de la Mandchourie méridionale, décide de s'emparer de cette Mandchourie toute entière. Ses officiers entendaient défendre les intérêts du Japon, conserver cette Mandchourie pour y installer le trop-plein démographique japonais. L'immigration continue de familles chinoises menaçait de rendre ce projet irréalisable.

    Le prétexte pour passer à l'action fut l'assassinat d'un officier japonais en 1931. Mais le Japon essuya l'hostilité de la SdN. En 1932, le Secrétaire d'État américain Stimson protesta énergiquement et se mit à développer la doctrine qui porte son nom. Cette doctrine Stimson impliquait un refus catégorique de toute extension territoriale obtenue par la force, mais ni la France ni la Grande-Bretagne n'apportent leur soutien aux États-Unis, qui espéraient voir ces deux puissances occidentales agir dans leur sens.

    Mais, très vite, le Japon poursuit son expansion en dehors de la Mandchourie et occupe dès 1932 l'ancienne province de Jehol, jusqu'aux portes de Pékin. Ensuite, les troupes nippones débarquent à Shanghaï. La Mandchourie est réorganisée par les Japonais et devient un empire théoriquement indépendant mais, en pratique, il est totalement sous la coupe de Tokyo. Les interpellations sans effets de la SdN amènent le Japon à quitter l'organisation siégeant à Genève en 1933. Les dernières hésitations du gouvernement japonais disparurent en 1936 quand des officiers conspirateurs assassinent 24 hauts dignitaires. Cette conspiration échoua, mais, désormais, plus aucun cabinet n'osa s'opposer aux desseins de l'armée.

    Le 8 juillet 1937, une nouvelle guerre éclate entre la Chine et le Japon : elle aura des conséquences incalculables. Tchang Kaï-chek organise la résistance des nationalistes chinois, qui font une paix séparée avec les communistes. Cette résistance sera beaucoup plus opiniâtre que ne l'avaient imaginée les Japonais. Dès 1938, Tokyo est obligé de proclamer la mobilisation générale.

    En 1937, les troupes japonaises s'emparent certes de Pékin, de Changtoung, de Shanghaï et même de Nankin, mais ne purent jamais briser la résistances des soldats de Tchang Kaï-chek dans la province intérieure de Tsé-Tchouan, approvisionnée en armes et en vivres par les Britanniques et les Américains. La guerre se rapprochait dangereusement des frontières de l'Indochine française et de la Birmanie. La confrontation touchera rapidement l'Extrême-Orient tout entier, puis se liera au conflit européen de 1939. Le monde s'embrasa. Ce fut la Seconde Guerre mondiale. Le théâtre asiatique et pacifique fut le témoin d'une lutte acharnée qui se terminera par l'atomisation de Nagasaki et de Hiroshima.

    ► Arman Kilic, Nouvelles de Synergies Européennes n°32, 1998.

    (article extrait de Junge Freiheit n°43/1997)

     

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    ◘ 12 décembre 1932 : Le Japon et l’URSS renouent des relations diplomatiques. Mais le contexte international en Extrême Orient est particulièrement tendu. Les Japonais venaient d’envahir la Mandchourie et de prendre cette province chinoise sous leur protection totale, organisant un État à leur entière dévotion, à la tête duquel ils placeront Pu-Yi, dernier enfant de la dynastie mandchoue qui avait régné sur la Chine jusqu’à la proclamation de la république en 1911, sous l’impulsion du Dr. Sun Ya-tsen.

    La présence japonaise en Mandchourie, le long du fleuve Amour et de la dernière portion de la voie de chemin de fer transsibérienne, constituait une menace pour la région de Vladivostok et pour toute la Sibérie transbaïkalienne (à l’Est du Lac Baïkal). Staline craignait que les Japonais ne fassent alliance avec les nationalistes chinois de Tchang Kaï-chek, en couvrant ainsi leurs arrières dans le sud, pour pouvoir avancer leurs pions en direction de l’Est sibérien soviétique et de la Mongolie Extérieure. Moscou voyait avec inquiétude l’émergence d’un “bloc jaune”, capable de lancer des opérations de conquêtes en Sibérie et en Asie centrale. De 1932 à 1937, la région a connu quelques années d’incertitude. En 1937, le Japon abandonne toute visée sur le Nord et attaque le Guomindang nationaliste de Tchang Kaï-chek, signalant par la même occasion que ses intérêts le portent désormais vers le Sud.

    Dans le conflit sino-nippon, l’URSS se déclare neutre, signe un pacte de non-agression avec la Chine et laisse le Japon poursuivre ses opérations en pays han. En 1945, les troupes soviétiques envahiront la Mandchourie, la pilleront pour rééquiper l’Ouest du pays ravagé par l’invasion de l’Axe puis la quitteront pour la laisser aux Chinois. Des incidents de frontières assez graves ponctueront l’ère brejnevienne, où les deux armées rouges s’affronteront. Les Soviétiques auront l’avantage.

     

     

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